«Des centaines de milliers de personnes à Ghaza risquent à nouveau de souffrir de faim et de malnutrition sévères, alors que les stocks de denrées alimentaires humanitaires dans l’enclave s’amenuisent et que les frontières restent fermées», alerte le Programme alimentaire mondial (PAM). L’organisme onusien, qui joue un rôle primordial dans le maintien en vie d’une population sans la moindre ressource, affirme qu’il ne «dispose plus que d’environ 5700 tonnes de stocks alimentaires à Ghaza, ce qui est suffisant pour soutenir les opérations du PAM pendant deux semaines au maximum».
Cela va faire bientôt un mois que la population de Ghaza est privée d’aide humanitaire, si bien que le spectre de la famine menace de nouveau les quelque 2,4 millions d’habitants de l’enclave palestinienne. Depuis le 2 mars, en effet, Israël a coupé les vivres à Ghaza en empêchant les convois d’approvisionnement d’entrer dans le territoire assiégé.
Les agences de l’ONU sont formelles : la bande de Ghaza est exposée à une malnutrition aigüe s’alarment-elles. «L’humanité à son heure la plus sombre : aucune aide humanitaire n’est entrée dans la bande de Ghaza depuis plus de trois semaines.
C’est la plus longue période sans approvisionnement depuis le début de la guerre. Pendant le cessez-le-feu, 500 à 600 camions arrivaient chaque jour. Aujourd’hui, plus rien», a averti Philippe Lazzarini, le commissaire général de l’UNRWA, dans une post publié jeudi sur le réseau X. «Les parents ne trouvent pas de nourriture pour leurs enfants. Les malades n’ont pas de médicaments.
Les prix s’envolent. La faim augmente, tandis que le risque de propagation des maladies menace», énumère-t-il. «Pendant ce temps, les bombardements des forces israéliennes se poursuivent. La semaine dernière a été marquée par la journée la plus meurtrière en un an et demi de guerre, avec plus de 500 personnes tuées, dont des femmes et des enfants», s’indigne le chef de l’agence des Nations unies pour les réfugiés palestiniens.
«Chaque jour, des enfants se couchent le ventre vide»
Lazzarini fustige dans la foulée le fait que l’armée israélienne continue à s’en prendre aux travailleurs humanitaires. «Huit employés de l’UNRWA ont été tués au cours de la semaine dernière», s’émeut-il. Et de marteler : «Les gens continuent à chercher la sécurité.
Plus de 140 000 personnes ont été forcées de fuir en raison des ordres d’évacuation des autorités israéliennes.» Dans une autre publication, l’infatigable défenseur des droits du peuple palestinien revient à la charge : «Cela fait trois semaines, écrit-il, que les autorités israéliennes ont interdit l’entrée de fournitures dans la bande de Ghaza. Pas de nourriture, pas de médicaments, pas d’eau, pas de carburant.
Un siège plus long que celui qui était en place lors de la première phase de la guerre. La population de Ghaza dépend des importations en provenance d'Israël pour sa survie. Chaque jour qui passe sans que l›aide ne soit acheminée signifie que davantage d›enfants se couchent le ventre vide, que les maladies se propagent et que les privations s›aggravent.
Chaque jour sans nourriture rapproche Ghaza d’une crise alimentaire aiguë. Interdire l’aide est une punition collective pour Ghaza : la grande majorité de sa population est composée d’enfants, de femmes et d’hommes ordinaires.» Philippe Lazzarini insiste : «Le siège doit être levé et les points de passage doivent être rouverts pour permettre un flux normal d’aide humanitaire et de fournitures commerciales. Tous les otages doivent être libérés. Les bombardements doivent cesser et le cessez-le-feu doit être renouvelé», préconise-t-il.
«La faim menace à nouveau Ghaza»
Une autre agence des Nations unies, en l’occurrence le Programme alimentaire mondial (PAM), s’inquiète de l’épuisement des réserves alimentaires dans la bande de Ghaza du fait du blocus prolongé imposé à l’enclave.
Dans un communiqué publié avant-hier, l’organisme onusien a fait savoir qu’il ne disposait plus que de l’équivalent de deux semaines de stocks pour venir en aide à une population sans la moindre ressource. «Des centaines de milliers de personnes à Ghaza risquent à nouveau de souffrir de faim et de malnutrition sévères alors que les stocks de denrées alimentaires humanitaires dans la bande s’amenuisent et que les frontières restent fermées.
Parallèlement, l’intensification des activités militaires à Ghaza perturbe gravement les opérations d’aide alimentaire et met chaque jour la vie des travailleurs humanitaires en danger » constate le PAM. Détaillant la situation dans le territoire palestinien depuis la reprise de la campagne militaire israélienne, le document souligne : « Depuis plus de trois semaines, le PAM et ses partenaires du secteur de la sécurité alimentaire n’ont pas été en mesure d’acheminer de nouvelles denrées à Ghaza.
La fermeture des points de passage frontaliers bloque l’entrée de toutes les marchandises, qu’elles soient humanitaires ou commerciales.» Le Programme alimentaire mondiale a averti qu’il ne disposait plus que «d’environ 5700 tonnes de stocks alimentaires à Ghaza, ce qui est suffisant pour soutenir les opérations du PAM pendant deux semaines au maximum.»
L’agence onusienne a également signalé dans son communiqué que le PAM a été contraint de «réduire les rations de colis alimentaires afin d’atteindre le plus grand nombre de personnes possible», en soulignant qu’il escompte pouvoir encore nourrir un demi-million de personnes. «Le colis de taille réduite permet de nourrir une famille pendant environ une semaine», a-t-il indiqué.
«Un sac de 25 kg de farine à 50 dollars»
S’agissant des boulangeries, «les réserves de farine de blé sont suffisantes pour assurer la production de pain pour 800 000 personnes pendant cinq jours seulement», précise le document du Programme alimentaire mondial, avant d’ajouter : « Actuellement, 19 des 25 boulangeries soutenues par le PAM restent opérationnelles, et nombre d’entre elles sont confrontées à de graves problèmes de contrôle des foules, alors que la crainte d’une pénurie de pain se répand dans toute la bande de Ghaza.»
L’agence des Nations unies informe par ailleurs qu’«avec ses partenaires du secteur de la sécurité alimentaire, le PAM a positionné plus de 85 000 tonnes de produits alimentaires à l’extérieur de Ghaza, prêts à être acheminés en cas d’ouverture des points de passage». Le PAM affirme au passage qu’il lui faut «30 000 tonnes de nourriture par mois pour répondre aux besoins de base d’environ 1,1 million de personnes».
Du fait de la pénurie des produits de première nécessité, «les prix des denrées alimentaires ont grimpé en flèche à l’intérieur de la bande de Ghaza», déplore-t-il. «Un sac de 25 kg de farine de blé se vend jusqu’à 50 dollars, soit une augmentation de 400% par rapport aux prix d’avant le 18 mars ; les prix du gaz de cuisine ont augmenté de 300% par rapport à février», soutient le PAM.
Et d’appeler «toutes les parties à donner la priorité aux besoins des civils», en précisant qu’il a besoin d’un «financement de 265 millions de dollars au cours des six prochains mois pour soutenir les opérations de sauvetage qui aideront 1,5 million de personnes à Ghaza et en Cisjordanie».