Humiliation et torture des prisonniers palestiniens à Ghaza : Sadisme et acharnement israéliens

21/01/2024 mis à jour: 03:14
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Photo : D. R.

Le monde entier a vu les images de ces centaines de jeunes et moins jeunes Ghazaouis, fouillés, quasiment à nu sous la menace des armes, parqués sur des places publiques dans un chaos de décombres ou embarqués comme du vulgaire bétail dans des engins vers des destinations inconnues.

L’acharnement de l’armée d’occupation israélienne contre les prisonniers palestiniens est l’autre face abjecte de la guerre totale que mène Tel-Aviv contre la Bande de Ghaza depuis plus de trois mois. Soumis à des rafles et arrestations massives bien avant que l’expédition punitive sans précédent ne soit déclenchée contre l’enclave, les jeunes Palestiniens font face, depuis octobre dernier, à l’arbitraire judiciaire inhumain, à la banalisation et la généralisation des actes de mauvais traitement et de torture. Et c’est le représentant du Haut-commissariat des droits de l’homme de l’ONU, dans les Territoires palestiniens occupés, qui le dit.

Lors d’un briefing périodique de l’institution organisé avant-hier à Genève, Ajit Songhai s’est appuyé sur de nombreux témoignages de prisonniers ayant subi l’horreur et ces procédés systématisés visant à les briser moralement par l’humiliation. Les témoignages recoupés et consolidés par des rapports circonstanciés des faits démontrent qu’en plus de la boucherie que ses troupes sont chargées de commettre en masse sur les populations, l’appareil répressif israélien se charge de la mission «complémentaire», dans l’enclave ou sur d’autres portions des territoires palestiniens, de mortifier les survivants.

Le rapporteur évoque des milliers d’arrestations opérées dans le cadre de l’opération militaire engagée depuis plus de trois mois contre Ghaza, avec bandage des yeux, retrait d’effets vestimentaires, séquestration... «Certains affirment avoir été libérés avec uniquement des couches», relate-t-il.

Le monde entier a vu les images de ces centaines de jeunes et moins jeunes Ghazaouis, fouillés quasiment à nu sous la menace des armes israéliennes, parqués sur des places publiques dans un chaos de décombres ou embarqués comme du vulgaire bétail dans des engins pour des destinations inconnues. D’une violence et d’un sadisme assumés, les images, diffusées à grande échelle, visaient vraisemblablement à défoncer le moral des Palestiniens et leur soutien dans le monde et à «calmer» une opinion israélienne qui crie vengeance depuis les attaques du Hamas le 7 octobre 2023.

Dénudés et lâchés dans la nature…

Selon le briefing du représentant du Haut-Commissariat aux droits de l’homme, les périodes de détention ont varié de 30 à 55 jours, selon les récits, toujours dans des lieux peu adaptés et inconnus avec soumission systématique aux mauvais traitements, voire à des actes de torture. Des arrestations qui ont beaucoup plus ressemblé à des enlèvements, puisque aucune possibilité de liens ou de communication avec leurs familles n’a été accordée aux détenus. «Ils ont été soumis à des passages à tabac, à des humiliations, à des mauvais traitements et à ce qui peut s’apparenter à de la torture. Ils ont eu les yeux bandés pendant de longues périodes, certains pendant plusieurs jours d’affilée», indique M. Songhai, cité par l’agence de presse palestinienne Wafa.

Le rapporteur fait savoir que tous les témoignages recueillis concordent avec le constat des agents de l’ONU sur le terrain. Au moment de la conférence de presse, le responsable onusien était incapable d’avancer une évaluation plus ou moins précise sur le nombre de détenus dans le contexte, vu l’opacité imposée par les autorités israéliennes sur le sujet et le caractère sommaire des arrestations. Il affirme néanmoins que le nombre des Palestiniens concernés ne peut se compter que par milliers.

Au bout de l’horreur vécue, les centaines de prisonniers libérés l’ont été dans la nature, sans leurs effets vestimentaires et le peu d’argent qu’ils pouvaient avoir sur eux au moment d’être happés par les soldats israéliens. Les près de 7000 détenus en Cisjordanie, région soumise à un étau sécuritaire strict depuis les attaques du Hamas, en octobre dernier, subissent pour leur part les pires maltraitances et harcèlement, selon les rapports réguliers des instances de l’ONU et des organisations palestiniennes sur place.

Les pavillons étroits et saturés des centres de détention ont vu le nombre de leurs «locataires» subitement grimper depuis plus de trois mois. Les quelques dizaines d’adolescents palestiniens libérés il y a plus d’un mois dans le cadre de l’accord de trêve et l’échange de prisonniers, conclu entre le Hamas et Tel-Aviv, ont fait des récits glaçants sur leurs conditions de séjour qui ont confirmé la teneur des rapports alarmants et scandalisés des organisations des droits de l’homme.

Parmi les prisonniers, plusieurs centaines d’enfants, livrés à une machine judiciaire qui s’adjuge la particularité unique au monde de soumettre les individus, dès l’âge de 12 ans, au même régime de responsabilité pénale des adultes. Plus grave, les emprisonnements se décident souvent sans procès et sans l’appui d’aucune instance de défense. Selon les statistiques, près de 99% des Palestiniens passés par la case «prévenus» finissent par être condamnés et croupissent en prison. Près de la moitié de la population masculine palestinienne (40%) a fait de la prison israélienne depuis 1967, appuie-t-on encore. 

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