Sekhi Smaïl. Président de l'APC de Larbaâ Nath Irathen : «Notre assemblée est réaliste et déterminée»

14/12/2023 mis à jour: 07:01
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Photo : D. R.

De notre correspondance particulière

Belkacem Akli

  • Selon les échos qui nous parviennent, l’assemblée que vous présidez est bien vue par les citoyens des Ath Yiraten ; ce qui est en soi très rassurant. Qu’avez-vous de si particulier et de si original pour susciter un tel optimisme ?

Ces appréciations nous vont droit au cœur. Ça ne peut que nous encourager à aller toujours de l’avant. Je dois dire que notre équipe n’a rien de si original. Notre particularité, si on peut dire, est que nous sommes déjà une équipe unie, soudée et très consciente de ses responsabilités, quelles qu'en soient les difficultés.

De plus, nous rencontrons quotidiennement nos citoyens en écoutant leurs soucis, leurs problèmes, leurs attentes, parfois aussi en prenant en compte leurs idées et propositions. Nous n’avons jamais fermé la porte à un citoyen, nous sommes à son écoute à chaque fois que c’est nécessaire. Ensuite, nous essayons à temps réel d’intervenir pour lui régler les problèmes. En outre, nous sommes une assemblée qui n’a jamais connu le langage de la démagogie, le baratin, le mensonge ou autres promesses irréalisables. Nous sommes connus pour notre langage de franchise et de vérité.

J’ajoute aussi que nous sommes adeptes de la rigueur, la disponibilité et l’engagement. Il est clair que la fonction de l’élu est d’abord de défendre les intérêts de sa commune, mais il doit aussi être une force de propositions ou de solutions pour le pouvoir administratif local et central, pour la simple raison que c’est nous, élus et employés, qui sommes dans la commune, et c’est nous qui avons les informations sur celle- ci.

D’ailleurs, dès notre installation, nous avons «mobilisé» en permanence un élu, selon sa formation ou son expérience, dans chaque service sensible, comme l’hygiène, le technique, le social, les finances, l’état civil etc., et on se réunit régulièrement pour débattre de la situation. Il nous arrive souvent de sortir tardivement la nuit, et le matin, on est en poste à la première heure.

  • Pouvez-vous, Monsieur le maire, donner à nos lecteurs un aperçu plus ou moins succinct de votre commune ?

Notre commune est par excellence une région historique qui a de tout temps honoré ses engagements, et ce, à chaque rendez-vous avec l’histoire de l’Algérie, pour laquelle, d’ailleurs, les meilleurs enfants des Ath Yiraten ont donné leurs vies. Le nationalisme et l’amour de l’Algérie à Larbaâ  Nath Iraten coulent dans nos veines, notre sang et rien, ni personne ne pourra les altérer.

Pour cela, il suffit d’une simple recherche dans les livres et manuels d’histoire pour le confirmer et découvrir la valeur des Abane, Fernane Hanafi, Amari Messaouda. Grâce à un article d’El Watan, signé par H. Tahri du mercredi 29, nous venons d’apprendre que Leila Noureddine, fille de Chikh Noureddine, du même village (Aguemoune à Larbaa Nath Iraten) que le poète Si Mouhand Umhend, étudiante en journalisme, a combattu en terre palestinienne, contre les injustices et terreurs sionistes. Elle est tombée en martyr, à Beyrouth, en 1976 !

Cela accentue notre fierté d’appartenir à Larbaâ Nath Irathen dans cette terre algérienne qui a enfanté des révolutionnaires de cette trempe. Notre commune a également une vocation culturelle dans toute sa diversité dans laquelle les enfants de la région ont contribué, à leur manière, à nourrir l’âme algérienne et à porter haut et fort les valeurs nationales, universelles et humaines. Nous sommes une commune de 30 000 habitants répartis sur 22 villages et 18 cités sur une superficie de 39,37 km2.

Le chef-lieu est situé à 927 mètres d’altitude et sa situation stratégique fait qu’elle domine presque tous les autres villages. Ce chef-lieu est limité par Irdjen et Tizi Rached au Nord, Béni Yenni au Sud, Aït Oumalou à l’Est et Aït Mahmoud à l’Ouest. Larbaâ Nath Iraten s’impose d’emblée, à tout visiteur, grâce à son architecture foncièrement guerrière et résistante au temps qui se dresse comme pour interroger une histoire riche qui a encore beaucoup de leçons à nous enseigner et des secrets à nous livrer, nous, les nouvelles générations.

Je rappelle aussi que nous sommes l’une des rares communes où le chef-lieu de la commune est en même temps le chef-lieu de la daïra, et que nous avons des centaines de citoyens des autres communes et daïras qui y viennent chaque jour. Les besoins en infrastructures sont de ce fait plus importants. Nous comptons sur les autorités pour nous acorder des faveurs budgétaires conséquemment à ce double statut.

  • Les agents de la voie publique sillonnent quotidiennement la ville et ses environs en quête d’éventuelles pannes, anomalies ou interventions. Le résultat s’impose de lui-même par l’actuel état des lieux positif de Larbaâ  Nath Irathen. Que pouvez-vous bien dire à ce sujet ?

Votre point de vue est bien partagé par beaucoup de nos concitoyens, et tout est à l’honneur des agents et notre honneur à tous. En effet, nous avons bitumé toute la ville, y compris les ruelles accessibles. Nous avons également tracé les rues, les trottoirs, les stationnements de fourgons et des taxis, les passages cloutés en ville et devant toutes les écoles, les feux de signalisation. Notre équipe veille aussi à ce que l’éclairage public soit totalement fonctionnel et les ordures quotidiennement ramassées.

Nous avons réussi à aménager un parking gratuit au centre-ville, pour réduire quelque peu le calvaire du stationnement. Depuis notre installation, nous faisons de façon périodique des volontariats nocturnes de grands nettoyages. Lors des intempéries ou en cas urgence, nos équipes sont mobilisées H24 en mettant à leur disposition tous les moyens dont nous disposons. Nous contribuons aussi, élus, employés et citoyens, par nos apports personnels pour rendre meilleures les conditions de travail aux agents et volontaires «réquisitionnés».

  • Concernant les écoles, apparemment vous êtes mieux nantis que la plupart des écoles à travers l’Algérie. En quelques mots, pouvez-vous nous donner des précisions sur l’état des lieux des établissements scolaires de la commune ?

Nous avons 17 écoles primaires à travers notre commune. Nous assurons le transport là où il est nécessaire. Pour la restauration, nous sommes parmi ceux qui assurent, durant toute l’année scolaire, des repas chauds à nos élèves, y compris pour les écoles dépourvues de cantine grâce au transport qu’on a mis à leur disposition pour les emmener déjeuner dans les cantines les plus proches et les ramener juste après jusqu'à leurs écoles.

A ceci j’ajoutent l’eau, le gaz, le chauffage et les fournitures de consommables qui, il est vrai, peuvent parfois s’avérer insuffisantes. Nous avons également engagé, en partie, des travaux de réfection dans certaines écoles, mais un complément budgétaire serait salutaire pour nous permettre de réaliser la totalité des réfections dans toutes nos écoles.

Pour l’enseignement moyen, nous vivons un problème crucial qui consiste en la surcharge des classes. Et j'en profite pour lancer un appel aux autorités compétentes en vue de doter, en urgence, notre commune d'un autre CEM. Nous espérons également avoir la possibilité de renforcer le personnel par des effectifs supplémentaires pour pallier un tant soit peu le manque flagrant dans nos établissements scolaires. On a des cas où un (ou une) employé(e) assure quotidiennement plusieurs tâches à la fois.

  • En matière d’hygiène et de prévention, en quoi consiste le travail des chargés du service, et êtes-vous arrivés à couvrir toute la commune ?

Le travail du service d’hygiène consiste en le contrôle régulier de l’hygiène des commerces de produits alimentaires, particulièrement, du contrôle des écoles, des crèches ainsi que les autres collectivités dans notre commune. Des inspections régulières organisées par la commission composée de nos agents, ceux de la daïra, de la police, du service de l’hydraulique, de l’agriculture et du commerce. Permettez-moi de dire que le service procède à l'analyse des eaux, à travers tout le territoire de la commune.

Nos agents s'occupent également du suivi et des analyses d’un nombre assez important de points d’eau. On compte dans notre commune pas moins de 92 puits individuels, 16 puits collectifs, 41 sources aménagées, 12 sources non aménagées, 32 châteaux d’eau et 49 puits à usage agricole.

Je saisis cette occasion pour demander à tous les citoyens, les commerçants, les transporteurs de boissons et de produits alimentaires, les marchands ambulants à veiller srupuleusement au respect des règles d’hygiène. Une simple négligence pourrait être fatale. La santé de nos citoyens nous concerne tous, pour cela, nous ferons tout ce qui est en notre pouvoir pour l’assurer mais l’implication des citoyens est vivement souhaitée.

  • Pour l’urbanisme et les travaux, nous déduisons après nos visites de certains endroits que ce service est bien engagé dans une dynamique appréciable. Qu’en dites-vous ?

Cette dynamique est générée par la relance de certains projets et d’autres que notre assemblée a réussi à décrocher à travers les différentes formules. A titre indicatif, concernant les activités de ce service, voici quelques chiffres des réalisations depuis notre installation, en décembre 2021. Nous avons relancé et clôturé 29 projets PCD auxquels s’ajoutent 16 clôturés et 4 en cours de réalisation.

Pour le budget communal, nous avons clôturé 40 projets, dont il reste 5 en cours de réalisation. Pour le budget de wilaya, nous avons clôturé 5 projets. Nous avons aussi fini un projet alors qu'un autre est en cours de réalisation dans le cadre du FCLL. Mais je dois dire que notre assemblée juge ces résultats insuffisants, comparativement aux besoins de notre commune. D’ailleurs, nous avons toujours espoir que les autorités valideront tous les projets que nous avons inscrits en leur accordant des budgets conséquents. Nous avons foi en leur compréhension.

  • Où en est la situation concernant le logement

Le logement est le point noir de notre commune. 100 logements sociaux, attendus depuis des années, viennent enfin d’être attribués, après la clôture du travail des commissions d’enquête de la daïra, et 30 autres sont en cours de réalisation. Je rappelle que nous avons enregistré 1300 demandes alors que d’autres nouvelles demandes sont en train d’être déposées.

Pour régler en partie ce sempiternel problème, nous avons choisi puis proposé certaines assiettes pour construire de nouveaux logements. Eh bien toutes les assiettes dégagées ont été refusées, du fait que ce sont des terrains accidentés, alors que c’est la nature même du sol à Larbaâ Nath Irathen. Mais nous ne désespérons pas pour autant, nous ferons tout ce qui est en notre pouvoir pour trouver des solutions à ce problème.

Je dois dire, au passage, que nous sommes prêts à contribuer, éventuellement, par nos moyens et nos compétences, dans la mesure de notre possible bien sûr, dans tout ce qui pourrait lever les réserves afin d’avoir des suites favorables à nos propositions. En ce moment même, nous avons proposé de nouvelles assiettes, il y a une dizaine de jours, et nous souhaitons vivement des conclusions favorables. Concernant l’habitat rural, mis à part les dossiers litigieux ou incomplets, toutes les décisions ont été remises aux bénéficiaires.

  • Pour les 100 locaux des chômeurs à Larbaâ Nath Irathen, pourtant bien situés, ils donnent l’impression de désolation intense. Quel sera leur devenir ?

C’est une bonne question. Figurez-vous que mes collègues et moi avons partagé le même sentiment. Cependant, je profite de l’occasion pour dire officiellement à nos chers concitoyens que notre assemblée a récemment engagé des procédures administratives pour que ces locaux fassent partie du patrimoine de notre commune. Après la finalisation de cette phase administrative, nous promettons leur exploitation dans les meilleurs délais.

  • Tahar Oussedik, (l’écrivain oublié ?) avait passé la nuit à l’hôtel Aït Yiraten qui n’existe plus, Lounès Matoub avait animé un gala à la salle de cinéma l’Afrique qui n’existe plus aussi, le 30 mai 2015, invités par l’animateur culturel Amirouche Malek, d’éminents universitaires ont débattu de l’œuvre de Mouloud Mammeri au centre culturel Ahcène Mezani dont les locaux sont, hélas, occupés par des organismes qui n’ont rien de culturel... Peut-on espérer qu’un jour ce valeureux patrimoine reviendrait à sa vocation d’origine ?

En tant qu’élus, il est une obligation de mettre l’intérêt des citoyens en premier lieu. Je ne sais pas à quels objectifs ont obéi ces «locations». Les auteurs de celles-ci n’ont pas à enlever au citoyen ses rares acquis, ils étaient même dans la position qui les obligeait à les préserver, surtout qu’ils sont situés à l’intérieur de la ville.

C’est pourquoi, ces édifices prennent toute une symbolique dans ses multiples facettes, dans son âme, de notre localité et de notre population. Ce qui n’est malheureusement plus le cas, ceci d’une part. D’autre part, en contrepartie, qu’est-ce que notre commune a gagné ? Est-ce que ceux-ci ont fait preuve d’utilité importante et de bénéfices considérables à notre commune, donc à nos citoyens ?

Les questions restent posées et pour tous les autres édifices. Pour cela, notre assemblée s’engage et promet aux citoyens de faire tout ce qui est en son pouvoir, dans la plus stricte légalité, pour récupérer ce patrimoine et le rendre à sa vocation initiale, au service du citoyen, surtout à la jeunesse qui en a tant besoin. Enfin, il nous reste la salle de la bibliothèque que nous mettons, selon les disponibilités, à la disposition des associations et de toutes les structures culturelles, sociales ou autres, à la seule condition qu’elles activent dans la légalité.

  • Nous avons remarqué que vous avez aussi réinstallé l’unité de la Protection civile au centre-ville de Larbaâ Nath Irathen.

L’unité existante était, depuis des années, déplacée sur les hauteurs d’Aboudid qui est à environs 6 km du chef-lieu de la commune et de l’hôpital. A ceci s’ajoutait la route qui se trouvait dans un état catastrophique (nous venons juste de finir le bitumage) et causait beaucoup de perte de temps pour les secours, surtout en temps de neige.

Conscients que la vie d’un être humain se joue sur quelques minutes, parfois quelques secondes, nous avons fait de la réinstallation en ville de ladite unité notre priorité. Nous remercions toutes les personnes qui y ont contribué, afin que cette réinstallation se concrétise et que des vies soient certainement sauvées. B. A.


 

                                                             

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