Deux courts métrages primés au 7e Festival national du cinéma et de la littérature de la femme de Saïda : La Rose du désert, première fiction algérienne à aborder les essais nucléaires français

28/05/2024 mis à jour: 23:16
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Désert rose, un court métrage projeté à la salle Douniazed de Saïda

 Idaam (Exécution) de Youssef Mahsas et Désert rose (La rose du désert) de Oussama Benhassine ont été projetés à la salle Douniazed, à Saïda, à la faveur de la compétition du 7e Festival national du cinéma et de la littérature de la femme, clôturé dans la soirée du 26 mai.

Ces deux courts métrages ont été produits par le Centre algérien de développement du cinéma (CADC). Les comédiennes Hilda Amira Douaouda et Tenou Khilouli étaient présentes lors de la projection de ces deux films et ont participé au débat après la projection. 

Rose du désert a décroché le Kholkhal d’or (le bracelet de cheville d’or) au festival, sur décision du jury présidé par le réalisateur, producteur et universitaire Belkacem Hadjadj, qui était assisté de Lynda Belkhiria et Haidar Benhassine. 

Ce court métrage, projeté en septembre 2023 à la Cinémathèque d’Alger en avant-première nationale, a été distingué au 13e Festival du cinéma africain de Louxor, en Egypte, en février 2024, par le prix du jury. «A Louxor, les Egyptiens n’avaient aucune idée sur les essais nucléaires français en Algérie», nous a confié Tenou Khilouli.

Tenou Khilouli a interprété le rôle de Mbarka, habitant la région de Reggane, dans le Sud-Ouest algérien. Abbas, le jeune fils de cette veuve de chahid, attend le retour du père et part l’attendre chaque jour avec sa chienne Zina en s’installant dans un 4X4 abandonné sur une dune de sable. Un jour, des militaires français passent et prennent la chienne. Abbas demande à son grand-père (le regretté Halim Zribi) de l’aider à récupérer l’animal. Le grand-père ne réagit pas, suscitant la colère de l’enfant.
 

«Gerboise bleue»

Abbas voit que les militaires français menés par un sergent (Iddir Benaibouche) transportent dans un camion des hommes et des animaux dont des singes vers une base derrière une montagne. Là, où l’opération «Gerboise bleue», nom de code donné à la première bombe atomique française testée dans le désert algérien, dans la matinée du 13 février 1960.

A l’époque, l’Algérie était encore sous occupation française. Le court métrage, filmé avec finesse par Oussama Benhassine, montre clairement l’exposition de cobayes humains aux radiations nucléaires. Jusqu’à avril 1961, trois autres grosses explosions atomiques dans l’atmosphère ont été effectuées à Reggane : «Gerboise blanche» (1er avril 1960), «Gerboise rouge» (27 décembre 1960) et «Gerboise verte» (25 avril 1961). La France, pour rappel, a effectué 17 essais nucléaires et chimiques entre 1960 et 1967 à Reggane (Adrar), In Ecker (Tamanrasset) et Hammaguir (Béchar).

Le film d’Oussama Benhassine, qui s’intéresse à l’avant-explosion nucléaire, évoque le nombre de 24 000 victimes des tests effectués par l’armée française sur ordre du général Charles de Gaulle. L’Algérie continue de réclamer à ce jour l’indemnisation des victimes de ces essais et le nettoyage des sites contaminés par les radiations atomiques y compris les sous-sols. En février 2020, le secret défense a été levé sur le dossier des essais nucléaires en France même si certains documents demeurent encore «incommunicables» (selon une décision prise par le président Nicolas Sarkozy en 2008). 

Le court métrage Désert rose, servi par des dialogues bien menés et des images restituant la beauté du Sahara algérien ne prend aucune position mais pose avec sérénité le débat. Qu’en est-il des populations civiles victimes d’essais nucléaires en série dans le Sud algérien  ?  Des cobayes ? Des effets dévastateurs sur l’environnement, l’eau, l’air et le sol ? Quel est le nombre de morts après ces essais ?

 

(Le film traite de la tragédie des essais nucléaire dans le Sud)

 


Une résistance ignorée

Youcef Mahsas, qui trace sereinement son chemin dans l’univers du cinéma, réalise un court métrage poignant sur les exécutions sommaires durant la période coloniale français. Dans I’daam  (Exécution), l’histoire se passe dans un village algérien. 

Une journée de célébration du Mawlid Ennabaoui avec bougies et chants, un officier français (César Duminil) décide de faire exécuter sept combattants algériens, après une opération de ratissage dans une montagne proche pour «punir» les villageois. Un acte arbitraire de vengeance. Louiza (Amira Hilda Douada), épouse d’un moudjahid, décide de passer à l’action pour sauver le reste des condamnés à la fusillade, avec l’aide de la famille et du chef du village (Rachid Habib).

Tourné au village Lejdid iwaquren, à Bouira, le film est un hommage à la résistance de la femme algérienne, souvent ignorée par le cinéma algérien et à l’héroïsme collectif. Le court métrage de Youcef Mahsas est la première fiction algérienne à aborder les exécutions extrajudiciaires durant la période coloniale française avant et pendant la guerre de Libération nationale (1954-1962).

Un dossier qui fait partie aussi des litiges entre l’Algérie et la France actuellement. Alger réclame la vérité sur les disparus, dont le nombre reste encore indéfini, durant la guerre de Libération nationale. Pour le rôle de Louiza, joué avec beaucoup de maîtrise, Amira Hilda Douada a décroché le Kholkhal d’or de la meilleure interprétation féminine au festival de Saïda.

 

Saida
De notre envoyé spécial   Fayçal Métaoui

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