Réchauffement climatique : Vers une «flambée» mondiale des températures

06/05/2023 mis à jour: 01:29
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La sécheresse risque de s'aggraver dans plusieurs régions du globe - Photo : D. R.

Le monde devrait se préparer au développement d’El Niño, qui est souvent associé à une augmentation de la chaleur, de la sécheresse ou des précipitations, selon l'Organisation météorologique mondiale (OMM).

Le monde devrait sérieusement se préparer à connaître une hausse majorée des températures globales de la planète à compter du deuxième semestre de l’année en cours et tout au long de l’année 2024. L’alerte est donnée par l’Organisation météorologique mondiale (OMM) à travers un bulletin publié le 3 mai.

Pour cause, un nouvel enclenchement du phénomène météorologique appelé El Niño, que les prévisions de l’ensemble du réseau d’observation mondial annoncent à partir du mois de mai en cours. Ce dérèglement atmosphérique cyclique résulte du réchauffement des températures des eaux de l’océan Pacifique équatorial (représentant quand même le quart de la surface de la planète), et entraîne une série de réactions climatiques extrêmes, selon les régions, au-delà de la montée des températures substantielle du globe : épisodes de sécheresse aigus, inondations exceptionnelles, ouragans…

Intervenant dans un contexte de réchauffement climatique structurel, de plus en plus observable, «l’enfant terrible du Pacifique» vient donc aggraver le cas d’une planète dont les dirigeants peinent à mettre en place des politiques écologiques sérieuses pour amortir les effets du désastre annoncé. Selon un précédent bulletin de l’OMM et faisant le bilan de l’année 2022, «les émissions de gaz à effet de serre ne cessent de croître, le climat continue de changer et les populations du monde entier sont toujours durement touchées par les phénomènes météorologiques et climatiques extrêmes.

En 2022, par exemple, un épisode de sécheresse prolongée en Afrique de l’Est, des précipitations record au Pakistan et des vagues de chaleur sans précédent en Chine et en Europe ont touché des dizaines de millions de personnes, entraîné une insécurité alimentaire, provoqué des migrations massives et coûté des milliards de dollars, en pertes et dommages». Le rapport note que les années 2015-2022 ont été les plus chaudes jamais enregistrées depuis que le monde est monde (près de 2°C au-dessus de la norme), avec un pic mémorable enregistré en 2016, là aussi essentiellement dû à la combinaison du changement climatique et du phénomène épisodique El Niño.

Un «radiateur» au Pacifique

Selon les spécialistes, ce dernier intervient en alternance avec son opposé, appelé La Niña, qui lui consiste en le refroidissement des eaux de surface du même Pacifique équatorial, ce qui contribue à tempérer les niveaux des températures mondiales. L’un est donc une espèce de radiateur qui tire vers le haut le thermomètre planétaire, l’autre une sorte de «climatiseur» naturel qui contribue à le modérer. Les cycles d’alternance, que les scientifiques observent sans toutefois en expliquer la mécanique, viennent de tourner en faveur d'El Niño après trois années consécutives (2020, 2021, 2022) dominées par le phénomène opposé.

Trois années qui ont continué à être relativement chaudes, malgré le contexte favorable au Pacifique. Il faudra donc logiquement s’attendre à une parenthèse de réchauffement qui ira bien au-delà des seuils enregistrés durant la dernière séquence cyclique, et des spécialistes de l’OMM n’hésitent pas à parler de «flambée». Les conséquences annoncées vont bien entendu aller au-delà de l’inconfort causé par des étés caniculaires et des saisons basses plus chaudes que d’habitude.

«Le monde devrait se préparer au développement d’El Niño, qui est souvent associé à une augmentation de la chaleur, de la sécheresse ou des précipitations dans différentes régions du monde. Il pourrait apporter un soulagement face à la sécheresse que subit la Corne de l’Afrique et à d’autres effets liés à La Niña, mais il pourrait aussi déclencher des phénomènes météorologiques et climatiques plus extrêmes. Cette situation appelle l’attention sur la nécessité de mettre en œuvre l’Initiative des Nations unies en faveur d’alertes précoces pour tous, afin d’assurer la sécurité des personnes», préconise Peterri Taalas, secrétaire général de l’OMM.

Lourdes conséquences

Un document joint au dernier bulletin de l’organisation cartographie les effets prévisionnels du phénomène sur les parties du monde les plus concernées par des impacts directs. La bande du Sahel en Afrique, à laquelle il faudra ajouter le Soudan, l’Erythrée et Djibouti à l’est, ainsi que l’ensemble sud du continent devraient être touchés par une vague de sécheresse importante couplée à des hausses de température. L’Australie également, où l’on craint notamment des conditions favorables à des feux de forêt exceptionnels.

Le spectre des inondations, effet également associé à El Niño, va planer sur d’autres régions du monde, prévoit l’OMM. Le sud de l’Amérique du Sud, celui des Etats-Unis, la Corne de l’Afrique et l’Asie centrale sont les plus exposés. L’Inde et l’Indonésie, également concernées, vu la densité démographique qui caractérise les deux pays, risquent des impacts humains plus prononcés. L’Afrique du Nord et l’ensemble européen ne devraient connaître que des effets indirects modérés, même si en dehors de toute majoration épisodique liée à El Niño, cette partie du monde est présentement impactée par le réchauffement climatique global.

Des chaleurs de plus en plus intenses en Afrique du Nord

Une étude scientifique pointe directement la responsabilité du changement climatique dans la «chaleur extrême» enregistrée fin avril dans la péninsule ibérique et dans une partie de l'Afrique du Nord. Des pics de température «quasi impossibles sans le changement climatique», conclut l’étude publiée hier à Madrid et réalisée par le Weather Attribution (WWA), réseau mondial étudiant le lien entre les événements météorologiques extrêmes et le dérèglement climatique.

«Des températures dépassant parfois de 20 degrés les normales de saison et des records pour le mois d'avril battus de plus de 6 degrés», indique le rapport. La fin du mois d’avril dernier, la région de l’Afrique du Nord a connu un pic caniculaire aussi précoce qu’exceptionnel. Les températures ont dépassé, par endroits, les 40°C, notamment en Algérie et au Maroc.

Cette vague de chaleur a été «tellement extrême» qu'elle reste un «épisode rare dans le contexte climatique actuel», même dans une région du monde déjà habituée à une multiplication de ces phénomènes «ces dernières années», poursuit le WWA. «Nous allons voir dans l'avenir des vagues de chaleur de plus en plus fréquentes et de plus en plus intenses» dans cette partie du monde, a averti Sjoukje Philip, chercheuse membre du WWA. M. S. et Agence

 

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