Les faux calculs français

30/01/2025 mis à jour: 01:24
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Un  autre pas  dans la crise  entre l’Algérie et la France, cette fois-ci du côté de François  Bayrou, le Premier ministre français qui, en parlant de «submersion  migratoire», a  alimenté le fantasme  du  «grand remplacement», classique  fonds de commerce d’Eric Zemmour. 

S’il a quelque peu rétropédalé en affirmant qu' il ciblait surtout l’émigration à Mayotte, personne n’a été dupe sur l’intention réelle de François Bayrou qui est de  chercher désespérément à dissuader le Rassemblement National et une large partie de  la droite de la  tentation de censure de son gouvernement. On ne  sait si le deal sera accepté, mais cela suffit à ce courant d’opinion d’être  conforté  et encouragé dans la diabolisation de l’immigration d’une manière générale,  spécialement algérienne avec laquelle il existe un lourd contentieux  mémoriel.  

Un de ses représentants zélés, le ministre de l’Intérieur, Bruno Retailleau, est allé jusqu'à ordonner de couvrir de vexations, à l'aéroport Charles-de-Gaulle, les voyageurs algériens. Depuis  plusieurs semaines en fait, il a pour ainsi dire dans la bouche  un seul  terme : «Représailles contre l'Algérie»,  largement repris par toute la fachosphère politique  et médiatique française. Son  but est de développer au sein de la société française un sentiment général d'hostilité contre notre pays et rien n’a été ménagé pour cela, y compris un douteux sondage largement diffusé affirmant que 70% des Français sont anti-algériens.  

Il reste, heureusement,  que  cette offensive ne passe pas comme une lettre à  la poste,  elle a été vite comprise par la gauche, l'extrême gauche et les écologistes comme un sursaut  politique en France de  l'extrême droite et de la droite française  après la calamiteuse dissolution de l’Assemblée nationale par la gauche.  

A également réagi  la frange éclairée et progressiste de la société civile française, faisant comprendre, sur la base de données et de chiffres,  que l’immigration a toujours été une chance pour la France,  hier par son apport à la lutte contre le nazisme, aujourd'hui et depuis des décennies, par sa force de travail dans tous les domaines, dans la  grande compétence  scientifique  ou  dans les  indispensables  travaux  de base  souvent délaissés par les Français.  

Il est dit  que la France historiquement multiculturelle n’est  nullement menacée dans son  creuset  civilisationnel, qu'au contraire son présent et son avenir  se construisent aussi  avec les apports des autres cultures  dans le respect des  droits humains permis  par les lois nationales et  le droit  international. Malheureusement les gouvernants français sons plus enclins à écouter les sirènes  de l'extrême droite et de la droite, notamment, lors des enjeux électoraux et au moment de graves difficultés économiques et de tensions sociales. 

C’est le cas du pouvoir actuel incarné par Emmanuel Macron qui, après un premier mandat globalement ouvert sur l’immigration, s’est raidi au cours de ce second mandat. 

Née de  la dissolution hasardeuse de l’Assemblée nationale qui a laminé sa famille politique, la  fragilité du président de la République l’a amené à ménager la droite et l'extrême  droite, voire s’en rapprocher  afin de parvenir sans trop de casse à l'élection présidentielle de 2027, où il devra rendre compte de dix années de présence à l’Elysée. 

C’est ce qui explique la montée en flèche du ministre de l’Intérieur  Bruno Retailleau et du douteux positionnement de François Bayrou  sur la question de l’immigration.  Avec l’Algérie, il a pris le risque de casser la dynamique de rapprochement amorcé durant le premier mandat aux plans politique, économique et sécuritaire et de la mémoire.  

L’affaire Sansal, qui aurait pu être réglée discrètement par les canaux diplomatiques, a été laissée à la gestion brutale et contre-productive de Bruno Retailleau qui l’a inscrit dans son projet historique de revanche contre l’Algérie, dont le décolonisation n’a jamais été digérée.  

Emmanuel Macron  se devait  de  réfléchir à  deux fois avant de cautionner l’accaparement du Sahara occidental par le Maroc, sacrifiant de ce fait la traditionnelle position française de neutralité diplomatique  sur ce dossier. Il ne pouvait ignorer que c’était une offense à l'égard de l’Algérie et bien entendu une grave entorse au  droit international qui appelle à l'autodétermination.  

Enfin, il tourne le dos de manière la plus irresponsable à  l'Algérie  dont le poids n’est pas négligeable, de plus en plus  courtisée par l’essentiel des  grandes  capitales dans le monde.  

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