Un autre pas dans la crise entre l’Algérie et la France, cette fois-ci du côté de François Bayrou, le Premier ministre français qui, en parlant de «submersion migratoire», a alimenté le fantasme du «grand remplacement», classique fonds de commerce d’Eric Zemmour.
S’il a quelque peu rétropédalé en affirmant qu' il ciblait surtout l’émigration à Mayotte, personne n’a été dupe sur l’intention réelle de François Bayrou qui est de chercher désespérément à dissuader le Rassemblement National et une large partie de la droite de la tentation de censure de son gouvernement. On ne sait si le deal sera accepté, mais cela suffit à ce courant d’opinion d’être conforté et encouragé dans la diabolisation de l’immigration d’une manière générale, spécialement algérienne avec laquelle il existe un lourd contentieux mémoriel.
Un de ses représentants zélés, le ministre de l’Intérieur, Bruno Retailleau, est allé jusqu'à ordonner de couvrir de vexations, à l'aéroport Charles-de-Gaulle, les voyageurs algériens. Depuis plusieurs semaines en fait, il a pour ainsi dire dans la bouche un seul terme : «Représailles contre l'Algérie», largement repris par toute la fachosphère politique et médiatique française. Son but est de développer au sein de la société française un sentiment général d'hostilité contre notre pays et rien n’a été ménagé pour cela, y compris un douteux sondage largement diffusé affirmant que 70% des Français sont anti-algériens.
Il reste, heureusement, que cette offensive ne passe pas comme une lettre à la poste, elle a été vite comprise par la gauche, l'extrême gauche et les écologistes comme un sursaut politique en France de l'extrême droite et de la droite française après la calamiteuse dissolution de l’Assemblée nationale par la gauche.
A également réagi la frange éclairée et progressiste de la société civile française, faisant comprendre, sur la base de données et de chiffres, que l’immigration a toujours été une chance pour la France, hier par son apport à la lutte contre le nazisme, aujourd'hui et depuis des décennies, par sa force de travail dans tous les domaines, dans la grande compétence scientifique ou dans les indispensables travaux de base souvent délaissés par les Français.
Il est dit que la France historiquement multiculturelle n’est nullement menacée dans son creuset civilisationnel, qu'au contraire son présent et son avenir se construisent aussi avec les apports des autres cultures dans le respect des droits humains permis par les lois nationales et le droit international. Malheureusement les gouvernants français sons plus enclins à écouter les sirènes de l'extrême droite et de la droite, notamment, lors des enjeux électoraux et au moment de graves difficultés économiques et de tensions sociales.
C’est le cas du pouvoir actuel incarné par Emmanuel Macron qui, après un premier mandat globalement ouvert sur l’immigration, s’est raidi au cours de ce second mandat.
Née de la dissolution hasardeuse de l’Assemblée nationale qui a laminé sa famille politique, la fragilité du président de la République l’a amené à ménager la droite et l'extrême droite, voire s’en rapprocher afin de parvenir sans trop de casse à l'élection présidentielle de 2027, où il devra rendre compte de dix années de présence à l’Elysée.
C’est ce qui explique la montée en flèche du ministre de l’Intérieur Bruno Retailleau et du douteux positionnement de François Bayrou sur la question de l’immigration. Avec l’Algérie, il a pris le risque de casser la dynamique de rapprochement amorcé durant le premier mandat aux plans politique, économique et sécuritaire et de la mémoire.
L’affaire Sansal, qui aurait pu être réglée discrètement par les canaux diplomatiques, a été laissée à la gestion brutale et contre-productive de Bruno Retailleau qui l’a inscrit dans son projet historique de revanche contre l’Algérie, dont le décolonisation n’a jamais été digérée.
Emmanuel Macron se devait de réfléchir à deux fois avant de cautionner l’accaparement du Sahara occidental par le Maroc, sacrifiant de ce fait la traditionnelle position française de neutralité diplomatique sur ce dossier. Il ne pouvait ignorer que c’était une offense à l'égard de l’Algérie et bien entendu une grave entorse au droit international qui appelle à l'autodétermination.
Enfin, il tourne le dos de manière la plus irresponsable à l'Algérie dont le poids n’est pas négligeable, de plus en plus courtisée par l’essentiel des grandes capitales dans le monde.