La canonnière, une obsession française

27/02/2025 mis à jour: 12:05
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C'est l'une des rares voix qui, dans la sphère médiatique française, ose dire les quatre vérités et surtout tente d’aller à contre-courant de l’idéologie droitière, voire d’extrême droite, qui couvre l’Hexagone. C’est Jean-Michel Aphatie qui vient de rappeler que, chaque année en France, on commémore ce qui s’est passé à Oradour-sur-Glane, c’est-à-dire, le massacre de tout un village. Mais on en a fait des centaines, nous, en Algérie.

Est-ce qu’on en a conscience ? «Vous connaissez l’histoire de la conquête en Algérie ? Combien de villages ont été massacrés, des femmes…» Il a ajouté que «les nazis se sont comportés comme nous nous l’avons fait en Algérie», ce qui a évidemment déclenché une salve d’indignation dans toute la fachosphère politico-médiatique française.

Jean-Michel Aphatie a touché du doigt le cœur de la problématique entre les deux pays, séparés et divisés par les 132 années d’une des plus féroces colonisations de l’histoire du monde. Celle-ci a commencé par des massacres d’Algériens, à grande échelle, s’est poursuivie par une guerre impitoyable de sept années et se redéploie aujourd’hui par des comportements néo-coloniaux et le refus d’une reconnaissance solennelle du fait colonial dans toute sa globalité, avec des excuses au peuple algérien.

Ces derniers mois sont montés au créneau tous les courants de l’extrême droite et de la droite, au prétexte de la défense de l’écrivain Boualem Sansal, des propos de quelques influenceurs algériens et de la question du renvoi des Algériens en situation irrégulière vers leur pays. C’est quotidiennement un torrent d’invectives contre l’Algérie qui ouvre la voie à une crise diplomatique encore plus profonde, avec déjà l’annonce de restrictions sur les visas octroyés aux Algériens.

Le ministre de l’Europe et des Affaires étrangères, Jean-Noël Barrot, vient d’annoncer avoir pris des «mesures de restriction de circulation et d’accès au territoire national pour certains dignitaires algériens» et dit être «prêt à en prendre davantage» si aucune évolution n’est observée.

La voie lui a été ouverte par Bruno Retailleau, le ministère de l’Intérieur, qui a chauffé l’opinion publique française, mettant en relief le «rapport de force» avec l’Algérie ; en d’autres termes, passer aux sanctions et à la contrainte.

Une autre version de la «politique de la canonnière», qui, rappelons-le, historiquement, a été une pratique coloniale qui consistait à tirer depuis la mer au canon sur des pays convoités ou voués à la punition. Ce fut une vocation française, prenant par la suite la forme de l’envoi direct de troupes françaises dans des Etats, notamment du continent africain.

Les boulets tirés sont remplacés depuis par des manipulations monétaires (le franc CFA), des renversements de régimes politiques, des sanctions économiques et financières, des restrictions diplomatiques, des expulsions forcées de migrants, des campagnes de dénigrement des Etats et des populations, etc.

Bref, du néo-colonialisme pur et dur mis en œuvre et plébiscité par la droite, l’extrême droite et une partie des camps dits socialistes. En appui interviennent les médias, tous supports confondus, adossés au sionisme et à l’Etat d’Israël.

Ils sont soit détenus par l’Etat français, soit subventionnés largement, et un grand nombre appartient à de grands patrons ou à de grands groupes industriels et financiers. Vincent Bolloré, Patrick Drahi, Rodolphe Saadé, Bernard Arnault, François Pinault sont quelques noms de ces collectionneurs de médias de droite, notamment dans l’audiovisuel, où les plus agressifs sont BFM, BFMTV, LCI, RMC.

Ces chaînes se sont distinguées, ces derniers mois, par la diabolisation de l’Algérie, tout en apportant un appui inconditionnel aux génocidaires de Tel-Aviv. Une même idéologie que tentent courageusement de contrer quelques partis progressistes, tel le LFI, ou des personnalités de valeur, à l’image de Dominique de ViIlepin.

C’est ainsi que fonctionne la France actuelle, accrochée au vieux rêve colonial (jusqu’aux territoires d’outre-mer) pensant en tirer encore quelques dividendes, alors même qu’elle est chassée de toutes ses anciennes colonies, notamment en Afrique.

C’est une nation à la traîne dans le monde développé, réduite à montrer ses muscles aux petits Etats mais qui plie les genoux devant les grandes puissances que sont les Etats-Unis, la Russie et la Chine. En témoigne son éviction humiliant du dossier de la guerre entre l’Ukraine et la Russie. Paris a eu l’outrecuidance de chercher à faire battre militairement la Russie avant d’être réduite à suivre la voie négociatrice du président Donald Trump.

Elle sera contrainte de le suivre aveuglément sur tous les dossiers brûlants du monde, y compris le devenir de l’OTAN et le futur de l’Europe. La France n’a rien dit sur la folie du nouveau président américain à propos de Ghaza, et il n’est pas exclu qu’elle envisage une place au soleil dans la Riviera de la honte. 

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