Pour renforcer le leadership américain en Asie : Le président Joe Biden poursuit sa tournée au Japon

23/05/2022 mis à jour: 05:58
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Photo : D. R.

L’administration de Biden voit en la Chine le principal rival en ce siècle. Le 3 mars 2021, le secrétaire d’Etat américain, Antony Blinken, a qualifié l’Empire du Milieu de «plus grand défi géopolitique du XXIe siècle» et la priorité de la politique étrangère de Joe Biden.

Le président américain, Joe Biden, est arrivé hier au Japon, dernière étape de sa première tournée en Asie depuis son entrée en fonction, rapporte l’AFP. Il doit rencontrer, aujourd’hui à Tokyo, le Premier ministre japonais, Fumio Kishida, et l’empereur Naruhito.

Ensuite, il participera demain à un sommet du Dialogue quadrilatéral pour la sécurité (Quad), un format diplomatique rassemblant les dirigeants des Etats-Unis, du Japon, de l’Inde et de l’Australie et visant à faire contrepoids à l’influence économique, militaire et technologique croissante de la Chine en Asie-Pacifique.

Cette rencontre intervient alors que l’Inde est le seul pays membre du Quad à n’avoir pas officiellement condamné l’intervention russe en Ukraine. De son côté, le Japon s’est joint aux Etats-Unis et à l’Europe pour imposer des sanctions à la Russie, alors que Pékin a refusé de condamner l’offensive de Moscou

Mercredi, le ministre japonais des Affaires étrangères, Yoshimasa Hayashi, a exhorté Pékin à «jouer un rôle responsable» dans le conflit russo-ukrainien, lors de son entretien avec son homologue chinois. Cet échange est le premier entre les deux ministres depuis novembre.

Il a déclaré à son homologue chinois Wang Yi que l’opération russe constitue «une violation claire de la Charte des Nations unies et d’autres lois internationales», a indiqué le ministère japonais des Affaires étrangères dans un communiqué. Le Japon s’inquiète de l’affirmation militaire croissante de Pékin dans le Pacifique.

Lors de son entretien avec le chef de la diplomatie chinoise, Y. Hayashi a évoqué la question des îles contestées entre les deux pays et la situation dans les mers de Chine orientale et méridionale. Il a déclaré que la Chine et le Japon «devraient se dire ce qui doit être dit et s’engager dans le dialogue», mais a prévenu que les relations bilatérales «sont confrontées à diverses difficultés (…)».

De son côté, le ministère chinois des Affaires étrangères a déclaré, dans un communiqué, que «le Japon et les Etats-Unis sont alliés, tandis que la Chine et le Japon ont un traité de paix et d’amitié», ajoutant que la coopération bilatérale entre Tokyo et Washington «ne devrait pas provoquer de confrontation entre les camps, et encore moins nuire à la souveraineté, à la sécurité et aux intérêts de développement de la Chine».

«Nous espérons que le Japon va tirer les leçons de l’histoire, se concentrer sur la paix et la stabilité régionales et agir avec prudence, n’agissant pas comme un pion pour d’autres et n’empruntant pas la voie du chacun pour soi», a-t-il ajouté. Allusion à l’invasion de la Chine par le Japon au siècle dernier.

Le défi

L’administration de Biden voit en la Chine le principal rival en ce siècle. Le 3 mars 2021, le secrétaire d’Etat américain, Antony Blinken, a qualifié l’Empire du Milieu de «plus grand défi géopolitique du XXIe siècle» et en priorité de la politique étrangère de Joe Biden. «Plusieurs pays représentent des défis importants pour nous, dont la Russie, l’Iran ou la Corée du Nord», a-t-il déclaré lors de son discours de politique étrangère.

«Le défi posé par la Chine est différent. La Chine est le seul pays avec la puissance économique, diplomatique, militaire et technologique susceptible d’ébranler sérieusement le système international stable et ouvert, toutes les règles, valeurs et relations qui rendent le monde tel que nous voulons qu’il soit», a-t-il soutenu.

En 2007, lors d’un discours devant le Parlement indien, le Premier ministre japonais, Shinzo Abe, a initié cette alliance, qui consiste en un dialogue stratégique informel entre le Japon, les Etats-Unis, l’Inde et l’Australie.

En novembre 2017, lors du sommet de l’Association des nations de l’Asie du Sud-Est (Asean) à Manille, les dirigeants de ces quatre pays se sont entendus pour relancer cette initiative. L’Inde constitue un allié pour les Etats-Unis en Asie pour contrecarrer la montée en puissance de la Chine dans la région. New Delhi n’a pas intégré les «Routes de la soie», initiative économique de Pékin.

Pour concurrencer ce projet, le Premier ministre indien, Narendra Modi, a dévoilé en mai 2017, à l’occasion d’une réunion de la Banque africaine de développement (BAD) qui s’est tenue à Ahmedabad, en Inde : le «corridor de la croissance Asie-Afrique», surnommé la «route de la liberté», Le président américain a entamé sa tournée asiatique par une visite en Corée du Sud, où il a atterri vendredi. Il a rencontré le lendemain son nouvel homologue Yoon Suk-yeol, arrivé au pouvoir début mai. Avant de quitter Séoul pour Tokyo, il s’est dit hier «préparé» à un éventuel nouvel essai nucléaire par la Corée du Nord, tout en réaffirmant être prêt à dialoguer avec Pyongyang.

Sachant que les discussions sont au point mort depuis l’échec d’un sommet en 2019 entre le dirigeant nord-coréen Kim Jong-un et le président américain de l’époque Donald Trump. Les deux chefs d’Etat ont évoqué une intensification des exercices militaires conjoints entre leurs pays afin de contrer les ambitions de Kim Jong-un. Le président sud-coréen a évoqué le déploiement par les Etats-Unis dans son pays de «moyens stratégiques» pour contrer «une attaque nucléaire» du Nord.

Ces moyens devraient inclure «des avions de chasse et des missiles, contrairement au passé où nous ne pensions qu’au parapluie nucléaire pour la dissuasion», a-t-il ajouté. Tout déploiement d’armements de ce type, ou toute intensification des exercices militaires conjoints sont vus par Pyongyang comme des répétitions générales d’invasion.

Le président américain a évoqué, lors d’une conférence de presse conjointe avec Yoon Suk-yeol, une «compétition mondiale entre les démocraties et les autocraties» et déclaré que la région Asie-Pacifique constitue dans ce contexte, un champ de bataille essentiel. «Nous avons longuement parlé de la nécessité de faire en sorte que cette coopération ne se limite pas aux Etats-Unis, au Japon et à la Corée, mais qu’elle englobe l’ensemble du Pacifique, du Pacifique-Sud et de l’Indo-Pacifique. Je pense que ce voyage est une opportunité», a-t-il déclaré. 

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