Accord de 1968 sur l’immigration entre l’Algérie et la France : La droite française désavouée

09/12/2023 mis à jour: 17:03
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Tous les regards, en France et en Algérie, étaient braqués, jeudi dernier, sur l’Assemblée française. Un événement important s’y est déroulé. Il s’agit du débat et du vote sur la résolution, la première du genre, visant à dénoncer l’accord conclu entre l’Algérie et la France en 1968 sur l’immigration. 

Le résultat était très attendu. Et finalement, la droite française, qui a misé gros dans ce débat, a perdu la bataille. En effet, mise sur la table depuis l’été dernier, sa proposition, soutenue par des «poids lourds» de ce courant politique ainsi que par l’extrême droite, a été, finalement rejetée par une majorité des députés français : 151 voix contre et 114 voix pour l’abrogation de cet accord. Comme, il fallait s’y attendre, le débat autour de cette résolution était houleux. 

Les échanges entre, d’un côté, les députés du parti Les Républicains (LR) et, de l’autre, ceux de la gauche ont montré, en effet, l’extrême sensibilité de ce dossier pour une partie de la classe politique française qui refuse toujours de digérer l’indépendance de l’Algérie. 

Le document visant l’immigration algérienne, qui de l’avis de nombreux spécialistes ne bénéficient plus d’avantages importants en France, a finalement permis de rappeler des vérités historiques à ses auteurs. 
 

C’est ce qu’a, d’ailleurs, fait l’écologiste Sabrina Sebaihi en renvoyant la députée LR, Michèle Tabarot (fille de Robert Tabarot, ancien responsable de l’OAS), au passé de son père. «Il est impensable de voter un texte défendu par une descendante de l’OAS, et applaudi par les héritiers des tortionnaires de l’Algérie», a-t-elle lancé, en rappelant les crimes de cette organisation terroriste hostile à l’indépendance de l’Algérie et qui a tué plus de 2000 Algériens et Français. Elle ajoute : «LR pointe du doigt les Algériens avec sa résolution dangereuse et stigmatisante. Ce sont les mêmes qui revendiquent à tout bout de champ l’héritage du général de Gaulle et qui réhabilitent l’OAS ayant tenté d’assassiner ce même De Gaulle. Ça n’a aucun sens, comme leur projet politique.» 
 

«Descendante de l’OAS»  

Le député Bastien Lachaud des Insoumis (LFI) lui emboîte le pas en s’adressant aux défenseurs de la résolution : «Vous rejouez à l’infini la guerre d’Algérie.» «Vous flattez le vent mauvais de la xénophobie et du racisme, en espérant en tirer on ne sait quel bénéfice électoral inavouable», leur rappelle-t-il. Précisant qu’il est issu d’une famille de Pieds-Noirs restée en Algérie après l’indépendance, le député LFI Léo Walter souligne, de son côté : «Aujourd’hui, avec des sous-entendus racistes insupportables, vous stigmatisez toute une population.» 
 

Poussée dans ses derniers retranchements, Michèle Tabarot se dit «fière de son histoire familiale», et tente de faire le parallèle entre «le FLN qui, selon elle, a tué des Français en Algérie» et «le Hamas qui a été d’une barbarie incroyable avec les Israéliens». Cette proche d’Eric Ciotti, un des initiateurs de cette campagne contre l’accord de 1968, s’estime alors «mise en cause de façon assez honteuse».

Tout en étant contre la dénonciation de l’accord, le gouvernement français maintient sa demande de   renégociation de cette loi. 

C’est ce qu’a souligné le ministre délégué au Commerce extérieur, Olivier Becht. Selon lui, «une dénonciation serait contre-productive, avec le risque de provoquer une réaction des autorités algériennes qui aurait de sérieuses conséquences et pourrait conduire à geler le dialogue migratoire». 

Dans un entretien accordé mercredi dernier au quotidien Le Figaro, la Première ministre, Elisabeth Borne, avait, quant à elle, évoqué des discussions entre les deux pays concernant ce texte. 

«Dans les conclusions du quatrième Comité intergouvernemental de haut niveau France-Algérie [CIHN], qui s’est tenu en octobre 2022, nous avions évoqué l’ouverture de discussions en vue d’un quatrième avenant à cet accord. 

Nous avons des demandes et le gouvernement algérien en a de son côté. C’est donc effectivement à l’ordre du jour», a-t-elle dit. 
 

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