Prônant une «émigration volontaire» des Palestiniens de Ghaza : Le projet de nettoyage ethnique d’Israël

09/01/2024 mis à jour: 02:13
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Photo : D. R.

Le ministère palestinien de la Santé a annoncé hier que 23 084 personnes avaient été tuées dans la Bande de Ghaza depuis le début des opérations militaires engagées par Israël.

La guerre sans répit que mène l’armée d’occupation israélienne contre la population de Ghaza entre dans son quatrième mois, suscitant les craintes d’un débordement avec la multiplication des violences, non seulement à la frontière israélo-libanaise, mais aussi en Irak, en Syrie et en mer Rouge.

Cyniques, les responsables du gouvernement israélien tiennent un discours décomplexé par rapport à leurs intentions de nettoyage ethnique. De ministres israéliens prônent une émigration des Palestiniens de la Bande de Ghaza et une reprise de la colonisation dans cette région après la guerre.

En effet, le journal Times of Israël révélait cette semaine que l’entité sioniste négocie, avec plusieurs Etats, comme le Congo, un plan d’«émigration volontaire» pour les habitants de la Bande de Ghaza. En clair, il s’agit rien de moins qu’une mesure de nettoyage ethnique qui s’inscrit dans la continuité des politiques génocidaires de l’Etat d’Israël envers les Palestiniens.

Le fait est que l’Etat sioniste, qui force les Palestiniens à l’exil en ravageant leurs vies et leurs terres, voudrait maintenant les déporter dans des pays comme le Congo ou l’Arabie Saoudite, à condition dans ce dernier cas que les Palestiniens soient disposés à travailler en tant qu’ouvriers dans le bâtiment.

La proposition a d’ailleurs choqué les alliés occidentaux d’Israël. Dans un communiqué, le ministère français des Affaires étrangères a «condamné» les propos des deux députés et appelé «Israël à s’abstenir de telles déclarations provocatrices» et «irresponsables». Le porte-parole du département d’Etat américain, Matthew Millier, a dénoncé une «rhétorique incendiaire et irresponsable».

Et même la ministre allemande des Affaires étrangères, qui soutient inconditionnellement la politique israélienne, a souligné, dimanche à Jérusalem, qu’il est «irrévocable que Ghaza appartient aux Palestiniens». «Ils ne doivent pas être expulsés de Ghaza», a déclaré Mme Baerbock. Entre-temps, ce que l’on peut désormais appeler une «guerre d’extermination» suit son cours.

Le ministère palestinien de la Santé a annoncé hier que 23 084 personnes avaient été tuées dans la Bande de Ghaza depuis le début des opérations militaires engagées par Israël. Ces dernières 24 heures, le bilan s’est établi à 249 morts, selon le ministère de la Santé, qui a aussi fait état dans son communiqué de 58 926 blessés depuis le début de la guerre. Les morts et les blessés sont majoritairement des femmes et des mineurs.

Les bombardements ont rasé des quartiers entiers, déplacé 85% de la population et provoqué une crise humanitaire catastrophique, selon l’ONU. C’est dans ce contexte que le chef de la diplomatie américaine, Antony Blinken, était attendu hier soir en Israël pour des pourparlers sur la guerre à Ghaza.

Le secrétaire d’Etat américain a déploré dimanche la «tragédie» des milliers de civils tués dans cette guerre et averti que le conflit pourrait «aisément se métastaser» alors que les tensions montent d’un cran entre Israël et le Liban.

En référence à l’idée de déportation des Palestiniens de Ghaza, Antony Blinken a déclaré, lors d’une conférence de presse au Qatar, que les Palestiniens déplacés par la guerre devaient être autorisés à «rentrer chez eux». Antony Blinken est ainsi passé par les Emirats arabes unis et l’Arabie Saoudite avant d’atterrir à Tel-Aviv, où il s’entretiendra avec les dirigeants israéliens dès aujourd’hui.

C’est sa quatrième tournée régionale depuis le début de la guerre. Alors que Washington soutient militairement et politiquement Israël, la diplomatie américaine se contente de multiplier les mises en garde concernant les civils palestiniens.

Hier, les organisations humanitaires internationales ont signalé avoir dû évacuer l’un des derniers hôpitaux de la Bande de Ghaza encore partiellement opérationnel, en raison des combats. L’Organisation mondiale de la santé affirme qu’à Deir Al Balah (centre), plus de 600 patients de l’hôpital Al Aqsa ont dû quitter les lieux étant donné «l’intensification des hostilités».

La veille, le personnel de Médecins sans frontières avait quitté ce même hôpital après un tir dans l’unité de soins intensifs. Dans la nuit, huit personnes y sont arrivées après une frappe sur une habitation, selon le ministère local de la Santé. «(L’occupant) souhaite tuer davantage en supprimant les structures de soins», affirme le ministère de la Santé à Ghaza, qui estime que «8000 blessés doivent quitter le territoire pour recevoir des soins appropriés».

En Cisjordanie, la violence a atteint un niveau inédit depuis près de 20 ans. Dimanche huit Palestiniens ont été tués à Jénine (nord) après des frappes israéliennes, selon le ministère de la Santé palestinien à Ramallah. A la frontière entre Israël et le Liban, les tirs sont quasi quotidiens et la situation semble se détériorer.

Le Hezbollah a dit samedi avoir tiré 62 roquettes sur une base militaire israélienne quelques jours après avoir imputé à Israël la responsabilité de la mort d’un important dirigeant du Hamas, Saleh Al Arouri, à Beyrouth. Le porte-parole de l’armée, Daniel Hagari, met en garde le mouvement chiite, allié du Hamas, contre un risque «d’entraîner le Liban dans une guerre inutile». L’armée israélienne précise de son côté avoir frappé des «sites militaires» du Hezbollah.

Alors que le monde reste muet face aux atrocités commises, le pape François a dénoncé hier les «crimes de guerre» perpétrés contre les civils, rejetant la notion de «dommages collatéraux». «Dans un contexte où le discernement entre objectifs militaires et civils semble ne plus être observé, il n’y a pas de conflit qui ne finisse en quelque sorte par frapper aveuglément la population civile.

Les événements en Ukraine et à Ghaza en sont la preuve évidente», a déclaré le pape argentin à l’occasion de ses traditionnels voeux du début d’année au corps diplomatique. «Nous ne devons pas oublier que les violations graves du droit international humanitaire sont des crimes de guerre», a souligné François, appelant à «un engagement accru de la communauté internationale en faveur de la protection et de la mise en œuvre du droit humanitaire». 
 

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