Témoins et acteurs gênants dans la guerre d'extermination en Palestine : 196 humanitaires tués par Israël à Ghaza

04/04/2024 mis à jour: 05:07
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Photo : D. R.

L’assassinat par l’armée sioniste des sept humanitaires de l’Ong américaine WCK, à Ghaza, a poussé de nombreux navires avec 240 tonnes à faire demi-tour, après avoir été redirigés vers Chypre. Cet acte  n’est pas isolé. Israël a déjà pilonné des convois de l’Unrwa, l’agence onusienne qui aide les Ghazaouis à survivre, mais aussi assassiné 196 humanitaires, parmi lesquels 176 de l’Unrwa, dans l’exercice de leurs fonctions. A ce jour, l’Etat hébreu refuse d’autoriser l’agence onusienne à accéder au nord du pays.

Il ne s’agit pas seulement d’une attaque contre WCK,  c’est une attaque contre des organisations humanitaires qui interviennent dans les situations désastreuses où la nourriture est utilisée comme arme de guerre. «C’est impardonnable», écrivait Erin Gore, présidente  WCK (World Central Kitchen), une Ong américaine, dont sept membres ont été tués mardi dernier, après le pilonnage délibéré de leurs véhicules par des drones de l’armée israélienne à Ghaza.

En conséquence à cette grave attaque, de nombreux navires humanitaires qui devaient arrimer à Ghaza, avec près de 240 tonnes d’aide ont dû faire demi-tour. Ils ont tout simplement été redirigés vers Chypre. Ce qui aggravera la situation désastreuse de la population de Ghaza, qui fait face à la malnutrition et surtout à la une famine qui a déjà tué 30 enfants.

Pour le coordinateur humanitaire onusien pour le territoire palestinien occupé, Jamie Mc Goldrick, il ne s’agit pas d’un cas isolé. «Au 20 mars, au moins 196 humanitaires ont été tués dans le territoire palestinien occupé depuis octobre 2023.

Cela représente près de trois fois le nombre de morts enregistré dans n’importe quel conflit en un an», a-t-il souligné dans un communiqué, en précisant que depuis octobre 2023, les territoires palestiniens occupés sont devenus des lieux de travail les plus dangereux au monde. «Toutes les parties au conflit, y compris le gouvernement israélien, doivent respecter le droit international humanitaire, qui interdit de prendre pour cible le personnel humanitaire», a-t-il averti.

Depuis le début de la guerre, l’Etat hébreu a mené une guerre terrifiante contre la population civile en rasant des quartiers entiers, poussant les rescapés à s’abriter dans les centres pour réfugiés gérés par l’Unrwa, l’agence onusienne qui leur permet de survivre. Alors qu’ils sont protégés par le droit humanitaire, ces lieux n’ont pas échappé aux bombardements intensifs de l’armée sioniste ciblant aussi bien les écoles servant de refuge, que les moyens de transport et le  personnel.

Sous le feu des projecteurs pour défendre l’agence onusienne, le commissaire général, Philippe Lazzarini, a fait l’objet d’attaques violentes menées par Israël, qui a interdit l’accès à Ghaza, à l’agence onusienne qu’il dirige et fait campagne auprès des donateurs pour la suspension de son financement pour la mettre hors circuit, prétextant la présumée complicité de 12 membres de l’Unrwa, (sur plus de 3000), dans l’attaque du 7 octobre, sans avancer de preuves à ce jour.

Plus d’une dizaine de pays, à leur tête les Etats-Unis, ont suspendu leurs aides, mais au fil du temps, la majorité sont revenus sur leur décision, et le dernier a été le Japon, qui a annoncé hier la reprise du financement. Lazzarini a affirmé hier que «les autorités continuent à nous interdire l’accès au nord de Ghaza pour remettre les aides humanitaires à la population», en précisant que plus de la moitié des aides avait été transférée le mois dernier à l’Unrwa.

Tout en rappelant que 176 fonctionnaires de l’agence ont été tués, «de manière tragique» dans l’exercice de leurs fonctions, depuis le début de la guerre, Lazzarini a estimé que «l’assassinat des humanitaires et le refus d’autoriser l’Unrwa d’accéder au nord de Ghaza  et même à l’hôpital Al Shifa, mardi dernier, imposent un changement total de la politique d’Israël.

Cela contribuera à sauver des vies et à éviter la famine (…) Nous avons besoin d’un cessez-le-feu, l’ouverture de plus de passages et de l’autorisation à nos équipes d’accéder sans attendre au nord et permettre à l’Unrwa, principal fournisseur de services de secours d’accéder au nord de Ghaza sans plus attendre».

Pour le responsable, «le temps ne joue pas» en  faveur de la population civile, qui «ne peut plus attendre».  Lui emboîtant le pas, le Coordinateur humanitaire de l’ONU pour les territoires palestiniens occupés, Jamie McGoldrick, a estimé hier que l’attaque contre les sept humanitaires de WCK n’est pas «un incident isolé».

Bombardements incessants

«Selon un décompte effectué le 20 mars, au moins 196 humanitaires ont été tués depuis octobre 2023. C’est presque trois fois plus que le nombre de morts enregistré dans n’importe quel conflit au cours d’une année.»

«Depuis octobre 2023, le territoire palestinien occupé est devenu un endroit au monde des plus dangereux et des plus difficiles où travailler. Il n’y a plus d’endroit sûr à Ghaza», a déclaré McGoldrick.  C’est dire que la situation humanitaire est devenue désastreuse en raison de l’opposition de l’Etat hébreu à toute action humanitaire accompagnée par des bombardements incessants, ciblant y compris les convois humanitaires.

Le Bureau de coordination des affaires humanitaires de l’ONU (Ocha) a déclaré hier que «les autorités israéliennes ont refusé 30% des missions d’aide humanitaire dans le nord de la bande de Ghaza depuis le 1er mars. L’Unrwa est touchée de manière disproportionnée, les autorités israéliennes continuant à lui refuser l’accès au nord pour acheminer l’aide alimentaire d’urgence et d’autres fournitures de base».

Malheureusement,  toutes les mises en garde des agences de l’Onu restent vaines devant la volonté d’Israël de poursuivre son opération d’extermination ethnique à Ghaza. Publiée sur son compte X (anciennement Twitter), la déclaration de Lazzarini est révélatrice.

Il a entamé son post en rappelant que «selon l’Unicef, 13 750 enfants ont été tués, 17 enfants non accompagnés ou séparés, chaque jours 10 enfants perdent leurs jambes ; des dizaines d’enfants sont morts à cause de la malnutrition et de la déshydration, plus de 50 écoles totalement détruites, parmi lesquelles plusieurs de l’Unrwa, chaque enfant de Ghaza a besoin d’un soutien en matière de santé mentale et psychologique, chaque enfant est privé d’éducation depuis six mois», avant d’ajouter : «Pendant ce temps, Israël continue avec ses appels et ses pressions pour démanteler l’Unrwa, la plus grande organisation humanitaire et de développement à Ghaza.

C’est le principal fournisseur d’enseignement primaire et pré-secondaire. Plus de 300 000 filles et garçons fréquentaient nos écoles avant la guerre. Démanteler l’Unrwa, en l’absence d’une administration fonctionnelle, signifie également empêcher les enfants d’accéder à l’éducation. Cela ne peut pas continuer. Les enfants de Ghaza et de la région méritent mieux.» 

L’organisation humanitaire de l’Onu est devenue un témoin et un acteur gênant dans la  guerre de la famine et des bombes, menée par l’entité sioniste depuis près de six mois.

Ni les  deux décisions de la Cour internationale de la justice (CIJ), la plus haute juridiction de l’Onu, qui ont exigé d’Israël d’empêcher le génocide et de fournir l’aide humanitaire à grande échelle, ni la résolution du Conseil de sécurité qui a imposé un cessez-le-feu et l’accès de l’aide humanitaire, n’ont pu faire reculer l’Etat hébreu.

Bien au contraire.  Il a accentué non seulement ses opérations militaires, mais en même temps refusé d’autoriser l’accès des convois d’aide en attente au poste de Rafah, du côté égyptien, alors que la population est menacée de famine.

Ses raids n’ont épargné ni hôpitaux, ni centres pour réfugiés, ni les ambulances, ni convois humanitaires. Israël agit en dehors du droit international et du droit humanitaire, au vu et au su de tout le monde et en toute impunité.

13 ONG exigent des «mesures immédiates» contre les  sionistes

Treize organisations de défense des droits humains et humanitaires, telles qu’Amnesty international, Save the Children et Action Aid, ont appelé hier les Etats membres de l’ONU à prendre des «mesures immédiates» contre les atrocités sionistes dans la bande de Ghaza.

Un communiqué publié par les ONG indique que les Etats devraient agir conformément à l’appel du Conseil de sécurité de l’ONU à un cessez-le-feu immédiat et aux mesures conservatoires de la Cour internationale de justice (CIJ) prises à la suite de la plainte déposée par l’Afrique du Sud contre l’entité sioniste.

«Les organisations humanitaires et de défense des droits de l’homme ont averti à plusieurs reprises que l’incursion terrestre prévue (par l’armée sioniste) à Rafah risque de décimer la vie et l’aide vitale de plus de 1,3 million de civils, dont au moins 610 000 enfants», souligne-t-on dans le communiqué.

Celui-ci prévient également que si l’armée sioniste venait à mener une invasion terrestre de Rafah, il n’y aurait «aucun plan d’évacuation réalisable ni des conditions qui protégeraient les civils». «Les Etats doivent maintenant prendre des mesures urgentes pour garantir la mise en œuvre immédiate d’un cessez-le-feu permanent et explorer toutes les options disponibles pour protéger les civils, conformément à leurs obligations en vertu du droit international humanitaire et des droits de l’homme», ajoute la source. Les ONG concluent en précisant que cela inclut notamment «l’arrêt immédiat du transfert d’armes». (APS)

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