Cherchell : L’artisanat, la disparition d’un patrimoine

24/04/2023 mis à jour: 18:53
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Photo : D. R.

L’artisanat dans l’ex-capitale de l’Empire de Maurétanie de Juba II, Cherchell, a disparu dans l’indifférence totale.

L’unité de fabrication du tapis traditionnel créée en 1908 est fermée depuis plusieurs années, ses espaces sont à présent transformés en parkings payants. Les 500 maquettes (un trésor) des tapis des différentes régions du pays sont jetées dans l’un des coins du bâtiment. Les métiers à tisser, outils de production, sont rongés par la rouille.

Ses tapis, d’excellente qualité, réalisés par les mains des centaines d’ouvrières, avaient été exportés jusqu’au Japon et en Angleterre pour orner les salons des palais de l’empereur et de la reine. Nombreuses jeunes filles bénéficiaient d’une formation pratique dans cette unité de production de tapis dans le passé.

C’était une fierté pour le pays. Elle était l’une des étapes du circuit touristique et une halte incontournable pour les touristes, les diplomates et les délégations officielles des pays amis en visite en Algérie. Elle avait fait l’objet d’une multitude de visites d’inspection des ministres algériens du Tourisme et de l’Artisanat.

Aujourd’hui, ce joyau de l’artisanat national est en lambeaux. Par ailleurs, le centre de broderie locale, «erranda ou ch’bika», produisait de magnifiques produits, nappes, des napperons et des couvre-lits, avec des motifs incroyablement magnifiques, qui nécessitaient beaucoup de patience et des mains de fées dans leurs réalisations, a fermé ses portes depuis des années.

Personne ne s’inquiète. Ce centre de broderie a été livré à sa lente disparition. Des jeunes filles avaient été formées dans ce centre. Une autre destination des touristes partie en fumée malheureusement. Le centre d’estampillage des tapis pourtant maintes fois visité par les membres du gouvernement n’a pas échappé à la «mort».

Ces centres de production de tapis et de broderie constituaient une source de revenus modestes pour les dizaines de familles. Le local de vente des produits de l’artisanat local et de certaines wilayas du pays, géré par la CAM (Chambre de l’artisanat et des arts) de Tipasa, a baissé ses rideaux pour être détourné au profit d’un «inconnu».

La directrice du tourisme et de l’artisanat de la wilaya en inspection sur les lieux a constaté les méfaits, en découvrant le pot aux roses à sa grande surprise. Les responsables locaux sont restés muets. La responsable du secteur du tourisme de la wilaya avait rendu compte par écrit au chef de l’exécutif de la wilaya et à son ministère de tutelle.

La rupture avec les pratiques maffieuses prônées par le président de la République, Abdelmadjid Tebboune, à l’échelle communale, est ignorée, hélas grâce aux complicités des représentants locaux des institutions de la République.

La passivité et l’opacité dans la gestion des affaires publiques locales continuent à faire des gros dégâts, au moment où les hautes autorités de notre pays s’attellent à encourager la réhabilitation et l’exploitation des potentialités artisanales nationales, afin de créer les emplois et les richesses.

L’actuel ministre du Tourisme, Moukhtar Didouche, enfant du secteur du tourisme, connaît parfaitement la dimension et l’impact de l’artisanat dans la wilaya de Tipasa, notamment à Cherchell, Tipasa, Koléa, pour ne citer que ces trois localités. Le secteur de l’artisanat dans la wilaya est méprisé, devenu depuis des années l’otage des aventuriers.

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