Pour quelqu’un qui veut devenir célèbre, la prestation assurée lundi au TRO n’est peut-être pas la meilleure manière qui soit pour y arriver.
Ana baghi nchii (je veux devenir célèbre) est le dernier one-man show de Mohamed Mihoubi. Une véritable auberge espagnole sur scène avec un mélange des genres assumé et même revendiqué. L’idée est pourtant intéressante. Elle consiste, par le truchement de la gestuelle, de la tirade ou même de la mimique à faire réagir le public.
Le spectacle est foncièrement interactif même si, et c’est là où réside l’intelligence, dans la majorité des cas, l’artiste arrive à orienter le type de réaction pour aboutir à ce qu’il veut de sorte que la réplique, forcément déjà préparée, ne s’éloigne pas trop du sujet. C’est une véritable gymnastique même si cela ne réussit pas à tous les coups. Le personnage raconte une histoire, et dans ce cas précis, le récit est non pas à tiroirs mais à protubérances, dans la mesure où les différentes et innombrables sorties de route se font en boucle et finissent toujours par regagner le chemin tracé.
La demande en mariage, voilà un classique galvaudé de l’humour local mais sauvé par le choix de la forme et, en partie, par l’actualisation des exigences, conformes aux soucis posés au sein de la jeunesse d’aujourd’hui. En résumé, c’est l’histoire d’un jeune prétendant au mariage dont la concernée exige de lui qu’il soit célèbre. Rien n’y fait, et toutes les tentatives s’avèrent vaines au point de se voir poussé à flirter avec l’escroquerie.
Un glissement dangereux dans le côté sombre de la vie en virtuel. «Nous sommes aujourd’hui dans un monde envahi par les réseaux sociaux et où n’importe qui a la possibilité de se mettre en scène et de croire qu’il représente quelque chose d’important mais c’est éphémère», indique l’auteur pour expliquer la motivation principale qui l’a poussé à préparer ce projet. Une parenthèse : parti de presque rien, juste une idée, le tiktokeur italien d’origine sénégalaise est devenir célèbre sur la toile en se mettant en scène en train de détourner avec humour les petites vidéos déjà présentes sur le Net.
«Trop de rigueur
Son attitude face à la caméra, un peu à la manière de Buster Keaton, a très vite fait le tour, et son succès a été tel que non seulement il a fait des émules dans le monde entier mais il a même été adoubé par de grands acteurs comme l’américain Will Smith qui ont joué le jeu avec lui, le temps d’une petite séquence, un clin d’œil. Ce n’est pas le cas dans le sujet qui nous concerne et l’échec a été tel que le rêve a fini par s’évaporer au point de souhaiter la mort de l’être désiré.
Une mort symbolique à partir de laquelle le personnage se livre à des diatribes à la limite de la misogynie. Habitué des planches autant côté cour que côté jardin, l’interprète Mihoubi ne se fixe aucune limite passant indifféremment d’un style de jeu à l’autre, tout en se permettant, en dehors des improvisations, de sortir du contexte de la pièce et même parfois du personnage à l’instar du passage où il rend hommage à Abdelkader Alloula, considéré comme étant le premier à avoir introduit le «monodrame» en Algérie (Homk Salim, ndlr), à ne pas confondre, explique-t-il sur un air didactique, du monologue. Il donne l’air, peut-être faussement, d’un comédien blasé qui n’a rien à prouver d’où le sentiment du manque de sérieux et d’une légèreté qui s’oppose à la rigueur de tout travail scénique proposé au public.
Un écho à un passage de la pièce, une séquence déjà tentée ailleurs et réintroduite à l’occasion opposant l’image toujours lisse proposée derrière l’écran de télévision à la rugosité de la vie réelle. «Trop de rigueur finit toujours par lasser le public». L’idée se tient mais trop de légèreté peut tout aussi bien aboutir au même résultat. Ce sentiment de manque de sérieux est accentué par les désynchronisations constatées dans la mise en route des effets sonores (musique principalement) et visuels (les lumières) qui accompagnent le show.
Certains sont à coup sûr voulus pour inclure le personnel dans l’interactivité du spectacle, mais d’autres visiblement pas. Accueilli très jeune au sein du TTO (Théâtre des travailleurs d’Oran), Mohamed Mihoubi a fini par en devenir l’un des animateurs principaux avec le regretté Mohamed Belfadel avant de prendre la direction de l’association qui héberge cet héritage du théâtre amateur d’Oran.
Curieux et voulant toujours être à la page, il a été à l’origine de nombre d’initiatives à la périphérie du théâtre conventionnel. En tant que cadre associatif, il n’est soumis à aucune contrainte (c’est relatif quand on tient compte du risque de censure) dans l’activité théâtrale, d’où une certaine liberté de ton.
Une chose est sûre, la célébrité n’est pas son souci et il s’en moque un peu ironiquement dans le spectacle. «Tu as été dernièrement à Alger», dit-il à un des spectateurs qui se trouve être un des membres de l’association. «T’ont-il parlé de moi ?», interroge-t-il ? La réponse a été évidemment «Non !»