Boualem Sansal poursuivi pour «intelligence avec des parties étrangères»

15/03/2025 mis à jour: 18:32
1161

Quatre mois se sont écoulés depuis l’arrestation de Boualem Sansal, et l’affaire prend une tournure toujours plus complexe. Jeudi dernier, l’écrivain a de nouveau été présenté devant un juge du tribunal de Dar El Beida, à Alger. Une audience qui révèle un nouveau développement judiciaire : une inculpation supplémentaire pour «intelligence avec des parties étrangères». 

Cette accusation vient s’ajouter aux poursuites initiales qui reposaient sur l’article 87 bis du Code pénal algérien, une disposition qui qualifie d’«acte terroriste ou subversif» toute action susceptible d’attenter à «la sécurité de l’Etat, l’unité nationale, l’intégrité territoriale ou la stabilité des institutions». 

Selon le journal Ennahar, la justice algérienne reproche à Boualem Sansal d’avoir fourni à l’ambassadeur de France en Algérie des «informations et renseignements sensibles à caractère sécuritaire et économique». Cela s’ajoute aux  propos de l’écrivain qui a publiquement mis en doute l’intégrité territoriale de l’Algérie en affirmant qu’une partie de l’ouest du pays «appartient au Maroc». 

Dans un contexte de tensions diplomatiques entre Alger et Rabat, ce type d’affirmation constitue une ligne rouge. Boualem Sansal, ancien haut fonctionnaire du ministère algérien de l’Industrie, récemment naturalisé français, avait été interpellé à son retour d’un voyage en France le 16 novembre dernier, à l’aéroport d’Alger. Depuis, il est placé sous mandat de dépôt. Le président Abdelmadjid Tebboune a lui-même réagi à cette affaire lors d’une interview accordée en février au journal français L’Opinion. 

«C’est une affaire scabreuse visant à mobiliser contre l’Algérie. Boualem Sansal est allé dîner chez Xavier Driencourt, l’ancien ambassadeur de France à Alger, juste avant son départ à Alger. Ce dernier est lui-même proche de Bruno Retailleau qu’il devait revoir à son retour», avait-il déclaré.

Du côté français, l’avocat français Me François Zimeray, (que l’écrivain a révoqué, à en croire le bâtonnier d’Alger) a annoncé son intention de porter l’affaire devant les Nations unies. «Nous avons décidé de saisir l’ONU sur la situation de Boualem Sansal», a-t-il affirmé, tout en regrettant de ne pas avoir eu accès aux accusations précises formulées contre son client, rendant ainsi toute défense difficile. Antoine Gallimard, éditeur de Sansal, a lui aussi dénoncé une «entrave aux droits de la défense» et appelé à un arbitrage international. «Lorsqu’un procès équitable devient impossible, nous n’avons d’autre choix que de faire appel aux instances internationales», a-t-il déclaré. Et depuis plusieurs semaines, la santé de Boualem Sansal fait l’objet de spéculations contradictoires. 

Selon certains médias français, il aurait entamé une grève de la faim. Une information démentie par le bâtonnier algérien Baghdadi Mohamed dans un entretien à El Watan, qui a précisé que si l’écrivain avait évoqué cette possibilité, il ne l’avait finalement pas mise à exécution en raison de son état de santé fragile. Hospitalisé au pavillon du CHU Mustapha Bacha d’Alger réservé aux détenus, Boualem Sansal bénéficierait d’un suivi médical constant. 

Le bâtonnier  a aussi expliqué que Sansal avait décidé de révoquer ses avocats algériens et français pour assurer seul sa défense. 
 

Copyright 2025 . All Rights Reserved.