Russie : Mort du dernier dirigeant soviétique Mikhaïl Gorbatchev

01/09/2022 mis à jour: 05:38
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Photo : D. R.

Gorbatchev finit par éprouver de la désillusion quand, déstabilisé par la crise économique, il se rend auprès des dirigeants occidentaux réunis à Londres du 15 au 17 juillet 1991 (G7) et sollicite le soutien financier, mais n’obtient aucun engagement concret.

Son nom est lié, entre autres, à la fin de la guerre froide. Dernier dirigeant de l’Union soviétique, Mikhaïl Gorbatchev est mort mardi à l’âge de 91 ans «après une longue maladie grave» en Russie, a indiqué l’Hôpital clinique centrale (TSKB) à Moscou cité par les agences de presse russes.

Mikhaïl Gorbatchev, dernier dirigeant encore en vie de l’époque de la guerre froide, a pris les rênes du pouvoir le 11 mars 1985. Il succède à Konstantin Tchernenko, décédé la veille. Il hérite d’une économie exsangue. En parallèle, les forces soviétiques sont engluées dans la guerre en Afghanistan. Elles ont envahi le pays en 1979 pour le quitter en février 1989.

Le nouveau secrétaire général du Parti communiste d’Union soviétique engage l’URSS dans une série de réformes au nom de la «perestroïka» (restructuration) et de la «glasnost» (transparence).

Sur le plan extérieur il s’ouvre à l’Occident. En automne 1985 à Paris, il annonce l’initiative de la «maison commune européenne». En novembre, il rencontre à Genève pour la première fois le président américain Ronald Reagan.

En octobre 1986, à Reykjavik, il propose à son homologue américain de supprimer 50% des arsenaux nucléaires dans les cinq années à venir et les liquider complètement dans les cinq années suivantes. Lors du sommet de Washington en décembre 1987, il signe avec ce dernier un accord sur l’élimination des missiles à moyenne portée en Europe.

Comme il encourage les pays du Pacte de Varsovie à entreprendre des réformes. Le 2 mai 1989, la Hongrie, déjà engagée dans la voie de la libéralisation, ouvre la première une brèche dans le «rideau de fer» en démantelant le double grillage barbelé qui ferme sa frontière avec l’Autriche depuis 1966. Des milliers d’Allemands de l’Est se précipitent pour profiter de l’aubaine et passer à l’Ouest.

Le 4 juin en Pologne, se sont tenues les premières élections démocratiques dans un pays communiste, marquées par la victoire du syndicat Solidarnosc de Lech Walesa. Le 13 juin, Mikhaïl Gorbatchev signe, avec le chancelier de la République fédérale d’Allemagne (RFA), Helmut Kohl, une déclaration commune affirmant le droit des peuples et des Etats à l’autodétermination. Le 16, une grande manifestation démocratique en Hongrie se tient à l’occasion des funérailles nationales pour le chef du gouvernement hongrois, lors du soulèvement de 1956, Imre Nagy, exécuté en 1958.

Le 27, les ministres hongrois et autrichien des Affaires étrangères cisaillent symboliquement les barbelés à Sopron (frontière austro-hongroise). Le 24 août en Pologne, un conseiller de Lech Walesa, Tadeusz Mazowiecki, devient le premier chef de gouvernement non communiste dans un pays d’Europe de l’Est depuis plus de 40 ans. Le 18 octobre, après 9 jours de manifestations dans tout le pays, le président du Conseil d’Etat de la République démocratique allemande (RDA), Erich Honecker, démissionne de ses fonctions.

Egon Krenz lui succède. Le 23 du même mois est proclamée la «République de Hongrie». Pour la première fois, un pays du bloc de l’Est supprime les termes «populaire» et «socialiste» de sa Constitution. Le 7 novembre, le gouvernement est-allemand démissionne. Le 9, le mur qui divise Berlin depuis le 13 août 1961 tombe. Le 3 octobre 1990 la réunification de l’Allemagne est consacrée avec la disparition de la RDA.

Désillusion

En contrepartie à la dissolution du bloc Est, le président Gorbatchev s’attend à des compensations de la part de l’Occident, notamment, le fait de ne pas élargir l’espace de l’Otan aux frontières de son pays. A Moscou, le 9 février 1990, le secrétaire d’Etat américain, James Baker, a promis à Gorbatchev que «la juridiction militaire actuelle» de l’Organisation du traité de l’Atlantique Nord (Otan) ne s’étendra pas d’un pouce vers l’Est».

Le lendemain, en visite à Moscou, le chancelier Helmut Kohl a tenu des propos rassurants : «Nous pensons que l’Otan ne devrait pas élargir sa portée. Nous devons trouver une résolution raisonnable. Je comprends bien les intérêts de l’Union soviétique en matière de sécurité.»

Le 25 mai de la même année, à Moscou, le président français, François Mitterrand, a affirmé à son homologue soviétique qu’il est «favorable au démantèlement progressif des blocs militaires (…) La sécurité européenne est impossible sans l’URSS. Non parce que l’URSS serait un adversaire doté d’une armée puissante, mais parce que c’est notre partenaire». Début 1991, les premières demandes d’adhésion à l’Otan arrivent de Hongrie, de Tchécoslovaquie, de Pologne et de Roumanie.

Une délégation du Parlement russe rencontre en juillet le secrétaire général de l’Otan, Manfred Wörner. Il lui affirme que treize membres du conseil de l’Otan sur seize se prononcent contre un élargissement et ajoute : «Nous ne devrions pas permettre l’isolement de l’URSS.» Mais Gorbatchev finit par éprouver de la désillusion quand, déstabilisé par la crise économique, il se rend auprès des dirigeants occidentaux réunis à Londres du 15 au 17 juillet 1991 (G7) et sollicite le soutien financier, mais n’obtient aucun engagement concret.

Le 19 août 1991, pendant que Gorbatchev prend du repos en Crimée, il y a un coup d’Etat au Kremlin. Il échoue au bout de trois jours. Il démissionne le 25 décembre, marquant ainsi l’effondrement de l’Union soviétique. L’Otan intègre successivement les anciennes démocraties populaires, plus les ex-Républiques soviétiques baltes. Même option prônée par l’Union européenne (UE), mettant alors fin à l’idée de «la maison commune».

Affaiblie dans les années 1990 sur le plan économique, la Russie ne peut plus défendre ses intérêts géopolitiques. L’intervention de l’Otan en ex-Yougoslavie, en 1999, sans mandat des Nations unies, illustre l’incapacité de Moscou à rivaliser avec l’Occident et principalement les Etats-Unis. En 2000, Vladimir Poutine succède au président Boris Eltsine.

En février 2007, à Munich, il dénonce l’unilatéralisme américain : «On veut nous infliger de nouvelles lignes de démarcation et de nouveaux murs.» En 2008, Moscou lance ses troupes pour bloquer l’offensive militaire de la Géorgie contre l’Ossétie du Sud, et contrecarrer ainsi une nouvelle extension de l’Otan dans le Caucase.

Dans son discours justifiant l’annexion de la Crimée par la Fédération de Russie, le 18 mars 2014, le président Vladimir Poutine critique les dirigeants occidentaux. «Ils nous ont menti à plusieurs reprises, ils ont pris des décisions dans notre dos, ils nous ont mis devant le fait accompli. Cela s’est produit avec l’expansion de l’Otan vers l’Est, ainsi qu’avec le déploiement d’infrastructures militaires à nos frontières», a-t-il affirmé.

Ainsi, un peu plus de 30 ans après le départ du pouvoir de Gorbatchev, les relations entre Moscou et l’Occident, notamment Washington, se sont dégradées : les Etats-Unis se sont retirés du traité antimissile balistique (ABM) et du traité sur les forces nucléaires à portée intermédiaire (FNI). Le 24 février, les troupes russes interviennent en Ukraine, ouvrant un nouveau conflit entre Moscou et les Occidentaux 

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