Emmanuel Macron recadre à nouveau Bayrou et Retailleau sur l’Algérie : «L’accord de 1968, c’est le président de la République !»

05/03/2025 mis à jour: 11:42
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Le président français, Emmanuel Macron, intervient à nouveau dans la crise entre l’Algérie et la France. Face à l’insistance de son Premier ministre, Bruno Retailleau, à aggraver la tension entre Alger et Paris, il décide, visiblement, de lui rappeler, ainsi qu’au premier ministre, François Bayrou, leurs prérogatives. 

Dans une déclaration au quotidien Le Figaro, le chef de l’Etat français rappelle aux deux responsables du gouvernement  que la question de la révision de l’accord de 1968 est l’affaire du Président. «Chacun est dans ses compétences. L’accord de 1968, c’est le président de la République», déclare sèchement Emmanuel Macron. Une manière pour lui de retirer, notamment à Bruno Retailleau, sa principale arme électorale. «Et ce qu’on a acté avec le président Tebboune en 2022, c’est sa modernisation. Je suis totalement favorable, non pas à le dénoncer, mais à le renégocier», précise-t-il. 

Au sujet de l’expulsion des Algériens sous obligation de quitter le territoire français (OQTF), Emmanuel Macron déjuge aussi son ministre de l’Intérieur. Il considère que les chiffres des laissez-passer consulaires délivrés par les autorités algériennes «ne sont pas si mauvais ces derniers temps (3000 selon Beauvau, en 2024), surtout lorsqu’on les compare à ceux d’autres pays d’Afrique du Nord». «La sécurité des Français est au-dessus de tout. Je veux protéger les Français et je pense que le gouvernement a la même priorité. L’attentat de Mulhouse était un vrai cas de dysfonctionnement», dit-il. 

Et d’ajouter : «Il faut que tous les gens identifiés comme dangereux soient repris.» Le président français plaide, cependant, pour une autre approche, loin de la confrontation voulue par les acteurs de l’extrême droite. Il appelle «à engager un dialogue exigeant et respectueux», avec l’Algérie. «C’est ensemble que l’on peut faire des choses intelligentes pour les deux côtés», insiste-t-il. 

(Le ministre de l'Intérieur français très favorisé par les médias appartenant à l'homme d'affaires Bolloré )

 

La semaine dernière, rappelons-le, François Bayrou avait donné un «délai de quatre et six semaines» à l’Algérie pour se montrer plus coopérative dans la reprise de ses ressortissants clandestins, après l’attentat commis à Mulhouse par un Algérien sous OQTF. Il avait lancé également un ultimatum sur l’accord de 1968 définissant les conditions de circulation, de séjour et de travail des Algériens en France. «Si l’accord n’est pas respecté, il sera dénoncé», avait-il menacé. 

François Bayrou s’est aligné ainsi sur la même ligne offensive de son ministre de l’Intérieur, Bruno Retailleau, qui s’était dit prêt à entrer dans «un rapport de force» avec l’Algérie. «Le rapport de force, ce sont les visas ; le rapport de force, c’est l’accord de 1968 (...). Il faut poser ce rapport de force parce qu’on a été assez gentils. On a tendu la main à l’Algérie. Qu’a-t-on eu en retour ?» avait-il estimé le 22 février dernier, au journal du 20h de TF1. 

La réponse des autorités algériennes à ces menaces ne s’est pas faite attendre. Dans un communiqué rendu public jeudi dernier, le ministère des Affaires étrangères a affirmé que «l’Algérie rejette catégoriquement les ultimatums et les menaces». «De la même manière, elle appliquera une réciprocité stricte et immédiate à toutes les restrictions apportées aux mobilités entre l'Algérie et la France», lit-on dans ce communiqué. 

Et de souligner : «Toute remise en cause de l’Accord de 1968, qui a été au demeurant vidé de toute sa substance, sera suivie de la part de l’Algérie d'une même remise en cause des autres accords et protocoles de même nature, sans préjudice d’autres mesures que ses intérêts nationaux lui dicteraient d’adopter.» Le ministère des Affaires étrangères rappelle également que «l’Algérie s’est astreinte au calme, à la mesure et à la retenue». 
 

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