Inflation aux États-Unis : La Fed joue la carte de la prudence

18/03/2024 mis à jour: 00:07
AFP
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Jerome Powell, président de la Fed - Photo : D. R.

Lors de la dernière réunion, fin janvier, le président de la Fed, Jerome Powell, avait pris de court les marchés en écartant l’hypothèse d’une première baisse de taux en mars.

Le rebond de l’inflation aux Etats-Unis devrait encourager la Fed à rester prudente, lors de sa réunion mardi et mercredi, et attendre avant de commencer à abaisser ses taux, mais ce sont surtout ses prévisions économiques qui seront scrutées.

«L’accent va vraiment être mis sur les nouvelles projections», a précisé, à l’AFP, Lydia Boussour, économiste pour EY Parthenon. Et notamment la courbe de l’inflation, ainsi que le nombre de baisses des taux anticipées pour 2024 par les responsables de la Banque centrale américaine (Fed). «Je n’attends pas de grands changements», a commenté Kathy Bostjancic, cheffe économiste pour la compagnie d’assurances Nationwide.

Selon elle, les responsables de la Fed devraient prévoir trois baisses des taux cette année, comme lors de leurs précédentes projections, publiées en décembre. Lydia Boussour avertit, elle, d’un risque de voir «deux baisses des taux» seulement.

La Fed, après avoir relevé ses taux depuis mars 2022 jusqu’à 5,25%–5,50% dans le but de lutter contre la forte inflation, envisage désormais de les abaisser. Mais, avant de lancer le mouvement, ses responsables veulent être certains que les prix ne se remettent pas à flamber.

Or, «le rythme de la désinflation et le ralentissement de la croissance de l’emploi ne se produisent pas aussi vite que nous le pensions il y a quelques mois», a souligné à l’AFP Michael Pugliese, économiste pour Wells Fargo. L’indice CPI de l’inflation a en effet rebondi en février, à 3,2% sur un an contre 3,1% en janvier.

Quant à l’indice PCE, privilégié par la Fed et qu’elle veut ramener à 2%, il n’a pas encore été publié pour février, mais avait en janvier ralenti sur un an, à 2,4% contre 2,6%, et accéléré sur un mois, à 0,3% contre 0,1%.

Les responsables de la Fed «vont donc affiner leurs prévisions économiques en conséquence», a précisé Michael Pugliese, indiquant qu’en matière de baisse des taux, «cela se traduit par moins et plus tard».

La première baisse des taux est désormais attendue pour la réunion de juin par la majeure partie des acteurs du marché, selon l’évaluation de CME Group.

«Et si ce n’est pas juin, ça sera en juillet», estime Kathy Bostjancic. Lors de la dernière réunion, fin janvier, le président de la Fed, Jerome Powell, avait pris de court les marchés en écartant l’hypothèse d’une première baisse en mars.

Indépendance

Début mars, devant des élus du Congrès, il avait averti : «Les perspectives économiques sont incertaines et la poursuite des progrès vers notre objectif d’inflation de 2% n’est pas assurée».

Mais il avait néanmoins ajouté que «si l’économie évolue comme prévu, il sera probablement approprié de commencer à assouplir la politique monétaire à un moment donné cette année».

Quant à l’inflation, même si celle-ci «reste supérieure à l’objectif de 2%» de la Fed, «elle s’est considérablement atténuée», et ce «sans augmentation conséquente du chômage».

Le marché de l’emploi en effet, auquel on promet un net ralentissement depuis des mois, reste étonnamment solide. Le taux de chômage a certes grimpé en février à 3,9%, mais 275 000 emplois ont été créés, en hausse de nouveau par rapport à janvier.

Une baisse des taux de la Fed fera baisser les taux d’intérêt, une bonne nouvelle pour les ménages et les entreprises. Bien que l’institution soit indépendante du pouvoir politique, ses décisions peuvent jouer en faveur de l’un ou l’autre des candidats, alors qu’un nouveau duel se profile entre Joe Biden et Donald Trump.

Lorsqu’il était à la Maison-Blanche, le républicain avait rompu avec cette indépendance, s’attaquant régulièrement à la Fed et à ses responsables, allant jusqu’à les qualifier de «crétins».

Selon Kathy Bostjancic, les responsables de la Fed «préféreraient probablement» commencer à réduire les taux «avant d’être trop près de l’élection». Mais «s’ils estiment que les données suggèrent d’attendre septembre», ils attendront.  
 

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