L’offensive de l’administration de Donald Trump contre les mouvements propalestiniens sur les campus universitaires fait l’objet d’un intense bras de fer judiciaire aux Etats-Unis, où les deux affaires les plus retentissantes de ce virage politique ont occupé vendredi les tribunaux du pays.
La première s’est jouée vendredi matin dans une cour de Newark (New Jersey), dans l’agglomération de New York, où le gouvernement a argumenté qu’il souhaitait voir le sensible dossier Mahmoud Khalil, figure de ces manifestations au sein de la prestigieuse université Columbia, être instruit dans une juridiction conservatrice de Louisiane, vue comme favorable à la politique d’expulsions de Donald Trump.
Depuis son arrestation à New York le 8 mars pour son rôle de porte-parole de la contestation contre la guerre à Ghaza sur le campus new-yorkais, Mahmoud Khalil est devenu le symbole de la volonté du président américain de museler ce mouvement étudiant, qui relève, selon lui, de l’antisémitisme. L’administration Trump exerce parallèlement une forte pression sur Columbia, privée de 400 millions de dollars de subventions fédérales. En fin de semaine dernière, l’université avait accepté d’engager des réformes drastiques dans l’espoir d’ouvrir des négociations pour recouvrer ces fonds. Sans en préciser la raison, Columbia a aussi annoncé vendredi soir dans un communiqué que sa présidente par intérim, Katrina Armstrong, allait être remplacée à ce poste par une membre du conseil d’administration de l’université, Claire Shipman.

Représailles
Après son interpellation par la police fédérale de l’immigration (ICE), Mahmoud Khalil, jeune diplômé et titulaire d’une carte verte de résident permanent, avait été transféré à près de 2000 km dans un centre de détention de Louisiane (sud), en vue de son expulsion.
L’avocat représentant le gouvernement, August Flentje, a répété vendredi que l’affaire devait être instruite dans cet Etat pour des raisons de «clarté» et de cohérence avec le lieu de détention de Mahmoud Khalil. Ce dernier n’était pas présent à l’audience, contrairement à sa femme enceinte, à ses côtés lors de son arrestation. L’un de ses avocats, Baher Azmy, a estimé que son client était victime de «représailles» du gouvernement. Le juge de Newark a mis sa décision en délibéré.
L’arrestation mardi dans le Massachusetts (nord-est) de l’étudiante turque Rumeysa Ozturk par des agents en civil – visages masqués et pour certains capuche sur la tête – a également suscité l’indignation.
L’avocate de cette doctorante âgée de 30 ans à l’université Tufts, près de Boston, a évoqué un «enlèvement» par la police en l’absence de motifs d’arrestation, alors que sa cliente est elle aussi présente légalement aux Etats-Unis. Une juge du Massachusetts, Denise Casper, a interdit aux autorités vendredi «d’expulser Ozturk des Etats-Unis jusqu’à nouvel ordre», le temps de l’examen du dossier de l’étudiante, détenue elle aussi en Louisiane. «Rumeysa n'a pas été accusée de commettre un quelconque crime (...). Il semble que la seule raison pour laquelle on (la) cible soit son droit à la liberté d’expression», a taclé son avocate Mahsa Khanbabai. L’étudiante avait cosigné en mars 2024 une tribune dans son journal universitaire, le Tufts Daily, réclamant notamment «le respect des droits humains élémentaires pour les Palestiniens», a ajouté son conseil. Evoquant une affaire «troublante», 34 parlementaires, dont l’influente sénatrice démocrate du Massachusetts Elizabeth Warren, ont exigé vendredi des explications du gouvernement sur ce cas, mais aussi sur des «incidents similaires à travers le pays».
«L'administration ne devrait pas détenir et expulser des résidents légaux de ce pays simplement parce qu’ils ont exprimé leurs opinions politiques», ont dénoncé les parlementaires dans une missive adressée notamment au secrétaire d’Etat, Marco Rubio.
«Peur et paranoïa»
Sur le campus de Columbia, la «peur et la paranoïa sont généralisées», raconte à l’AFP sous le couvert de l’anonymat une étudiante étrangère. Désormais, «je prends des précautions, je vérifie si quelqu'un me suit et je verrouille ma porte», abonde une autre, estimant qu’être Américaine n’est même plus gage de sécurité. Lors de l’annonce de l’arrestation de Mahmoud Khalil, Donald Trump avait promis qu’il serait le premier d’une longue liste. Jeudi, son chef de la diplomatie Marco Rubio a déclaré que les Etats-Unis avaient annulé les visas de plus de 300 «cinglés». Il désignait ainsi des militants pour la cause palestinienne sur les campus américains.