Institut Cervantès : Le film vénézuélien Que buena broma, Bromélia séduit le public à Oran

01/06/2024 mis à jour: 02:59
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Irabe Seguia, actrice vénézuelienne

La générosité, le pardon, l’amour et l’acceptation de la différence sont autant d’ingrédients qui entrent dans la recette du magnifique film vénézuélien intitulé Qué buena broma, Bromélia (quelle bonne blague Bromélia !). 
 

Il a été projeté dans le cadre de la tenue  à Oran à l’Institut Cervantès du Festival du cinéma ibéro-américain. Le choix de cette œuvre pour représenter ce grand pays d’Amérique latine est particulièrement judicieux car c’est une véritable découverte qu’est cette réalisation datant de 2022 (sortie), signée Efterpi Charalambidis (son deuxième long métrage) et interprétée avec brio, notamment par l’actrice principale, la talentueuse et flamboyante Irabé Seguia présente à Oran pour débattre avec le public.  

Mais attention, toutes les meilleures intentions du monde mises en relief dans ce long métrage, également porté par les belles mélodies du grand guitariste compositeur Aquiles Baez, ne sont pas synonymes de naïveté. Loin de là, car on sait très bien faire la part des choses avec les doutes et les colères, les révoltes mais surtout le choix cornélien qui s’offre au personnage principal pour ensuite l’assumer avec beaucoup de courage et d’abnégation. 

Aussi, malgré tous ces aspects qu’on peut considérer comme étant foncièrement positifs, il ne s’agit pas là d’un conte de fées et, par certains égards, on peut même considérer que le récit se joue des codes du genre en les inversant, en leur tordant le cou et en les réinterprétant au service de la problématique posée. 

En effet, la réalisatrice nous emmène toujours là où on s’y attend le moins et parfois même là où on ne s’y attend pas du tout et c’est déjà ce qui constitue une bonne part de l’attrait que ce film qui, par ailleurs, s’ouvre sur les prémices d’une histoire d’amour, peut exercer sur le spectateur. Ici l’amour charnel n’est plus une finalité mais un prélude à quelque chose d’insoupçonné et d’inattendu, malgré les indices semés en amont, à l’exemple de la caractéristique du chien adopté par la protagoniste. Les initiateurs du film ont voulu que le meilleur des sentiments humains infusés à petites doses reste à chaque fois toujours à venir. 

C’est parfois une réflexion sur le bien et le mal qui est proposée et avec force, compte tenu des prolongements sur la nécessité ou pas ou même l’utilité ou pas de la punition et de la vengeance. Ainsi, l’intrigue concerne aussi une mère qui ne veut que du bien à sa fille, la voir mariée en la mettant dans les meilleures dispositions possibles mais quand il s’agit de  se rendre à l’évidence pour affronter le réel, rien ne va de soi. «J’ai trahi mes convictions religieuses pour ton bien», lance-t-elle avec colère à sa fille. Comment une mère supposée être profondément croyante soit amenée à pousser sa fille à commettre un acte répréhensible par la religion, celui d’interrompre la grossesse pour le simple fait de savoir que l’enfant qui va naître ne sera pas comme les autres. 

 Il faut juste préciser que dans un pays comme le Venezuela, l’IVG ne constitue pas en soi un problème et le pratiquer ou pas dépend exclusivement de la femme, comme c’est montré dans le film. Bromélia agit donc à contre- courant (garder l’enfant contre l’avis général) en assumant les difficultés car elle sait, pour avoir assisté à une messe, que son enfant aura une place dans la société, même s’il faut là aussi passer par des épreuves. 

La scène du jeu d’enfants qui consiste à jouer du «bâton» et des «coudes» pour ramasser le plus de jouets est significative mais peut très bien symboliser l’idée d’un monde pris dans le tourbillon des effets pervers de  la compétition souvent  synonyme de prédation.  Peut-être, pourrait-on dire, une parabole du capitalisme libéral, pourquoi pas. Quoi qu’il en soi, avec pertinence et de manière totalement décontractée, Irabé Seguia, qui s’exprime également avec entrain et de bonhommie, a répondu à toutes les questions des spectateurs des questions qui portent sur le film, les conditions de sa réalisation et de sa sortie (juste après la pandémie) mais aussi du cinéma et du pays en général, sa diversité géographique son dynamisme culturel, y compris dans le domaine du cinéma, avec une ouverture sur le monde via les débats autour de différents cycles consacrés aux cinémas des autres pays de la planète, y compris ceux évoqués concernant les «cycles sur le cinéma algérien ou marocain etc.» Elle cumule 35 ans d’expérience dans le domaine du théâtre (secteur public).

 Autant pour le quatrième art que pour le cinéma, les secteurs public et  privé coexistent bien au Venezuela. «Pour moi, le cinéma a été un complément mais je suis consciente que c’est une grande responsabilité car il s’agit de maîtriser d’autres techniques, ce que j’ai fait en apprenant dans le tas», explique-t-elle en aparté et d’ajouter que son pays a également connu un âge d’or du cinéma dans les années 70 avec des figures représentatives d’une époque, à l’exemple de Roman Chalbaud (1931-2023) qui ont grandement contribué à la formation des générations de cinéastes en activité actuellement et cela hormis ceux qui ont bénéficié de formations à l’extérieur et c’est justement le cas pour la réalisatrice Charalambidis elle-même en sa qualité de diplômée de La Columbia University School of the Arts de New York (Etats-Unis). 

«Aujourd’hui, il y a certes moins de films mais plus de thématiques abordées avec beaucoup de liberté», indique-t-elle, avant de mettre en avant le rôle du Centre national de cinématographie dépendant du ministère de la Culture vénézuélien (dirigé actuellement par Carlos Azpurua) et son apport indéniable autant dans la production par le financement que dans la diffusion ainsi que les appuis techniques et les formations qu’il offre aux cinéastes, aux scénaristes, etc. 

 «Un soutien fondamental», entend-on dire. Ce n’est sans doute pas le propos de la rencontre mais la spécificité socialiste du pays a été indirectement mise en relief dans le débat public avec l’évocation notable de l’ancien président du pays, Hugo Chavez (1956-2013) et son héritage depuis la révolution bolivarienne et la fondation du parti socialiste unifié du Venezuela. Celui-ci a été élu démocratiquement à la tête du pays. Elle le dit sans toutefois s’étaler sur le sujet. Hugo Chavez est aussi connu pour avoir tenu fermement tête à toutes les tentatives de déstabilisation menées par le voisin états-unien, l’ogre américain avec lequel il ne partage pas le projet de société. 

Un socialisme à visage humain qui se soucie du bien- être collectif. Pour la petite histoire, Hugo Chavez, dont la convergence des points de vue sur beaucoup de sujets avec l’Algérie  n’est plus à démontrer, a également de son vivant envoyé un message de félicitations, un clin d’œil pour les citoyens d’une petite commune algérienne (Barbacha) qui ont élu à la tête de l’Assemblée communale un maire issu d’un parti d’obédience extrême gauche. Un détail mais une preuve d’un engagement sans faille du leader vénézuélien mais là on sort du cadre et ce n’est plus dans le cinéma.

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