Rachid Djrourou. Commissaire du Festival du théâtre professionnel de Sidi Bel Abbès : «Nous avons honoré des comédiens de plusieurs générations pour assurer la transmission»

09/12/2023 mis à jour: 02:55
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Rachid Djourou, commissaire du festival

-Qu’est-ce qui marque la 13e édition du Festival culturel local du théâtre professionnel de Sidi Bel Abbès cette année ?

Cette édition a été précédée par des présélections des pièces participantes au niveau de Miliana. Par le passé, la présélection se faisait à travers le visionnage des pièces sur support vidéo devant un comité restreint qui fait le tri. J’ai pensé à créer un deuxième espace au festival de Sidi Bel Abbès avec une présélection dans une autre ville. Miliana est un des principaux viviers du théâtre amateur en Algérie. J’ai assisté par le passé à plusieurs manifestations théâtrales où les troupes venant de Miliana étaient primées. Il n’y a qu’à citer des noms connus natifs de cette ville comme Sid Ahmed Kara, Mohammed Charchal, Rédha Takhrist... 

L’association Mahfoud Touahri est très active. Des comédiens célèbres comme Sirat Boumediène et Rouiched venaient souvent à Miliana. Ce mouvement s’est malheureusement arrêté. J’ai décidé donc, en coordination avec la maison de la culture et le secteur de la culture de Aïn Defla, de fédérer nos moyens et organiser un événement à Miliana, une présélection sous la forme d’un festival en présence de ceux qui étaient présents dans les manifestations théâtrales depuis les années 1990 dans cette ville.
 

-C’était une période difficile...

Oui. Entre 1994 et 1998, l’Algérie connaissait des moments pénibles, mais Miliana continue de célébrer le théâtre. Je voulais rendre hommage à tous ceux qui avaient contribué à laisser la flamme du théâtre allumé. C’est aussi une manière de relancer le mouvement théâtral à Miliana avec l’organisation de la deuxième édition de présélection. Le ministère de la Culture et des Arts nous appuie dans notre démarche. Mme la ministre, Soraya Mouloudji, encourage toutes les initiatives sérieuses venant des coopératives, des associations ou autres. La balle est maintenant dans le camp des artistes et des responsables du secteur de la culture.
 

-Vous avez voulu rendre hommage aussi au Mouvement théâtral de Koléa (MTK)

Le MTK est l’école qui a produit des comédiens, tels que Nabil Asli ou Mustapha Laribi. MTK était présent lors des présélections de Miliana avec le metteur en scène Youcef  Taouint. Il faut noter que le MTK ne rate pas les manifestations ou les festivals de théâtre. Il marque sa présence à chaque fois, et ce, depuis des années. C’est aussi une manière pour former sur le terrain les jeunes amateurs du théâtre.
 

-Azikatou el abtal (les ruelles des héros), un spectacle de Abdelhalim Raïs, repris par la troupe de la Protection civile a été présenté lors de l’ouverture du festival. Pourquoi ce choix ?

Ce choix est motivé par la situation pénible que vit Ghaza en Palestine. Azikatou el abtal est inspirée d’une pièce d’Abdelhalim Raïs, un des architectes de la troupe artistique du FLN durant la guerre de Libération nationale. Le spectacle est produit par troupe de la Protection civile de Hamiz (Alger). Je voulais également saluer le travail formidable que fait cette troupe en la présentant devant le public constitué aussi d’universitaires, de critiques, d’artistes et de journalistes. C’est aussi une façon de lui rendre un hommage. Une troupe présente souvent dans les événements culturels, et qui a produit plusieurs spectacles en dix ans, dont ceux de Ould Abderrahmane Kaki, d’Abdelkader Alloula, Abdelhalim Raïs et autres.
 

-Finalement, six spectacles sont en compétition au festival

Les critères de présélection des pièces étaient rigoureux. Six spectacles ont été retenus sur les quinze qui se sont présentés à la présélection. La moyenne d’âge des artistes participant au festival est de 27 ans. Certains comédiens se présentent pour la première fois dans une compétition du théâtre professionnel. Il faut rappeler que la troupe, qui décroche la première place au festival se qualifie pour la compétition officielle du Festival national du théâtre professionnel d’Alger (FNTP) prévu fin décembre 2023 (...) hier, vendredi 9 décembre, vous avez assisté un débat pour faire le bilan des douze ans du Festival de Sidi Bel Abbès en présence de la plupart de ceux qui ont participé aux différentes depuis 2007.
 

-Une manière de dresser un diagnostic ?

Oui. Il s’agissait d’évaluer toutes les éditions. Nous avons tout documenté, les troupes lauréates, les membres des jurys, les débats. Vous avez constaté que le dialogue était franc pour discuter de ce qu’il faut améliorer, de ce qu’il faut éviter dans le futur. Un débat qui est intervenu après l’adoption de la loi portant statut de l’artiste. Il faut continuer à discuter de cette loi en attendant la promulgation de ses textes d’application.
 

-Parlez-nous de l’hommage rendu à plusieurs artistes lors de la soirée d’ouverture ?

Nous avons rendu un hommage à Souad Sebki, l’une des premières comédiennes algériennes. Elle a pénétré l’univers de l’art très jeune. J’ai constaté son absence de la scène artistique ces derniers temps, donc, je l’ai invité au festival pour la mettre en contact aussi avec les jeunes artistes. Honorer sur scène Souad Sebki était pour nous, en tant que festival, une manière simple de saluer tout le travail qu’elle fait pour le théâtre, la télévision et le cinéma algériens. Il en est de même pour le comédien Benabdallah Djellab, un artiste de Sidi Bel Abbès qui n’est plus à présenter. Et à titre posthume, nous avons rendu un hommage à Sid Ahmed Ghrazerib, l’un des pionniers du théâtre amateur à Sidi Bel Abbès avec les associations El Kalima et Afak. Nous voulions l’honorer de son vivant. La dernière fois que je lui ai rendu visite à la maison, il m’a dit que ses enfants allaient le remplacer. C’était le cas hier vendredi avec la présence de sa fille.
 

-Des artistes de la nouvelle génération ont été honorés aussi...

Nous avons honoré Souad Djenati, Hicham Bousahla et Asma Cheikh qui ont été primés dernièrement dans des festivals arabes. Asma Cheikh, native de Saïda, s’est imposée dans deux grands festivals au Caire et à Baghdad (pour son rôle dans la pièce Nostalgia du Théâtre du Point d’Oran, mise en scène par Lakhdar Mansouri). 
 

Donc, nous avons honoré des comédiens de plusieurs générations pour assurer la transmission. Nous leur avons exprimé toute notre reconnaissance pour tout ce qu’ils font pour honorer la culture algérienne. La relève de Dalila Helilou, Fadéla Assous et Sonia est bien là. Il s’agit de soutenir cette nouvelle génération. 

 

Propos recueillis par Fayçal Métaoui

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