«Pallywood» : coupables morts ou vifs

21/12/2023 mis à jour: 05:46
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Pour certains, il reste toujours quelque chose à tuer dans le Palestinien, même quand il vient d’être bel et bien assassiné. Qu’il soit anéanti par la douleur d’avoir perdu son enfant et qu’il en vienne à porter sa dépouille au regard du monde pour le prendre à témoin de l’abominable crime qui le frappe, il est accusé de faire du cinéma et le petit corps qu’il brandit est un pantin en plastique. 

C’est l’allégation immonde lancée sur un plateau de télévision il y a plus d’une semaine par un politique français, faisant partie de tous ces courants mus par un recuit racisme anti-arabe et antimusulman et ne sachant plus dissimuler leur admiration devant l’entreprise d’extermination menée par la machine de guerre israélienne à Ghaza. Christian Estrosi, maire de Nice, celui-là même qui orchestre le raffut indigné contre le footballeur algérien Youcef Attal, affirme que des poupées, emmitouflées dans de faux linceuls, sont exhibées devant les caméras par de fausses mères éplorées dans le cadre d’une «guerre d’images» qui veut attenter à la réputation de l’armée israélienne. 

L’édile prend exemple sur une séquence qui a fait le tour des comptes rendus télévisés sur les massacres et filmée à l’origine par un reporter palestinien qui risque sa peau depuis le début de la guerre pour témoigner au plus près des drames sans noms qui se perpétuent dans l’enclave palestinienne. 

On y voit une mère sciée par la douleur pleurant son nourrisson de 5 mois tué par les bombardements, et l’authenticité tragique de la séquence a été bien vérifiée par un simple effort de fact checking. Pris en flagrant délit d’abjection, l’élu ne se confondra pas en excuses, le cas ne valant sans doute pas la peine dans son entendement, mais assumera plutôt un surcroît de parti pris et de cécité en affirmant que dans le contexte, il faisait bien entendu plus confiance à la communication israélienne qu’à celle des «terroristes du Hamas». Mais pas que… «C’est plus grave si ce que le Hamas essaie d’exhiber était un enfant civil mort qui a servi de bouclier humain que si c’était, comme le présente l’ambassade d’Israël en France, qui a toute ma confiance, un jouet en réalité.» 

Ainsi donc, la mère, le bébé à la vie cruellement écourtée, le reporter et tous les témoins meurtris de la scène seraient des agents actifs de ce Hamas qui invente des décombres, des exodes de masse, des famines, des hôpitaux bombardés et des enfants morts par milliers pour accuser Netanyahu de crimes qu’il ne commet pas. Ou alors des terroristes, qui certes exhibent de vrais morts, mais juste après les avoir utilisés comme boucliers humains.

Ce cas de négationnisme obscène, avatar au fond du mépris «culturel» de la vie des «autres», n’est malheureusement pas isolé. Sur de nombreuses plateformes sociales, des milliers de comptes pro-israéliens, encouragés et financés par les autorités de l’Etat hébreu, s’emploient à réduire les souffrances des Palestiniens à de vulgaires mises en scène de tragédies qui n’existent pas, avec des relais dévoués dans de nombreux médias et chapelles politiques occidentaux. 

Un concept a même été inventé pour parasiter le jugement des opinions publiques et dédouaner les crimes de guerre commandités depuis des décennies par Tel-Aviv : «Pallywood» (contraction de Palestine et Hollywood), qui est un véritable sac poubelle dans lequel sont jetés de nombreux documents filmés qui circonstancient d’effroyables exactions, avec en sus l’accusation dirigée contre la victime de porter atteinte à son bourreau. Pour certains, le Palestinien est coupable simplement d’exister et d’empêcher Netanyahu de le tuer sans crier au scandale. 

Quand il lui arrive de mourir, sa culpabilité n’en est pas moins intacte, du moment que lui prend encore la mauvaise manie de faire le bouclier humain. 
 

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