Sécurité alimentaire en Afrique : Orienter les politiques agricoles vers les petits exploitants

22/05/2024 mis à jour: 03:12
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La situation est critique en Afrique où la problèmatique de la gestion des terres et des ressources hydriques se pose avec acuité - Photo : D. R.

La faiblesse des rendements céréaliers avec 1,65 tonne par hectare, le taux élevé des enfants souffrant de malnutrition (30%) et la dépendance de l’Afrique en importations d’engrais à hauteur de 60% sont autant d’éléments qui illustrent l’urgence  des dossiers à prendre en charge par pays et à l’échelle continentale. Des dossiers qui portent sur la gestion des terres, la disponibilité des ressources en eau et des moyens donc des attentes des petits agriculteurs. C’est sur ces points que repose la question alimentaire en Afrique.

Dans un continent comme l’Afrique où les conflits, les bouleversements climatiques et l’endettement extérieur pèsent lourd sur la sécurité alimentaire, la nécessité de revoir les politiques publiques dédiées à l’agriculture  «sur une base plus ouverte et inclusive de manière à sécuriser les petits agriculteurs» s’impose. Autrement dit, «en finir avec la matrice qui a déstructuré la petite paysannerie» au  profit des grands projets  d’investissement agricole.

C’est le message clé des participants à la première édition du débat alimentaire africain tenue en marge du 24e Salon international de l’agriculture, de l’élevage et de l’agro-industrie Sipsa Filaha. Les animateurs du  premier panel dédié à la sécurité alimentaire étaient,  en effet, unanimes : «Il y a lieu de refonder les stratégies agricoles nationales en les orientations vers les petits paysans.»

C’est le cas pour l’Algérie, de l’avis de l’économiste Omar Bessaoud,  qui dira : «Il ne faut pas penser que notre réserve de production, c’est le Sud uniquement. Aujourd’hui, la politique agricole est orientée à 90% vers cette région, certes, mais il  faut bien comprendre que nos ressources en eau au Sud ne sont pas renouvelables, même si  les deux gisements d’eau, la nappe du continental intercalaire et la nappe du complexe terminal, regorgent d’eau avec  35000 milliards de mètres cubes.

L’exploitation de ces ressources est coûteuse». «Cette agriculture est possible à condition d’apporter une aide dans les forages et pour l’accès au foncier notamment», poursuivra t-il. C’est ce que l’Etat fait actuellement. Mais en parallèle, selon M. Bessaoud, les petits agriculteurs ont besoin d’appui. «Nous avons aussi une paysannerie à sauvegarder, une agriculture de montagne et des Hauts-Plateaux à développer. Il y a beaucoup à faire et  à mettre en valeur de ce côté-là. Ce sont 1,5 million de petits exploitant à soutenir», poursuivra t-il.

Les mêmes besoins sont exprimés dans d’autres  pays africains pour relever les défis posés par la question alimentaire. Soulignant que l’insécurité  dans ce cadre est la source première de l’instabilité sociale et politique, déclaration  adoptée, hier, au terme du débat  appelant à privilégier le financement mutuel rural afin de rendre «le financement agricole accessible à tous».

Des statistiques alarmantes

Il s’agit aussi, entre autres, d’encourager les associations socioprofessionnelles pour bâtir une action paysanne de coopératives agricoles et de mettre en œuvre des politiques de convergences entre éleveurs et agriculteurs  pour favoriser les solutions de continuité entre ces deux mondes.

L’autre axe sur lequel il y a lieu d’intervenir, c’est l’orientation de l’agriculture dans une logique  agro-forestière et agro-écologique s’inspirant de l’organisation oasienne. Objectif : densifier l’effort de convergence des filières animales et végétales dans la perspective d’un développement rural et durable.

Faudrait-il aussi pour l’ensemble de ces actions reconnaître l’importance du rôle des femmes africaines sur la question alimentaire. Les participants au débat ont d’ailleurs insisté sur ce point. «C’est (ndlr, la femme) la source de la sécurité  alimentaire au niveau des ménages d’abord. Elle fait constamment face à ce défi».  D’où la nécessité d’associer les femmes aux différents programmes du secteur.

Et ce d’autant que les urgences sont toujours au rendez-vous et que l’échéance des objectifs du millénaire pour le développement (ODD) approche. «On est  encore loin de l’ODD 2 : zéro faim. Dans six ans, on ne pourra pas atteindre cet objectif», avertit Irina Bouttoud, représentante résidente de l’Organisation des Nations unies pour l’alimentation et l’agriculture (FAO).

La situation  est d’autant plus critique en Afrique où la problématique de la gestion des terres et de la disponibilité des ressources hydriques se pose avec acuité. «La situation est alarmante et les défis sont nombreux», résume la représentante de la FAO. Un constat que partage Josefa Sacko, la Commissaire à l’agriculture, au développement rural, à l’économie bleue et à l’environnement durable de l’Union africaine (UA). «Les statistiques nous alertent», fera-t-elle remarquer.

Et de donner comme exemples la faiblesse des rendements céréaliers avec 1,65 tonne par hectare, le taux élevé des enfants souffrant de malnutrition (30%) et la dépendance de l’Afrique en importations d’engrais à hauteur de 60%.

Autant d’éléments qui illustrent l’urgence des dossiers à prendre en charge par pays et à l’échelle continentale. Dans ce cadre, la représentante de l’UA a annoncé que le prochain plan décennal sur la sécurité alimentaire est en phase d’élaboration. 
 

 

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