Fayez Abou Aita, ambassadeur de Palestine à Alger : «Ce que subit le peuple palestinien est une injustice historique»

13/02/2024 mis à jour: 00:24
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Fayez Abou Aïta , ambassadeur de l’Etat de Palestine à Alger - Photo : D. R.

L’ambassadeur de l’Etat de Palestine à Alger, Fayez Abou Aïta, s’est exprimé, hier, sur les derniers événements sanglants qui déchirent Ghaza. C’était dans le cadre du lancement d’une semaine commémorative initiée par l’association Mechaâl Echahid pour marquer la «Journée nationale du Chahid», une action placée sous le signe de la «solidarité avec nos frères palestiniens».

En prévision de la commémoration de la Journée nationale du Chahid, célébrée le 18 février de chaque année, l’association Mechaâl Echahid a mis en œuvre un ambitieux programme qui s’étale du 12 au 21 février baptisé «Semaine culturelle et historique».

Celle-ci prévoit de nombreuses stations tant à Alger que dans d’autres wilayas du pays. Placée sous le thème  : «Les enfants de Chouhada solidaires de leurs frères palestiniens», cette action mémorielle a été étrennée, hier, en choisissant comme étape de départ le siège de l’ambassade de l’Etat de Palestine, sis à Dély Ibrahim. Un choix qui fait sens au regard du thème qui sert de fil rouge à cette semaine commémorative.

Le bâtiment central de l’ambassade, pas loin de la cité Ain Allah, est surmonté d’une coupole dorée qui se veut une réplique de «Qobbat Al Sakhra», le «Dôme du Rocher» de Jérusalem. Sur les murs, plusieurs portraits de Yasser Arafat, le guide charismatique de la révolution palestinienne.

On peut remarquer aussi des peintures à l’huile de portraits à l’effigie de Marwan Barghouti ou encore de l’activiste palestinienne Ahed Tamimi. Sur une affiche, une silhouette drapée d’un keffieh palestinien et brandissant une clé. L’affiche est accompagnée de ces mots  : «Nous retournerons sûrement à ta terre, ô ma patrie».

Dans la salle règne une belle effervescence. De fait, malgré le froid et la pluie, la salle était pleine. Il y avait à la fois des cadres du personnel de l’ambassade, des militants de différentes organisations palestiniennes ainsi que des membres de la communauté palestinienne établie à Alger. Sans oublier, bien entendu, la présence, côté algérien, de représentants de diverses institutions dont le Sénat.

«C’est tout le peuple qui est indistinctement ciblé»

La cérémonie s’ouvre par les hymnes algérien et palestinien, comme pour souligner symboliquement la force des liens qui unissent les deux peuples.

Prenant la parole en premier, Mohamed Abbad, président de l’association Mechaâl Echahid, indique que cette cérémonie s’inscrit «dans le cadre des célébrations de la Journée nationale du Chahid avec, à la clé, l’organisation de la semaine culturelle et historique qui en est à sa 24e édition».

Mohamed Abbad annonce que 24 arbres seront plantés au cours de cette matinée dans l’enceinte de l’ambassade palestinienne, en collaboration avec les services de la Conservation des forêts de la wilaya d’Alger. «12 oliviers et 12 palmiers seront plantés», a-t-il précisé.

En effet, à la fin de la cérémonie, les arbres en question ont bel et bien été mis en terre sur une platebande située juste à l’extérieur de l’ambassade, près du parking. Des éléments de la Conservation des forêts avaient pris le soin de creuser les trous devant accueillir les 24 arbres de la fraternité algéro-palestinienne.

D’autres gestes symboliques ponctueront cette semaine commémorative. Ainsi, le 16 février, assure Mohamed Abbad, un authentique olivier palestinien provenant d’Al Qods sera semé dans les Aurès, précisément à Tkout «en hommage aux martyrs des deux révolutions».

L’ambassadeur de l’Etat de Palestine à Alger, Fayez Abou Aïta, a pris par la suite la parole pour commenter les derniers développements en s’attardant sur les tueries commises à Rafah dans la nuit de lundi à mardi où «70 personnes sont tombées en martyrs sous les frappes de l’occupant barbare», déplore-t-il.

D’emblée, Fayez Abou Aïta a tenu à saluer le soutien indéfectible de l’Algérie à la cause palestinienne. «Au peuple des martyrs, le peuple de la révolution, le peuple de la lutte, nos salutations les plus ferventes» proclame-t-il.

«Un salut à la mesure des souffrances, des épreuves et des sacrifices du peuple palestinien». Faisant part de la peine incommensurable qui le submerge en regardant les infos et apprenant jour après jour les supplices infligées à son peuple, le diplomate palestinien confie : «Nous peinons à distinguer nos jours de nos nuits, agglutinés que nous sommes à nos écrans en suivant ce que notre peuple à Ghaza et dans l’ensemble des territoires palestiniens subit comme génocide».

«Tard dans la nuit, vers 2h, je me suis résolu à me reposer un peu pour pouvoir assumer mes obligations du lendemain, et juste au moment où j’allais fermer l’œil, les massacres de civils ont commencé à Rafah. Ils frappent au beau milieu de la nuit comme des voleurs.

C’est indigne ! Attaquer dans cette nuit noire où il n’y a pas une lanterne pour éclairer le voile ténébreux de Rafah, c’est d’une lâcheté... Et nous sommes restés ainsi toute la nuit à guetter les nouvelles de cette agression sauvage qui a fait 70 martyrs et des centaines de blessés.»

Fayez Abou Aïta relève que les victimes tombées à Rafah «étaient majoritairement des femmes, des enfants et des personnes âgées. Pourquoi s’en prendre à eux  ? Ils (les dirigeants israéliens, ndlr) prétendent cibler la résistance et ils criminalisent l’ensemble du peuple en le traitant de terroriste.

C’est tout le peuple palestinien qui est indistinctement ciblé. La preuve : 70% des victimes sont des femmes et des enfants, et eux, ils ne sont pas armés. On ne peut même pas dire que la mort les a surpris chez eux, ils ont perdu leurs maisons.

Ils ont passé ces derniers mois épouvantables à courir de région en région en quête d’un abri. Ils ont fui le Nord pour se réfugier à Ghaza puis dans les gouvernorats du Centre puis à Khan Younès et maintenant à Rafah. Ils n’ont pas cessé d’errer dans l’espoir de mettre leurs enfants à l’abri.

Et ils sont bombardés dans leur sommeil, sous leurs tentes et leurs abris de fortune». Et de marteler : «Ce que subit le peuple palestinien est une injustice historique !»

«Un combat existentiel»

Dans la foulée, le représentant de l’Etat de Palestine a évoqué, pour illustrer la barbarie de «Tsahal», l’histoire de la petite Hind Rajab, une fillette de six ans qui est restée coincée dans un véhicule où sa famille tentait de fuir les frappes israéliennes à Tell al Hawa, au sud de la ville de Ghaza. Piégés par les tirs, les occupants de la voiture périssent sous les yeux de Hind qui est la seule survivante du carnage.

La petite a la présence d’esprit d’appeler les secours du Croissant-Rouge palestinien. Une ambulance avec deux secouristes à son bord part à sa recherche.

Plus de nouvelles de Hind ni des secouristes pendant plusieurs jours. Ils seront retrouvés pulvérisés par des raids impitoyables alors que la mission de sauvetage avait été signalée à l’armée israélienne. «L’occupant a visé de façon directe et délibérée Hind, les membres de sa famille et l’équipe de secours», accuse l’ambassadeur palestinien. «De leurs dépouilles, il n’est resté que les cendres.

Ces crimes sont commis au vu et au su de tout le monde, et la conscience mondiale se tait devant ces boucheries», fulmine Fayez Abou Aïta. Dans un autre registre, l’orateur salue l’action héroïque d’une femme médecin, Amira Lassouli qui, au péril de sa vie, a sauvé un blessé d’une mort certaine.

Dr Lassouli a bravé les tirs de snipers et a accouru vers ce jeune homme qui se vidait de son sang sous une tente, à proximité de l’hôpital Nasser de Khan Younès. «Cette femme est l’honneur des médecins palestiniens. Elle a risqué sa vie en s’exposant aux raids violents de l’occupant.

C’est une véritable mission suicide qu’elle a accomplie. Dieu merci, elle s’en est sortie indemne. Elle et le blessé sont saufs», dira l’ambassadeur avant de faire remarquer : «Ces actes de bravoure témoignent de la résistance héroïque d’un peuple. Ils montrent que le véritable héros dans cette bataille est le peuple palestinien.

Cela fait 75 ans qu’il résiste à l’oppresseur, et cinq mois qu’il affronte l’horreur avec un stoïcisme et un courage exceptionnels sans jamais plier.»

Pour Fayez Abou Aïta, «la cause palestinienne est la plus juste du monde». Une cause d’autant plus juste que le colonialisme sioniste «soutenu par l’impérialisme américain» s’acharne à extirper de cette terre «une civilisation qui a 5000 ou 6000 ans d’existence».

Et d’insister : «Nul ne quittera cette terre. Le peuple palestinien tout entier demeurera en terre de Palestine. Sa lutte participe d’un combat existentiel pour se maintenir sur son territoire». 
 

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