L'opération militaire israélienne en est à son 15e jour à Jénine : L’Autorité palestinienne dénonce un plan de «nettoyage ethnique»

05/02/2025 mis à jour: 13:25
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Photo : D. R.

L’UNRWA se dit préoccupée par l'escalade de la répression en Cisjordanie occupée. L’agence onusienne pour les réfugiés palestiniens estime que la campagne militaire en cours menée avec une extrême brutalité par l’armée israélienne à Jénine, faisant des dizaines de morts, est «de nature à mettre en péril le cessez-le-feu fragile à Ghaza».

Pour le quinzième jour consécutif, les forces d’occupation sionistes poursuivent leur effroyable campagne militaire, «Mur de fer», dans la ville et le camp de Jénine. Celle-ci, pour rappel, a été lancée le 21 janvier. «L'occupation israélienne poursuit son agression contre la ville de Jénine et son camp pour le quinzième jour consécutif, faisant 25 martyrs et des dizaines de blessés, en plus de la destruction généralisée des infrastructures et du bombardement et la démolition de dizaines de maisons» rapportait hier l’agence Wafa.

L’armée israélienne a fait exploser simultanément une vingtaine de bâtiments dans le camp de réfugiés de Jénine dimanche dernier, indique l’agence de presse palestinienne. Ces explosions ont causé des dommages à certaines sections de l'hôpital gouvernemental de Jénine, signale-t-on.

L’agence palestinienne parle également d’environ 15 000 Palestiniens qui ont dû fuir leurs maisons quand ils n’en ont pas été délogés de force. Le moins que l’on puisse dire est que nous assistons à un véritable climat de guerre en Cisjordanie occupée à voir l’ampleur des pertes et le décor apocalyptique laissé par cette offensive d’envergure.

Le maire de Jénine, Mohammed Jarrar, cité par Wafa, dit que cette guerre d’agression menée par l’occupant sioniste ces quinze derniers jours «est la plus dévastatrice depuis l'invasion du camp de Jénine en 2002». Il a expliqué que «35 à 40 % des quartiers sont toujours privés d'eau à la suite des destructions, car le puits d'eau le plus important, Al Sa'ada, est hors service depuis le premier jour de l'agression». Wafa signale par ailleurs que «compte tenu de l'agression israélienne en cours, l'enseignement dans les écoles publiques et privées de la ville et du camp de Jénine se fait par voie électronique».

«Guerre totale contre le peuple palestinien»

La présidence de l’Autorité palestinienne a condamné dans un communiqué, lundi, les plans israéliens de déplacement de la population  palestinienne, accusant l’entité sioniste de commettre un «nettoyage ethnique» en Cisjordanie occupée.

«Les autorités de l'occupation étendent leur guerre totale à notre peuple palestinien en Cisjordanie en mettant en œuvre des plans de déplacement de citoyens et de nettoyage ethnique», assène le porte-parole de la présidence palestinienne, Nabil Abu Rudeina, dans un communiqué. L’Autorité palestinienne a exhorté l’administration Trump à intervenir «avant qu'il ne soit trop tard», sachant que le Premier ministre israélien, Benyamin Netanyahu, a été reçu hier par le président américain.

Le ministère palestinien de la Santé a indiqué que 70 personnes ont été tuées en Cisjordanie à la suite des exactions israéliennes depuis le début de l'année 2025. Détaillant les localités ayant enregistré le plus de victimes, les autorités palestiniennes précisent que 38 morts ont été recensés à Jénine, 15 à Tubas, 6 à Naplouse, 5 à Tulkarem, 3 à Hébron (Al Khalil), 2 à Beit Lahm et 1 à Jérusalem.

Le ministère affirme en outre que dix enfants figurent parmi les civils tués. Le gouverneur de Tulkarem, Abdullah Kamil, a déclaré à la radio Voix de la Palestine, ce lundi, que 48% de la population du camp de réfugiés de Tulkarem, en Cisjordanie, a été déplacée lors des dernières opérations militaires israéliennes. Pour lui, il ne fait aucun doute qu’il s’agit d’un «plan par lequel Israël vise à modifier les caractéristiques des camps dans les différents gouvernorats de Cisjordanie».

La rapporteuse spéciale des Nations unies sur la situation des droits de l'homme en Palestine occupée, Francesca Albanese, citée par l’APS, a averti dimanche dans un post publié sur les réseaux sociaux que «la campagne génocidaire d’Israël s'est déplacée vers la Cisjordanie pendant le cessez-le-feu à Ghaza au milieu du silence de la communauté internationale». La juriste italienne a qualifié l’offensive israélienne en Cisjordanie de «criminelle». Ces attaques, a-t-elle dénoncé, «étendent la portée de la destruction au-delà de Ghaza pour affecter l’ensemble du territoire palestinien occupé».

«Jénine ville fantôme»

De son côté, l’UNRWA se dit préoccupée par l'escalade de la répression en Cisjordanie occupée. Elle estime que la campagne militaire en cours menée avec une extrême brutalité par l’armée israélienne à Jénine, faisant des dizaines de morts, est «de nature à mettre en péril le cessez-le-feu à Ghaza», rapporte Onu-Info. «Les scènes choquantes en Cisjordanie mettent à mal le cessez-le-feu fragile conclu à Ghaza et risquent de provoquer une nouvelle escalade», lit-on dans le communiqué de l’UNRWA, cité par Onu-Info.

Cette mise en garde de l’agence onusienne pour les réfugiés palestiniens «intervient au lendemain d’une vague d’explosions qui a secoué Jénine et le camp de réfugiés adjacent à la ville». L’instance dirigée par Philippe Lazzarini a déploré le fait de «n'avoir reçu aucun avertissement préalable concernant ces explosions de la part des autorités israéliennes, dans la mesure où tout contact entre ces dernières et le personnel de l’agence n’est désormais plus autorisé». A noter que deux lois votées en octobre 2024 par le Parlement israélien mettent fin aux activités de l’UNRWA en Palestine occupée.

«En réponse, l’agence a procédé, la semaine dernière, à l’évacuation de son siège dans ce secteur de la ville sainte (Jérusalem-Est) et au redéploiement temporaire de son personnel international en Jordanie» fait savoir Onu-Ino, avant de préciser : «Le personnel local de l’agence, soit la majorité de ses effectifs, demeure, lui, sur place et continue de fournir une aide essentielle aux Palestiniens de Cisjordanie et de Ghaza.»

L'UNRWA souligne que les résidents du camp de réfugiés de Jénine font face, depuis près de deux mois, à des violences «incessantes et croissantes», alors que la ville de Jénine même «est devenue une ville fantôme». Les opérations menées par Israël «ont entraîné le déplacement forcé de milliers de résidents du camp, dont beaucoup n’ont nulle part où aller», relève l’organisation humanitaire. L’UNRWA a attiré également l’attention quant à l’impact des violences israéliennes sur la scolarité des enfants palestiniens.

«Le jour même où devait commencer un nouveau semestre pour des milliers d’enfants palestiniens, 13 écoles du nord de la Cisjordanie sont restées fermées, lundi, en raison des opérations israéliennes dans la région», alerte l’agence des Nations unies. En outre, «les services de l'UNRWA à l’intérieur du camp de Jénine sont interrompus depuis plusieurs mois et à l’arrêt complet depuis début décembre 2024»,prévient Onu-Info.

Riyad Mansour interpelle les responsables de l'ONU

Le représentant permanent de l'Etat de Palestine auprès des Nations unies, Riyad Mansour, a envoyé lundi trois lettres identiques au secrétaire général des Nations unies, Antonio Guterres, au président du Conseil de sécurité pour ce mois, la Chine, et au président de l'Assemblée générale des Nations unies, sur l'escalade de l'agression sioniste en Cisjordanie occupée, a rapporté hier l'agence de presse Wafa.

Mansour a relevé l'intensification des raids militaires des forces d'occupation, ainsi que l'augmentation des attaques des colons dans toute la Cisjordanie occupée, y compris El Qods occupée, à la suite  de la guerre génocidaire sioniste de 470 jours ayant dévasté la bande de Ghaza où un cessez-le-feu est en vigueur depuis le 19 janvier.

Dans ce contexte, Mansour a souligné que «depuis le début de l'année, 70 citoyens palestiniens, dont 10 enfants, sont tombés en martyrs en  Cisjordanie occupée, en plus du déplacement de centaines de familles palestiniennes au cours des deux dernières semaines».

Il a ajouté également que près de 15 000 citoyens ont été touchés par les récentes attaques et destructions menées par l'armée sioniste dans le territoire occupé. Le diplomate palestinien a aussi évoqué dans ses lettres «les menaces des dirigeants sionistes et des colons extrémistes de reproduire en Cisjordanie le génocide de Ghaza, se vantant de leurs plans coloniaux  illégaux visant à annexer des terres et à déplacer les Palestiniens de leurs terres».

Il a, par ailleurs, souligné que la fermeture par l'entité sioniste du siège de l'Office de secours et de travaux des Nations unies pour les réfugiés de Palestine (UNRWA) à El Qods occupée, le 30 janvier, «est une autre preuve de cette agression croissante et de ses plans en cours pour saisir et annexer les terres palestiniennes occupées», en violation flagrante de la Charte des Nations unies et des règles du droit international.

Face à cette situation, le représentant permanent de l'Etat de Palestine auprès de l'ONU a réitéré les appels des dirigeants palestiniens au Conseil de sécurité pour qu'il «prenne des mesures rapides pour protéger le peuple palestinien et tenir l'entité sioniste pour responsable des crimes commis en Palestine occupée et l'obliger de cesser son agression contre la Cisjordanie».

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