Rentrée littéraire en France : Pour le Goncourt et les autres jurys littéraires, l’heure du choix

06/11/2023 mis à jour: 10:23
AFP
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Eric Reinhardt, Jean-Baptiste Andrea, Neige Sinno, Gaspard Koenig, candidats au Prix Goncourt 2023

L’heure du choix est venue pour les jurés du Goncourt et d’autres prix littéraires français qui devront trancher cette semaine parmi les romans de la rentrée 2023. Le plus prestigieux de ces prix d’automne, le Goncourt, est décerné, demain à la mi-journée, au restaurant Drouant à Paris, comme le veut la tradition depuis plus d’un siècle.

 Le Renaudot, comme tous les ans, annonce son lauréat ou sa lauréate tout de suite après, au même endroit. Aujourd’hui lundi, c’est le prix Femina qui ouvre cette semaine sous le signe de la littérature à Paris. Et jeudi, le prix Médicis qui la referme. Tous ces prix sont l’assurance de doper ses ventes lors des deux derniers mois de l’année, les plus importants pour les libraires. On estime qu’en moyenne, un prix Goncourt se vend aux alentours de 400 000 exemplaires. Mais ce n’est qu’une moyenne. Si par exemple le Goncourt 2020, «L’Anomalie» d’Hervé Le Tellier, a aujourd’hui dépassé le million d’exemplaires écoulés, celui de 2022, «Vivre vite» de Brigitte Giraud est resté en dessous des 300 000.
 

L’ordre dans lequel sont remis ces prix - qui change chaque année - compte. Décider en premier donne à un jury une plus grande latitude, car il paraît impossible de couronner le même livre à un ou plusieurs jours d’écart. Neige Sinno, avec «Triste tigre» (éditions POL), part favorite du prix  Femina. Son récit de l’inceste qu’elle a subi enfant, doublé d’un essai sur les violences sexuelles, a frappé les imaginations. Pour ce Femina 2023, elle est face à trois hommes et une femme. Et Jean-Baptiste Andrea, avec «Veiller sur elle», est un autre prétendant bien placé. Tous deux sont finalistes du Goncourt remis le lendemain, avec Eric Reinhardt («Sarah, Susanne et l’écrivain») et Gaspard Koenig («Humus»). 

Parmi six journalistes littéraires interrogés par le magazine Livres Hebdo pour connaître leur pronostic, une voit Neige Sinno remporter ce Goncourt, tandis que deux parient sur Jean-Baptiste Andrea, et trois sont convaincus que c’est l’année d’Eric Reinhardt. Ce romancier qui a su se bâtir un lectorat fidèle, comme en témoignent les foules qu’il attire à chaque débat public, affiche, à 58 ans, un palmarès plutôt maigre dans les prix littéraires, avec le prix Renaudot des lycéens 2014 pour «L’Amour et les Forêts». Il a aussi pour lui d’appartenir à la maison la plus influente de la littérature française, Gallimard.

«Clivantes»  

Mais, comme le signalait dès le mois d’août un juré du Goncourt, Pierre Assouline, son œuvre et sa personnalité sont «clivantes». «Sarah, Susanne et l’écrivain» n’échappe pas à ce jugement, avec une forme originale de dialogue entre un auteur et une femme transformée en double de fiction qui a, plus ou moins, convaincu ses lecteurs. Jean-Baptiste Andrea, homme plus consensuel, est édité par une maison indépendante, L’Iconoclaste. Et «Veiller sur elle» représente dans cette finale du Goncourt l’invention romanesque, voire romantique, avec une fresque de plus de 500 pages qui mêle l’histoire de l’Italie au XXe siècle, un amour contrarié et la passion pour l’art. L’ambitieux «Humus» de Gaspard Koenig (éditions de L’Observatoire) créerait la surprise en décrochant le Goncourt.

 Mais ce roman, très actuel sur les tourments d’étudiants en agronomie pour l’avenir de notre planète, a beaucoup d’atouts pour plaire au jury du prix Renaudot. Parmi les autres favoris du Renaudot : Sorj Chalandon avec «L›Enragé». Il est édité par Grasset, maison qui avait déjà remporté ce prix en 2022. Le Médicis, enfin, a encore huit prétendants, dont Eric Reinhardt et Neige Sinno, mais aussi de jeunes révélations comme la Marocaine Salma El Moumni ou la Franco-Suisse Elisa Shua Dusapin. 

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