Réunion du comité du patrimoine mondial en Arabie Saoudite : Une délégation israélienne à Ryadh

12/09/2023 mis à jour: 08:29
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Première visite publique du représentant d’Israël en Arabie Saoudite - Photo : D. R.

En août dernier, le Premier ministre israélien Benyamin Netanyahu a remercié les autorités saoudiennes de leur «attitude chaleureuse» à l’égard de passagers israéliens après l’atterrissage forcé à Jeddah dans l’ouest du royaume d’un avion reliant les Seychelles à Tel-Aviv.

Une délégation israélienne a participé hier à Ryadh aux travaux de la 45e session élargie du Comité du patrimoine mondial, de l’Unesco, première visite publique de représentants d’Israël en Arabie Saoudite, rapporte l’AFP.

Riche en pétrole et gardienne des Lieux Saints musulmans, l’Arabie Saoudite ne reconnaît pas Israël et n’a pas adhéré aux accords d’Abraham de 2020, négociés par les Etats-Unis, qui ont permis à l’Etat israélien de normaliser ses liens avec, notamment, deux voisins du royaume wahhabite, les Emirats arabes unis et Bahreïn. Ryadh a déclaré à plusieurs reprises que l’établissement de liens officiels avec Israël est lié à la création d’un Etat palestinien.

En 1981, le prince héritier saoudien Fahd Ibn Abd Al Aziz a présenté un plan de paix pour le Proche-Orient. Il repose sur le retrait d’Israël des Territoires occupés, «le démantèlement des colonies», «le retour des réfugiés palestiniens ou leur indemnisation», «la liberté des lieux de culte dans les Lieux Saints et la création d’un Etat palestinien», en échange du «droit de tous les Etats de la région de vivre dans la paix». En 2002, en pleine seconde Intifada (2000-2005), l’Arabie Saoudite entérine la possibilité d’une normalisation des relations avec Israël, en échange de la création d’un Etat palestinien. Cette proposition est cependant rejetée par l’Etat hébreu.

Lors d’un entretien accordé à The Atlantic, en avril 2018 le prince héritier Mohammed Ben Salmane affirme le «droit d’exister» pour l’Etat hébreu, mais aussi l’absence d’«objection religieuse» à son existence. Il a ajouté cependant qu’il ne pourra y avoir de relations diplomatiques entre Israël et l’Arabie Saoudite que si le conflit palestinien est résolu : «Nous devons obtenir un accord de paix pour garantir la stabilité de chacun et entretenir des relations normales.»

L’éventualité d’un accord entre Tel-Aviv et Ryadh a été évoquée au cours de ces derniers mois. L’administration Biden a intensifié ses efforts pour négocier en ce sens. Début juin, le secrétaire d’Etat américain, Antony Blinken, a exhorté la monarchie du Golfe à normaliser ses relations diplomatiques avec Israël lors d’une visite à Jeddah et à Ryadh.

A la fin du même mois, le ministre israélien des Affaires étrangères, Eli Cohen, a déclaré qu’il existe une «fenêtre d’opportunité» pour conclure un tel accord avec l’Arabie Saoudite dans les mois à venir, sous l’égide des Etats-Unis, et que Tel-Aviv garde espoir quant à un accord. «Nous sommes très optimistes quant à la possibilité de parvenir à un tel accord. Il s’agit d’un accord réalisable, après lequel d’autres pays suivront», a déclaré E. Cohen.

Ryadh et Washington se sont entretenus sur les conditions posées par l’Arabie Saoudite pour progresser sur la voie de la normalisation, notamment des garanties de sécurité et une assistance pour un programme nucléaire civil doté d’une capacité d’enrichissement d’uranium.

Présages

Entre temps, des signes de rapprochements entre les deux pays surgissent. Le 22 novembre 2020, le Premier ministre israélien s’est rendu secrètement à Neum, en Arabie Saoudite où il a rencontré Mohammed Ben Salmane, en présence du secrétaire d’Etat américain, Mike Pompeo, qui termine une tournée au Moyen-Orient.

Ryadh a annoncé en juillet 2022 l’ouverture de son espace aérien à «tous les transporteurs», y compris israéliens. A l’époque, le royaume a nié que cette mesure soit le signe d’un processus de normalisation. En août dernier, le Premier ministre israélien, Benjamin Netanyahu, a remercié les autorités saoudiennes de leur «attitude chaleureuse» à l’égard de passagers israéliens après l’atterrissage forcé à Jeddah dans l’ouest du royaume d’un avion reliant les Seychelles à Tel-Aviv.

Le même mois, un sommet en Egypte, entre le président égyptien Abdel Fattah Al Sissi, le roi de Jordanie Abdallah II et le président palestinien Mahmoud Abbas, a «discuté des efforts américains visant à parvenir à la normalisation des relations entre l’Arabie Saoudite et Israël et des exigences de l’Autorité palestinienne dans le cadre de la signature d’un tel accord», a alors indiqué une source palestinienne proche du dossier. Le 12 août, l’Arabie Saoudite a nommé un ambassadeur non résident pour les Territoires palestiniens, qui sera également consul général à Jérusalem.

Le poste est confié à Nayef Al Sudaïri, l’actuel ambassadeur saoudien en Jordanie, selon un message publié sur les réseaux sociaux par l’ambassade saoudienne à Amman et authentifié par un responsable du ministère saoudien des Affaires étrangères.

Quelques jours auparavant, le chef de la diplomatie israélienne a déclaré, dans une interview au site web arabe Elaph basé à Londres, que «la question palestinienne ne sera pas un obstacle» pour la signature d’un accord entre son pays et Ryadh. «Nous l’avons déjà prouvé avec les accords d’Abraham. Il est dans notre intérêt à tous d’améliorer la vie dans les territoires de l’Autorité palestinienne», a-t-il observé.

Un accord de normalisation serait «une opportunité historique pour un processus de paix qui changera la face du Moyen-Orient et du monde entier», a soutenu le diplomate. A son avis , un traité pourrait donner au président américain Joe Biden «une victoire avant les élections. Cela permettrait de renforcer l’économie nationale américaine, et par là même, l’économie mondiale». 

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