Rafah, Al Jazeera et la folie de Netanyahu

07/05/2024 mis à jour: 02:38
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Netanyahu vient d’interdire à la chaîne qatarie Al Jazeera de travailler en Israël, lui saisissant tout son matériel de production. La raison est évidente, éviter que la télévision ne soit le témoin direct de l’offensive militaire terrestre prévue dans la zone de Rafah et que les Ghazaouis et le monde entier redoutent.

Elle semble imminente et ses effets pourraient être particulièrement dévastateurs sur une population de plus d’un million et demi de personnes déplacées depuis 7 mois par l’armée israélienne, à la faveur de ses multiples incursions du nord vers le sud de l’enclave de Ghaza. 

Connue pour son caractère violent et destructeur, l’armée israélienne a la conviction que les chefs du Hamas sont à Rafah et, cette fois encore, elle ne fera pas de quartier. Zone frontalière avec l’Egypte, cul-de-sac transformé en un immense camp de réfugiés, Rafah pourrait vite devenir un immense cimetière et allonger la liste des victimes, déjà chiffrée à plus de 35 000 morts et 70 000 blessés. Cela se fera sans secours et sans témoins. 

Les seuls protecteurs de la population ghazaouie, ce sont les combattants de la résistance palestinienne, à leur tête l’organisation du Hamas. L’unique télévision bien présente jusque-là, Al Jazeera, n’y sera pas, car interdite. Il ne restera pour documenter les horreurs de l’invasion israélienne que quelques courageux journalistes indépendants et les citoyens qui n’hésiteront pas à braver l’interdiction de filmer, avec tous les risques que cela comporte. 

Israël a toujours traqué les journalistes. Il faut se souvenir de l’assassinat en direct du reporter Shireen Abu Akleh, en Cisjordanie, par un sniper israélien, des blessures occasionnées au chef du bureau d'Al Jazeera à Ghaza, Wael Al Dahdouh, qui a aussi vu toute sa famille décimée par les tirs israéliens. Des dizaines de collaborateurs palestiniens d’Al Jazeera ont été froidement assassinés.

Tel-Aviv n’a jamais supporté que cette chaîne satellitaire arabe documente la réalité de l’occupation, notamment dans ses aspects répressifs. 

Al Jazeera s’est depuis toujours nettement démarquée des autres grands médias du monde, notamment occidentaux, globalement aux côtés des autorités israéliennes. Il faut relever le manque de courage de ces derniers, prompts à donner des leçons mais qui ont gardé un silence lâche sur l’interdiction qui leur a été imposée par Tel-Avi de couvrir la guerre à Ghaza. La chaîne qatarie bénéficie d’une très large audience internationale, notamment dans le monde arabe. 

Lors de l’invasion de l’Irak par l’armée américaine en 2003, elle a déployé un contenu journalistique à contre- courant du discours des médias occidentaux légitimant la propagande de Washington. Le Qatar, son propriétaire, lui laisse une grande marge de manœuvre, avec une certaine prudence, notamment s’agissant des questions sensibles dans le monde arabe et musulman.

Elle est devenue la bête noire des Etats-Unis et de leurs alliés, à leur tête Israël, qui n’hésitent pas à procéder à des expulsions de ses journalistes, des interdictions d'exercer, des condamnations par des tribunaux et même des emprisonnements. 

Aucune solidarité n’a été manifestée en faveur des journalistes assassinés, plus d’une centaine, par peur de représailles ou par complicité avec Tel-Aviv. Les dénonciations sont venues essentiellement des populations mondiales et des étudiants qui n’ont pas hésité à descendre dans la rue, s’exposant souvent, dans les pays occidentaux, à de la répression policière ou encore de la stigmatisation politique.

Celle-ci s’opère par le biais de la vieille ficelle de l’antisémitisme, archi-usée et qui ne résiste plus à la réalité des faits : Israël use des mêmes méthodes que les nazis pour imposer son entreprise coloniale en Palestine. 

La Cour de justice internationale lui a prêté des intentions de génocide. Israël n’est pas au service des juifs mais défend essentiellement les intérêts de groupes politico-religieux fanatiques d’extrême droite.

Il est aussi au service des pays occidentaux, spécialement les Etats-Unis, qui l’inondent de dollars et d’armes sophistiquées destructrices. Fort de tout ce soutien, Netanyahu ne recule devant rien, y compris des rénitences au sein de la société politique et civile israéliennes. La question des otages est pour lui secondaire.

Ce qui compte, c’est de sauver sa peau, d’éviter la justice, de sauver son parti, le Likoud, et même de préserver sa carrière politique, si c’est encore possible. Il n’hésitera pas à attaquer sauvagement la population de Rafah pour parvenir à ses fins. Le monde entier est glacé par l’effroi…

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