L’intelligence artificielle dans le diagnostic médical : A quand une base de données algérienne ?

18/04/2023 mis à jour: 01:43
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Les technologies développées autour de l’intelligence artificielle (IA) concernent aujourd’hui différents domaines, poussant de nombreux Etats à prendre en considération les enjeux de ce système et accompagner cette nouvelle transformation. 

Le domaine de la santé n’est pas épargné par le déploiement de ce système. Mais qu’en est-il de l’Algérie, qui œuvre au développement de son système de santé ? On n’a pas besoin de fouiner plus profond, car l’IA est quasiment absente. C’était l’affirmation du docteur en bio-informatique Mohamed Nadjib Boufenara, en réponse aux questions posées par El Watan en marge des journées scientifiques organisées du 16 au 18 avril par le Centre de recherche en sciences pharmaceutiques et l’université Frères Mentouri de Constantine. «C’est néant ! Il n’y a pas une utilisation de l’intelligence artificielle dans notre pays, mais on est en plein commencement de cette tâche. 

Mais avant, on doit réunir les données et les datasets algériens», a déclaré le Dr Boufenara, estimant que l’Algérie est arrivée à un stade où elle ne doit pas laisser les autres pays faire les choses pour elle. «Nous sommes, insiste-t-il, dans l’obligation de le faire.» «On ne peut pas partager nos données de santé dans des clouds étrangers (serveurs accessibles sur internet), qui sont leur propriété», a-t-il souligné. Ce sillage de données a suscité les questionnements de nombreux intervenants, dont certains se sont interrogés sur la quantité, la qualité, l’évaluation de la protection des informations, mais surtout l’absence d’une biobanque des données génétiques.

Le fonctionnement de cette dernière, selon notre interlocuteur, nécessite un arsenal d’outils excessivement chers (machines, réactifs et autres). «Mais on peut commencer par le regroupement des images avant de s’intéresser à une chose, qu'on ne possède pas, la machine», soulève le Dr Boufenara. 

Ce dernier explique que l’Algérie est dotée d’un nombre important d’images numériques dans ce domaine, où de nombreuses cliniques les fournissent dans des CD à leurs patients. C’est le point de départ vers une construction des bases de données, et l’Algérie doit mettre le paquet afin d’atteindre une explosion des systèmes d’intelligence artificielle. «Nous sommes devant l’obligation et nous ne pouvons pas faire autrement», affirme Mohamed Nadjib Boufenara lors de notre entretien. 

Un support révolutionnaire

Mais cette IA est-elle fiable à 100% dans le diagnostic des maladies ? Réduira-t-elle le coût des soins ainsi que les erreurs médicales ? L’expert en bio-informatique estime qu’actuellement certains systèmes d’IA le font déjà, comme la détection de polypes dans le cancer colorectal ou bien la rétinopathie diabétique. Cette dernière est diagnostiquée par un pharmacien ou un infirmier, alors que c’était un test à faire exclusivement par un médecin spécialiste. «Il y a des systèmes à 8000 dollars, mais un prix qui est souvent dix fois inférieur à celui de la machine.

Comme l’IRM de 11,5 T qui est gigantesque et d’une exactitude incroyable, mais pour la dupliquer et la ramener au CHU, il faut en refaire une autre. La différence avec les systèmes d’IA est comme un fichier Word que vous allez juste dupliquer. Ça coûte beaucoup moins cher, et l’étendue de son utilisation peut traverser les continents. Ceci dit, on peut le dupliquer à Tamanrasset ou dans des régions qui sont défavorisées, contrairement au matériel qui coûte énormément cher. 

Pour répondre directement à votre question, ces systèmes sont dix à quinze fois moins chers que le matériel qui coûte excessivement cher», a-t-il argumenté, ajoutant que cette intelligence ne pourra pas, à court terme, remplacer le médecin, où les émotions, les sentiments, un côté de raisonnement et l’empathie se constituent comme un véritable frein pour elle. 

Mais l’IA demeure un support révolutionnaire incontournable dans l’évolution des différents secteurs. Et si on parle de ses dangers ? Notre interlocuteur affirme que les dangers de ce système ne sont évoqués que dans les films de science-fiction. Il a soutenu ses propos avec les affirmations des pionniers de l’IA Geoffrey Hinton ou Yenn Le Cun, qu’on a encore 50 et 60 ans devant nous pour commencer à avoir peur. «Ce sont les utilisations malveillantes des outils de l’IA, mais pas elle qui est dangereuse. 

Cependant dans le domaine médical, il y aura plutôt des problèmes de responsabilité. Précisément en cas de diagnostic faussé par une IA, qui va endosser la responsabilité ?Est-ce le médecin ou le système ? Va-t-on condamner le système ? Comme l'ont évoqué certains intervenants lors de la rencontre, les juristes ont aussi un travail à faire dans ce sens», a-t-il conclu.

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