Paradoxes américains

04/02/2024 mis à jour: 08:30
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 Comme au bon vieux temps de la guerre civile.» La boutade de certains chroniqueurs de l'actualité de ces dernières semaines aux Etats-Unis grossit certainement le trait, mais les événements récents dans l'Etat emblématique du Texas donnent à voir un des effets saillants de la polarisation politique entre démocrates et républicains. 

En réaction à ce qu'il a appelé une «invasion» d'immigrants mexicains, le gouverneur républicain de cet Etat du Sud a ordonné à la Garde nationale, corps sous son commandement, de fermer la frontière avec le pays voisin, quitte à empêcher l'action des agents fédéraux envoyés par Washington sur place. 

Défiant les recommandations des autorités et juridictions fédérales, dont un arrêt de la Cour suprême ordonnant la levée de la barrière de barbelés installée sur son initiative le long de la frontière, ledit gouverneur s'est engagé à radicaliser ses décisions. Les gouverneurs républicains de 25 autres Etats, soit la moitié de ce qui constitue les Etats-Unis, sont venus à la rescousse et appuient la fronde vis-à-vis de l'Administration Biden. 
 

A la manœuvre, un certain Donald Trump, bien décidé à reprendre du service à la Maison-Blanche en misant plus que jamais sur le conservatisme de la société américaine et le bilan très contesté de son adversaire démocrate. L'homme a déjà fait la démonstration de son potentiel de subversion, au lendemain de son échec à rempiler à la présidence il y a quatre ans, en inspirant la spectaculaire «prise du Capitole», temple et symbole de la démocratie américaine s’il en est, par une foule aussi folklorique qu’agressive d'émeutiers rejetant les résultats des élections. 

Loin de s'en amender, Trump prend certes quelques précautions formelles pour ne pas être piégé par la justice, mais considère que ce fut un épisode de patriotisme américain et promet de rester fidèle à sa ligne de conduite une fois réélu. 

Tous les écarts politiques que le camp démocrate veut retenir contre l’adversaire en puissance de Biden sont ainsi non seulement assumés par chef de file annoncé des républicains, mais de plus, sont transformés en arguments de campagne, dans une Amérique aux repères décidément bouleversés. Thèmes d'actualité internationale sur lesquels s'articule déjà la précampagne électorale dans le pays, la guerre israélienne contre Ghaza et la guerre russe contre l'Ukraine, n'échappent pas aux forts paradoxes en cours dans le vaste pays. 

Sur la question palestinienne, Donald Trump a déjà profité de son mandat à la Maison-Blanche (2016-2020) pour signifier et acter son opposition à toute issue politique qui n'arrange pas l'extension de l'occupation israélienne.

 A contre-courant du consensus de la communauté internationale, et en rupture avec la doctrine de ses prédécesseurs, il reconnaît dès 2017 El Qods comme capitale indiscutée de l'Etat hébreu. Tout porte à parier qu'il aurait fait pire que le démocrate Biden, pourtant adorateur inconditionnel de Tel-Aviv qui a bien tenu à le montrer depuis le début du conflit actuel, si la Maison-Blanche battait encore pavillon républicain. 

Or l'érosion dans les sondages que subissent ces derniers mois les démocrates au profit direct des républicains semble faire payer l’alignement américain sur les délires meurtriers de Netanyahu. 

Enfin sur la guerre en Ukraine, Trump se montre bien décidé à creuser les distances avec les alliés européens, les membres de l'OTAN notamment, en annonçant d'ores et déjà privilégier un deal avec Vladimir Poutine, avec effet suggéré de briser le cycle structurel des alliances occidentales, dès qu'il retrouvera la mallette nucléaire présidentielle et le Oval Office (bureau ovale). 

La vieille démocratie américaine serait-elle à ce point en quête de renouveau, qu'elle est prête à sérieusement se mettre en danger, en pariant sur le bulldozer Trump pour y arriver ? 

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