Alger-Paris,le poids des ambiguïtés

13/03/2024 mis à jour: 01:37
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Ce sera donc en automne prochain que le président Tebboune effectuera sa visite en France, maintes fois reportée. Il reste six mois pour effectuer les derniers réglages d’un déplacement que l'Algérie voudrait fructueux et pourquoi pas exceptionnel. 

Alger attend de Paris une nouvelle vison des rapports entre les deux pays, notamment en économie et sur les questions de mémoire, domaines en panne ou du moins pas suffisamment développés.

 Alors que l’Algérie a assoupli sa législation, les entreprises françaises ne se bousculent pas au portillon, y compris dans le secteur énergétique, à la différence d’autres capitales occidentales, Rome particulièrement. Alger ne saisit pas le pourquoi de la frilosité des sociétés françaises à l’égard du marché algérien dans son ensemble, qu’elles connaissent pourtant très bien et qu’elles savent très porteur. 

Idem pour les questions liées à l’histoire entre les deux pays, qui n’ont reçu jusque-là que des réponses partielles et timorées. N’est-il pas temps, 70 ans après le déclenchement de la Guerre de Libération nationale, que la France reconnaisse solennellement et définitivement le fait colonial et le traite en conséquence sous toutes ses facettes ?

 Il n’y a en principe pas d’obstacles majeurs à cela, mais ce qui fait encore défaut c’est une franche et courageuse volonté politique, dans les faits et les propos. Lors de sa dernière visite en Algérie, le président Macron avait fait un pas important en déclarant que la colonisation française est «un crime contre l’humanité, une barbarie», rendant hommage aux victimes de la répression par la police française de la marche pacifique des Algériens à Paris en Octobre 1961. 

Il a aussi reconnu l’assassinat de l’avocat et militant Ali Boumendjel par les autorités françaises de l’époque ainsi que de Maurice Audin. Il ne l’a pas fait pour Larbi Ben M'hidi en dépit des révélations de ses assassins, dont Aussaresses, et de tant d’autres martyrs de la guerre d’Algérie. 

Et quelque temps après, il avait estimé qu’il «n’a pas à demander pardon», tout en émettant des doutes sur l’existence d’une nation algérienne construite, à ses yeux, sur «une rente mémorielle», ce qui avait suscité, à ce moment-là une nouvelle crise diplomatique entre Alger et Paris. C’est ce type d'ambiguïtés et de contradictions qui décrédibilisent la position officielle française et déclenchent par conséquent des décrispations à Alger. 

Elles alimentent les discours de la droite et de l’extrême droite françaises et les confortent dans leur hostilité historique à l’égard de l’Algérie. Par conséquent, elles entravent la coopération entre les deux pays. Le président Macron aura l’opportunité, l'automne prochain, avec Abdelmadjid Tebboune de s’élever à hauteur de ses prédécesseurs qui ont réglé les différends historiques avec l’Allemagne, mais le fera-t-il ? L’autre question qui préoccupe l’Algérie est le positionnement de Paris sur la question palestinienne et Tebboune l’a évoquée lors de son entretien téléphonique d’avant-hier avec Macron. 

Depuis le début de l’invasion de Ghaza par l'armée israélienne, Alger est particulièrement attentif sur les attitudes qu'observe Paris, appréciant les quelques propos de vérité sur la nature coloniale et brutale d’Israël exprimés, çà et là, par les autorités françaises, mais regrettant les attitudes dites de «soutien inconditionnel» à Tel-Aviv, lesquelles occultent la nature coloniale de l’occupation de la Palestine et nient le génocide perpétré à Ghaza. Pourtant d’autres pays européens, tels que l’Espagne, ont refusé de se rendre complices du plus grand génocide commis depuis la Seconde Guerre mondiale. 

Paris, qui se déclare entièrement solidaire avec les Ukrainiens, ne peut rester ambiguë, et donc complice de Netanyahu, sur le drame du peuple palestinien. Membre permanent du Conseil de sécurité, Paris n’a pas pesé de tout son poids pour contrecarrer Washington et rétablir la justice et le droit international. 

La France le fera-t-elle dans les prochaines semaines ou les mois à venir ? Ce qu’elle décidera d’ici à octobre prochain pèsera inévitablement sur la programmation et le contenu de la visite du président Tebboune à Paris. Et ce qui est valable pour la Palestine le sera aussi pour le Sahara occidental, question fondamentalement de nature coloniale qui ne peut ni être occultée ni sacrifiée sur l’autel des enjeux géopolitiques et économiques en Afrique du Nord.
 

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