«La grève des lycéens et des collégiens à Constantine avait eu lieu bien avant le 19 mai 1956»

07/06/2022 mis à jour: 00:23
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Il s’appelait Ammi Boudjemaâ, cafetier à la place Negrier (actuelle place de Souk El Asser) à Constantine. Il a été abattu dans son café. Il s’appelait Ammi Achour, bouquiniste de son état, rue Sidi Lakhdar. Il a été blessé.

À la rue Benseghir (ex-Mkayes), le patron d’un salon de coiffure a été blessé. Tous les trois, ainsi que près d’une centaine de Constantinois ont été victimes d’une tuerie organisée par les juifs encadrés par des agents du Mossad. 

C’était le 12 mai 1956, deuxième jour de l’Aïd El Fitr ou l’Aïd El Adha, je ne sais plus. C’était un week-end (samedi et dimanche). 

Cette introduction n’aurait pas sa place, puisqu’il s’agit de la grève des étudiants lycéens et collégiens, mais les évènements de ce pogrom ont été à l’origine du mouvement de grève à Constantine de tous les élèves du secondaire. 

Et, c’est pour moi l’occasion d’apporter des précisions sur la grève des cours et des examens qui fut décidée par l’UGEMA. C’est en effet pour moi en tant qu’ancien élève du Collège moderne de garçons (actuellement lycée Youghourta) de relater autant que faire se peut les événements qui ont eu lieu en ce mois de mai 1956 à Constantine. 

Le lundi suivant le massacre, alors que nous étions devant la Recette des impôts du Coudiat, rue Raymonde Pechard, non loin du collège, attendant l’heure de rejoindre les salles de classe, que des jeunes, je suppose, d’un établissement du secondaire sont venus nous annoncer que suite au massacre du week-end, ils avaient décidé de se mettre en grève et nous demandaient de les suivre. 

En peu de temps, nous entreprîmes de contacter les élèves externes du lycée Laveran (actuel lycée El Houria), du collège moderne de filles (actuel lycée des sœurs Saadane) et de notre collège. Sensibilisés, ils ont accepté sans réserve de se mettre en grève. Les internes informés ont immédiatement suivi le mouvement. 

La grève commençait et avant le 19 mai 1956, il n’y avait plus un seul élève algérien dans les établissements du secondaire à Constantine. Cependant, de plus en plus nombreux, nous étions à considérer que la grève n’était pas une fin en soi et qu’il fallait des décisions claires et qui nous engageraient en tant que partie prenante à la lutte pour l’indépendance. 

Nous nous sommes réunis à Sidi Mabrouk. Nous étions une quinzaine et je me souviens de la présence, entre autres, de Mouloud Atsamena, Benamara Ahmed, Bahloul Bachir, Belahnèche et Daoudi Merouane. Les débats ont duré une partie de l’après-midi et notre décision adoptée par tous était la grève des examens. Nous venions de donner un sens à la grève et en même temps nous nous engagions lycéens et collégiens à la lutte de libération nationale. 

C’est suite à ce mouvement que des camarades de classe et de promotions différentes ont rejoint le maquis. Je citerai entre autres feu Bouhara Abderrazak, Abdelaziz Zerdani, Hihi El Mekki, Kara Abdelaziz, Benamrane Hamza et Guedmani Abdelwahab. Ces deux derniers sont encore vivants. Pour nous à Constantine, quand le communiqué de l’UGEMA fut rendu public, appelant à la grève générale des cours et des examens, la décision avait été déjà prise par les lycéens et collégiens. 

Les établissements du secondaire étaient vides de leurs élèves algériens. Il est à noter que seuls trois candidats au bac l’ont passé : deux frères et un Tunisien qui fut mon camarade de table depuis la sixième. Bien sûr ils l’ont obtenu tous les trois. J’espère avoir apporté une modeste contribution et n’avoir rien omis, tant la mémoire peut être défaillante. Je veux juste préciser que le FLN suivait l’évènement à Constantine. 

Khalfallah Abdelaziz dit Mustapha Boutemira futur chef de la Zone 5 de la wilaya II historique m’avait demandé d’informer le groupe que s’il voulait établir le contact avec le FLN, j’étais chargé de le faire.

Par Abdelhadi Benazouz
Chef de zone du FLN à Grenoble - Ancien détenu et cadre supérieur de l’État à la retraite

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