Biennale algéro-française de design à l’Institut français de Constantine : Un champ fertile pour l’innovation et la créativité

11/06/2024 mis à jour: 06:27
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Photo souvenir avec l’ambassadeur de France en Algérie (Photo : el watan)

 L’événement, qui a connu un vif succès, a été une belle occasion d’exposer les œuvres de talentueux artistes et les projets d’étudiants bien inspirés.  

 

Beaucoup de choses ont été dites sur l’étape constantinoise, la dernière d’un long périple à travers cinq villes d’Algérie, de la deuxième édition de la Biennale algéro-française de design, intitulée «Dzign 2024, pour un monde réel», organisée du 25 mai au 8 juin à l’Institut français de Constantine (IFC) et à son annexe d’Ali Mendjeli. L’événement a réuni tous les ingrédients de la réussite sur les plans culturel et pédagogique. 

Une ambiance des grands jours a régné lors de l’inauguration des expositions, avec ce bonheur qui se lisait sur les visages des participants, en présence d’un public nombreux, intéressé et avide de découvertes. Accompagné par le Consul général de France à Annaba et Constantine, François Pugeaut, l’ambassadeur de France en Algérie, Son Excellence Stéphane Romatet, venu spécialement pour inaugurer les expositions, a été le plus heureux de tous. Hôte de marque de cette 2e édition de la Biennale algéro-française de design, il a affiché un intérêt particulier pour les œuvres présentées, tout en exprimant sa fierté d’inaugurer la belle annexe de l’IFC, considérée comme une réalisation de qualité pour renforcer les échanges culturels entre l’Algérie et la France. 

Commissaire dynamique de cet évènement, représentant l’aboutissement de plusieurs mois de travail, Madame Feriel Gasmi Issiakhem était aux anges. Abordée par El Watan, elle est revenue sur la genèse de la Biennale. «L’idée est venue de l’Institut français d’Algérie (IFA) en 2019 qui désirait s’impliquer davantage dans cette discipline, après avoir remarqué qu’il y avait une véritable communauté de designers algériens principalement basée à Alger. 

Nous avions longtemps discuté de la possibilité d’organiser une simple exposition puis, de fil en aiguille, les prétentions se sont agrandies jusqu’à se transformer en biennale qui durerait un mois en me proposant d’en être la commissaire par rapport aux différentes actions que je mène depuis plus d’une dizaine d’années dans ce domaine pour la représentation du design algérien en tant que véritable vecteur socio-économique», a-t-elle révélé. Elle a rappelé qu’en 2019, malgré la Covid, la 1re édition tenue à Alger avait enregistré un véritable engouement. «C’est donc naturellement que l’IFA a décidé de reconduire la seconde en 2024 en voyant plus grand, mais surtout en voulant aller vers les villes dans lesquelles leurs antennes sont implantées : Alger, Oran, Tlemcen, Annaba et Constantine», a-t-elle ajouté. 


Une édition particulière

Mme Gasmi Issiakhem affirme que cette édition est particulière, grâce au soutien de trois ministères (les Affaires étrangères, la Culture et l’Enseignement supérieur), l’ayant grandement facilité et enrichi, par la mise à disposition d’espaces d’expositions et la tenue des masters class et de conférences dans des écoles d’art, d’architecture et les universités. «Avec l’équipe du master design et environnement urbain de l’université Salah Boubnider - 
Constantine 3, il était important de les associer à ce projet en tant que commissaire, d’une part, mais surtout en tant que designer militant pour voir cette pratique enseignée au niveau des facultés d’architecture dans l’ensemble du pays. Constantine 3 en est un bel exemple pilote avec une équipe totalement investie dans ce projet d’avenir.

 Il était clairement inconcevable de ne pas les associer à ce projet, car depuis un moment, je suis de très près leurs différentes actions dans ce domaine,  et aujourd’hui, le public a pu se rendre compte du travail conséquent qui a été réalisé par eux depuis 4 ans. Pour la Biennale, nous les avions directement contactés pour les inviter à être les ambassadeurs de cette discipline à Constantine», a-t-elle confié. La commissaire de la Biennale a souligné que la particularité de Constantine a été l’inauguration de deux expositions dans deux lieux distincts, l’une à l’IFC et l’autre à son annexe. «L’exposition - Les concepteurs de Cirta - a été conçue pour occuper deux espaces distincts, l’un représente le cœur du propos de cette exposition, à savoir la relation entre les métiers et le savoir-faire des dinandiers du célèbre quartier de Bardo à Constantine avec des designers de la première heure principalement algérois et qui ont bien voulu nous prêter leurs œuvres. 

Ces pièces avaient été réalisées à Constantine lors de la manifestation de la culture arabe en 2015, et il nous a semblé pertinent de revenir sur le processus de création de ces binômes designer/dinandier avec YAMO, Djamel Matari, Mohamed Ourrad, Hamida Benmanssour, Lilia Zenine et Reda Selmi». 

Dans la seconde pièce, on retrouve les projets des candidats lauréats de DZIGN 2024, fortement liés à la question patrimoniale avec des concepteurs qui exposent pour la première fois. On y trouve le tapis Guergour de Sofia et Salima Nehaoua, l’assise évolutive en Pet de Cherif Bouhlal, la proposition d’un parcours éco responsable du site des gorges du Ghoufi de Zoubeir Menzri, l’assise multifonctionnelle de Assila Saoudi avec la technique ancestrale de bouchelik et du projet de reconversion des anciennes fermes d’El Khroub en véritable pôle socio-économique de Sabrina Nouioua. Pour Mme Gasmi Issiakhem, l’exposition des projets des étudiants du master design et environnement de l’UC3 a été d’une grande diversité, démontrant leur forte implication sur la question design et environnement. 


Une immense satisfaction

L’originalité de cette exposition est qu’elle est comme une sorte de résultat d’un laboratoire de recherches et de développement avec des graphiques aboutis et des maquettes de prototype qui illustrent parfaitement le degré de maturité de chaque projet. «Pour ma part, j’ai été ravie de découvrir cela, car le montage de cette exposition a été totalement confié à Asma Benbouhedja, Nawel Achour Bouakkaz et Oulfa Kouri qui font partie des coordinateurs du projet master design de l’UC3. Elles ont eu carte blanche pour cette exposition et le résultat a été extraordinaire. Nous y trouvons autant d’idées abordées en lien étroit avec le thème de cette édition ‘‘Design pour un monde réel’’ de Victor Papanek», a-t-elle reconnu.

Evaluant cette expérience constantinoise, Mme Gasmi Issiakhem n’a pas caché sa satisfaction. «Honnêtement, je reviens de Constantine avec beaucoup d’enthousiasme, car convaincue que cette ville a de forts potentiels pour devenir un véritable pôle pour le design grâce à l’équipe du master design qui porte à bout de bras cet ambitieux projet. De mon côté, je les soutiens, car cela va dans le sens des priorités à donner à cette discipline ; comme je ne manquerai pas de remercier l’équipe totalement investie et professionnelle de l’Institut français de Constantine avec son directeur délégué Antoine Torrens, son collaborateur Youssama Chabane et tous ceux qui ont réalisé un travail colossal pour assurer le bon déroulement de cette Biennale», a-t-elle conclu. 

Approchés par El Watan, les membres de la sympathique équipe du master professionnel design et environnement urbain de l’UC3, ont vivement loué les bienfaits de cette biennale. «Cet évènement a permis à nos étudiants de s’exprimer devant une audience élargie et faire une auto-évaluation pour pouvoir se perfectionner et construire une confiance en soi. Elle leur a aussi permis d’avoir une visibilité en dehors de l’université et surtout au sein d’un milieu de professionnels et d’un public intéressé.

 Cela nous a permis de voir d’un angle différent les réalisations de nos étudiants qui étaient motivés pour s’affirmer et montrer leur créativité et leur capacité de mener à bout un projet de design. Leur motivation émanait d’un défi de se confirmer à haut niveau. Cet évènement a été vécu comme un challenge et nous a procuré une grande fierté quant aux performances de nos étudiants», a noté Hocine Boumaza, responsable du master design à l’UC3. «Nous souhaitons vivement que ce très jeune master, qui ne cesse de surprendre  par ses réalisations et son implication dans la vie socio-économique, soit encouragé à perdurer et à se perfectionner», a-t-il ajouté. 
 

Un sentiment de fierté

Coordinatrice du master professionnel design et environnement urbain, Nawel Achour-Bouakkaz a exprimé sa fierté face au succès des projets conçus par les  étudiants. «Notre participation a renforcé notre engagement envers l’innovation et la créativité dans le domaine du design. Nous sommes fiers de constater que nos étudiants ont su relever le défi. C’était gratifiant de constater comment les concepts enseignés en atelier et dans les cours se matérialisent dans des projets concrets. Je souhaite que ce master puisse s’inscrire dans la durée par son ouverture sur d’autres disciplines et le renforcement de son caractère professionnel à travers le développement de partenariats avec le secteur socio-économique, l’organisation d’ateliers et de séminaires et l’évaluation et la révision du programme pédagogique pour apporter les améliorations continues», a-t-elle déclaré. Pour sa part, Asma Benbouhedja, enseignante-chercheure et membre de l’équipe pédagogique, estime avoir vécu une expérience tout aussi enrichissante que réussie. «C’est un moment intense de travail, de rencontre et de partage dans lequel nous avons beaucoup appris. Nous avons apprécié les échanges, les conférences, la tenue du workshop et pour finir l’exposition. 

Ce sont des expériences inédites et prometteuses  qui nous ont confrontés ainsi que nos apprenants au monde professionnel, à des approches pédagogiques surprenantes et à un échange humain fort de sens. Le caractère binational de la biennale a permis de croiser deux visions et deux manières de faire, ce qui n’a pas manqué de nous inspirer. Nous souhaitons que ce type d’événement se reproduise, que toutes les universités s’ouvrent à ce type de coopération, qu’elles deviennent plus poreuses au monde socio-économique et aux écosystèmes qu’elles vont alimenter», a-t-elle confié. Pour Oulfa Nouha Kouri, la plus jeune enseignante-chercheure et membre de cette équipe : «Cet évènement a été une opportunité pour externaliser nos travaux pédagogiques et notre approche d’enseignement du design et la confronter à l’avis des professionnels du métier et du grand public. 

Cela a permis de rassembler des participants de différents profils et sensibiliser les plus réfractaires à la diversité des approches créatives». Et de conclure : «Nous souhaitons que cette Biennale permette aux villes participantes de dialoguer et collaborer pour qu’il y ait plus d’intérêt pour le design en Algérie et que ces manifestations se multiplient pour encourager la formation et la professionnalisation des formateurs et des apprenants, d’ouvrir le design à d’autres domaines et de valoriser notre artisanat et savoir-faire». 
 

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