Le numéro 2 du Hamas tué à Beyrouth dans une attaque de drones : Israël ressort la carte des assassinats ciblés

04/01/2024 mis à jour: 01:35
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«L’assassinat de Saleh Al Arouri (…) sur le territoire libanais est un acte terroriste caractérisé, une violation de la souveraineté du Liban et une expansion de son agression contre notre peuple et notre nation», a affirmé le Hamas

Israël a mis à exécution ses menaces proférées le 22 novembre dernier, en assassinant Saleh Al Arouri, le numéro deux du mouvement palestinien Hamas, exilé au Liban depuis 2010. Al Arouri (57 ans) a été tué dans une triple frappe de drones, mardi en fin d’après-midi, à Beyrouth. 

Des drones de précision ont soufflé un appartement situé au troisième étage d’un immeuble, sis dans un quartier résidentiel de la banlieue sud de la capitale libanaise, considéré comme étant le fief du mouvement Hezbollah. 

Six autres membres de la résistance palestinienne ont été tués lors de ces frappes, dont quatre de ses gardes corps et deux commandants des Brigades Al Qassam, la branche militaire du Hamas. 

Dans une conférence de presse, à Tel-Aviv, où il se tenait aux côtés des autres membres du cabinet de guerre israélien, le Premier ministre Benyamin Netanyahu avait, rappelons-le, indiqué avoir donné pour instruction au Mossad de prendre pour cible les chefs du Hamas «partout où ils se trouvent». 

L’armée israélienne avait jusqu’à présent revendiqué l’assassinat de cadres des Brigades Al Qassam dans la Bande assiégée de Ghaza, mais s’est gardé de le faire concernant cette dernière opération. Israël est toutefois largement considéré comme responsable de l’assassinat d’Al Arouri qui ne peut être que l’œuvre des services spéciaux israéliens. Les médias israéliens ont, en effet, assuré, en novembre dernier, qu’une unité spéciale composée d’agents du service de sécurité intérieur (Shin Beth) et du service de renseignement extérieur (Mossad), baptisée Nili, a été créée pour assassiner les principaux dirigeants du Hamas. 

Unité Nili

Nili est l’acronyme d’une citation en hébreu qui signifie : «L’éternité d’Israël ne mentira pas.» Cette citation biblique fait aussi référence à un réseau d’espionnage juif qui a soutenu le Royaume-Uni dans sa lutte contre l’empire ottoman en Palestine, de 1915 à 1917, selon le site israélien I24 News.

Aucune confirmation officielle de l’existence de l’opération Nili n’a été apportée à ce jour toutefois. Mais «c’est une unité dont la création a été actée peu après les attaques du 7 octobre», soutient Ahron Bregman, politologue israélien, qui a écrit sur les services secrets israéliens. Il affirme avoir eu une confirmation de l’existence de Nili par une «source de confiance». 

De nombreux médias occidentaux ont d’ailleurs attribué, hier, l’assassinat d’Al Arouri à l’unité Nili. Réagissant à cet acte ignoble, le chef du Hamas, Ismaïl Haniyeh, a affirmé que son mouvement «ne sera jamais vaincu». «C’est l’histoire de la  résistance et du mouvement qui, après l’assassinat de ses leaders, devient  encore plus fort et déterminé», a-t-il ajouté. 

«L’assassinat par l’occupation sioniste de Saleh Al Arouri (…) sur le territoire libanais est un acte terroriste caractérisé, une violation de la souveraineté du Liban et une expansion de son agression contre notre peuple et notre nation», a-t-il, en outre, souligné.

 Pour sa part, le Hezbollah libanais a indiqué que l’assassinat d’Al Arouri «ne restera pas impuni». «Le crime que constitue l’assassinat d’Al Arouri (…) est une grave agression contre le Liban (...) et un sérieux développement dans la guerre entre l’ennemi et l’axe de la résistance», a prévenu dans un communiqué le Hezbollah dont le secrétaire général, Hassan Nasrallah, devait prononcer, hier soir, un  discours très attendu. Le Premier ministre libanais, Najib Mikati, a lui accusé  Israël de «vouloir entraîner le Liban dans une nouvelle phase de confrontation». 

Le ministre iranien des Affaires étrangères, Hossein Amir Abdollahian, a pour sa part qualifié la frappe «d’opération terroriste lâche».Juste après cet assassinat, les forces de police israéliennes ont reçu l’ordre de se tenir prêtes à faire face à toute «incursion» et à des attaques à partir notamment du Sud-Liban. Désormais, «les forces israéliennes sont dans un état de préparation très  élevé (…). Nous sommes hautement  préparés pour tout scénario», a déclaré, mardi soir, le porte-parole de l’armée de l’occupant, Daniel  Hagari, peu après l’assassinat d’Al Arouri. Pour l’analyste Maha Yahya, directrice du Carnegie Middle East Center basé à Beyrouth, «le risque d’escalade est important, mais le Hezbollah s’efforce  d’éviter d’être entraîné dans un conflit», a-t-elle dit à l’AFP.

«Son assassinat est un tournant dans l’histoire du Hamas. Il en était une figure historique très respectée en Cisjordanie comme par tous les acteurs de l’axe de la résistance au Liban, au Yémen, en Syrie et en Irak», a noté Leila Seurat, chercheuse au Centre arabe de recherche et d’études politiques de Paris. Al Arouri était l’un des artisans les plus actifs d’une réconciliation avec le Fatah, proche des Iraniens et du Hezbollahet partisan de l’unification des «sahat» (champs de combats en Palestine occupée).

La Force intérimaire de l’ONU au Liban (Finul) s’est, elle, déclarée hier préoccupée par les «conséquences dévastatrices» que pourrait avoir une escalade entre Israël et le Hezbollah, au lendemain de l’assassinat d’Al Arouri. 
 

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