Patrimoine culturel matériel et immatériel de la Palestine : Un pan de l’histoire de l’humanité en péril

25/11/2023 mis à jour: 04:25
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La vieille ville de Jérusalem et ses remparts classés patrimoine universel par l’Unesco

Voulant à tout prix se créer une légitimité historique, l’occupant sioniste dépasse désormais toutes les limites dans sa guerre d’extermination dans le but d’effacer l’identité et l’histoire palestiniennes. Tout ce qui a le moindre lien avec le peuple palestinien est ciblé par les bombardements qui n’ont pas épargné les monuments historiques et les sites archéologiques. 

Afin de mettre la lumière sur ce massacre historique et humanitaire, de nombreuses conférences ont été animées à Constantine par des spécialistes dans le but d’informer l’opinion publique, mais surtout de tirer la sonnette d’alarme sur ces destructions et leurs effets dévastateurs sur la communauté autochtone. «Suite à la perte de chaque monument, l’humanité est en train de perdre toute une chaîne de son histoire. Ces monuments servent d’outils pour la lecture de l’histoire et le passage des civilisations existantes sur ce territoire. 

Certes, l’identité palestinienne est en train de résister et ne disparaîtra pas, mais cette perte est scandaleuse pour son histoire», a affirmé à El Watan, Meriem Guebaïlia, directrice du Musée des arts et des expressions culturelles traditionnelles Palais Ahmed Bey de Constantine, en marge d’une conférence animée récemment au même établissement intitulée «Patrimoine matériel et immatériel palestinien inscrit à l’Unesco», au cours de laquelle elle a mis à nu les massacres commis par l’armée israélienne.

 «Ce qui se passe en Palestine est l’affaire de tous», a noté l’intervenante, qui a révélé à El Watan que tous ses collègues archéologues et directeurs de musées en Algérie ont lancé une opération de collecte des signatures dans tous les pays arabes afin d’adresser une pétition collective au Conseil international des monuments et des sites culturels. «En tant qu’Algériens, nous envisageons de participer avec force à cette dénonciation et signer la pétition, car ces bombardements bien ciblés, touchant les sites mondialement classés, tentent d’effacer l’identité palestinienne. Il s’agit d’une véritable opération ethnique», a-t-elle indiqué.
 

Un plan qui vise les musées

Meriem Guebaïlia a cité 5 sites historiques inscrits sur la liste du patrimoine matériel universel de l’Unesco. 
Il s’agit de la «Vieille ville de Jérusalem et ses remparts» inscrits suite à un dossier déposé par la Jordanie. Ce site, témoin du passage de plusieurs civilisations, est d’une grande symbolique pour les trois religions monothéistes. Malheureusement, le lieu subit toujours des fouilles illégales et un commerce informel des pièces archéologiques autorisé par l’occupant sioniste. On notera également «L’église de la Nativité et la route de pèlerinage», situées à Bethléem, considéré comme lieu de naissance de Jésus, classé  en 2012 par l’Unesco, après avoir passé par la case du danger. 

Si ce n’est les interventions et la mobilisation des Palestiniens, un tunnel aurait été réalisé sur place détruisant à jamais les lieux. Le troisième site est celui de «La terre des oliviers et des vignes Battir» au sud de Jérusalem, inscrit en 2014. Sur cette liste figure aussi le site de «La vieille ville d’Hébron ou Al Khalil» lieu saint pour les musulmans, qui a été construite avec des pierres en calcaire au cours de la période du Sultanat mamelouk, entre 1250 et 1517, ainsi que «l’Ancien Jéricho, Tell es-Sultan» inscrit en 2023. Tous ces lieux classés ont fait l’objet d’actes de vandalisme et de modifications dans les infrastructures par les Israéliens. 

La conférencière a rappelé qu’après les sites historiques, les sionistes ciblent aujourd’hui les musées, dont 12 établissements riches de 12 000 pièces collectées et préservées par les Palestiniens, notant que certains établissements ont subi des dégradations déplorables, alors que d’autres ont été complètement détruits. «Nos collègues à Ghaza nous ont fait savoir que la situation est  devenue catastrophique depuis les événements du mois d’octobre. 

Ces musées ont subi des massacres, d’autres sont aujourd’hui sans agents de surveillance. Certains de ces gens qui veillaient sur la sécurité des objets dans les musées ont été assassinés, et d’autres sont devenus  des SDF après les bombardements de la ville », a déploré Meriem Guebaïlia. Elle a cité entre autres les musées de Khan Younes, Al Qarara et la maison Saqqa qui illustre parfaitement tous les aspects et les caractéristiques de la culture de la région de Ghaza. Cette maison, construite il y a 400 ans et s’étalant sur une superficie 700 m2, a été réduite en décombres. 

La conférencière a déclaré avoir reçu des photos par des Palestiniens, illustrant l’ampleur des dégâts. Le musée de Rafah a subi le même sort. Une vidéo diffusée lors de la conférence a choqué par la cruauté du désastre. «Le musée Al Akkad, par exemple, compte 2800 pièces datant de la préhistoire voire même de l’ère moderne.

 Pis encore, 53% du territoire de la Cisjordanie comptant 7000 monuments sont sous occupation israélienne. 
Le nombre de ces sites est en train de diminuer à cause de ces attaques criminelles. Malgré cela, la Palestine reste toujours riche en sites et monuments historiques qui méritent d’être inscrits au patrimoine universel de l’Unesco, surtout que les Israéliens ont autorisé des fouilles illégales sur place», a-t-elle alerté. 
 

Une grande richesse culturelle

Les crimes commis contre les richesses culturelles palestiniennes matérielles, comme immatérielles témoignent de l’amertume de l’occupation sioniste, en quête identitaire et territoriale au détriment de toute une population. 

Meriem Guebaïlia estime que le patrimoine immatériel palestinien est aussi important, car il exprime l’enracinement des traditions et de la culture de cette terre arabe. «Jusqu’à présent, on a recensé une importante richesse du patrimoine immatériel, dont certains éléments inscrits au patrimoine immatériel de l’Unesco, alors que 15 autres ont été enregistrés comme un patrimoine national», a-t-elle ajouté. 

On cite à titre d’exemple la broderie, la calligraphie et les connaissances, savoir-faire, traditions et pratiques associés au palmier dattier qui sont inscrits sur la liste du patrimoine immatériel de l’Unesco. 

Dans le registre du patrimoine local de la Palestine, il y a également la fameuse danse de la «Dabke», le café arabe, la nuit du henné (festivité pour la mariée), la keffiyeh, célèbre coiffe traditionnelle, devenue un symbole de la résistance palestinienne, ainsi qu’Al Bedaâ, des chants traditionnels féminins, sans oublier le patrimoine oral et les plats traditionnels. Une magnifique poésie populaire et un savoir-faire particulier qui méritent d’être inscrits à l’échelle internationale. 

Le pillage du colonialisme israélien a atteint même la gastronomie palestinienne. «Durant cette dernière décennie, les sionistes ont voulu inscrire comme patrimoine immatériel israélien certains plats orientaux et palestiniens, tels que le kebab, tahini et autres», a fait savoir, lors de la rencontre, Ouafia Derouaz, directrice de la Bibliothèque principale de la lecture publique de Constantine. 

Par ailleurs, et lors d’une autre rencontre tenue à la maison de la culture Malek Haddad de Constantine, le professeur Abdelkader Dahdouh, écrivain et chercheur en histoire algérienne et arabe du centre universitaire de Tipasa, a expliqué que ce patrimoine culturel, est en train de résister aux crimes du colonialisme sioniste. Il a affirmé que la destruction du patrimoine archéologique est une politique purement sioniste, où le fondateur du sionisme Theodore Herzl avait la vision de détruire tout ce qui n’est pas sacré pour les juifs, y compris des monuments existants depuis des siècles. 

Le Pr Dahdouh a souligné la destruction de 1500 monuments historiques et 500 sites archéologiques. Si le projet du mur de séparation, en voie de construction pour séparer les colonies israéliennes des territoires palestiniens, est réalisé, le monde assistera à la destruction de 270 sites et 2 000 monuments. 
 

Sachant, ajoute-t-il, que 800 sites et monuments ont été déjà complètement détruits. Aujourd’hui, il existe encore 944 sites archéologiques dans la Cisjordanie et dans la bande de Ghaza ainsi que 10  000 monuments. 

Cela, sans oublier les 650 villes et villages historiques, avec plus de 60  000 constructions. La communauté internationale doit prendre au sérieux ce massacre historique et humanitaire pour sauver le peu du patrimoine restant et qui représente un important pan de l’histoire de l’humanité.         
 

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