Parution / De la lutte armée dans les rues d’Alger aux combats dans les djebels de l’Aurès de Zemenzer Mohamed Noureddine : De la guérilla urbaine au maquis, itinéraire d’un combattan

20/05/2023 mis à jour: 06:38
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De la lutte armée dans les rues d’Alger aux combats dans les djebels de l’Aurès est l’intitulé d’un ouvrage paru sous les presses de Dar El Qobia, un témoignage de 220 pages qui vient étoffer le fonds documentaire de la guerre de Libération nationale.

L’ouvrage déroule le témoignage d’un acteur qui a pris à la Guerre d’indépendance nationale. Il s’agit de Zemenzer Mohamed Noureddine qui retrace son itinéraire de combattant de la liberté, d’abord au sein de la ZAA (Zone autonome d’Alger), puis en ralliant en 1958 les rangs des maquisards de l’ALN dans la wilaya I des Aurès, et ce, jusqu’au cessez-le-feu. 

A l’instar de bon nombre de jeunes de La Casbah, Noureddine Zemenzer, ce natif du lieu dit Drodje Sidi Abderrahmane dans les HBM de l’ex-bd Verdun, prit conscience dès son adolescence de «son appartenance à jamais à un peuple» opprimé et décidé à prendre les devants pour s’affranchir du joug colonialiste. Après avoir été enrôlé dans l’armée coloniale pour accomplir ses deux années de services militaire, et du coup, échapper à un départ forcé vers l’Indochine, le jeune Noureddine renoue avec la vie civile. 

Employé à la centrale téléphonique du Grand Alger, il rejoint en mars 1955 la ZAA pour participer à des missions que lui assigna le FLN : répondre aux actes abominables commis par les ultras par une première action qui se résumait à poser avec son binôme, Abdennour Mehdaoui, deux bombes dans deux services téléphoniques. 

S’ensuivirent d’autres actions du FLN avant de voir l’étau se resserrer sur les combattant de la ZAA par les Salan, Jouhaud, Massu et Zeller, un quarteron de généraux farouches, poussé à l’extrême par les partisans de «l’Algérie française». Les Tribunaux permanents des forces armées (TPFA) sont dès lors mis en branle  pour accélérer les procès de manière expéditive contre les suspects. 

La  ZAA ne tarde pas à être démantelée et le piège se referme sur les militants ayant échappé aux arrestations. Zemenzer n’a d’autre choix que de prendre le chemin du maquis et fait son baptême du feu parmi les combattants de l’ALN, en arpentant les sentes et dévalant ravins et vallons dans les djebels Chelia, Bou Arif, Ouistili, Ahmar Khedou, Ras Ezra… où il conduit le lecteur au cœur des opérations de feu et de sang, menées par les combattants de l’ALN contre la soldatesque ennemie qui, soutenue par la déferlante aviation qui largue ses cargaisons de bombes sur les douars, ratisse les mechtas… 

C’est dans cette fournaise de combats et de ballets aériens que Noureddine Zemenzer apprit dans La Dépêche de Constantine - un exemplaire récupéré à Batna par un civil - la nouvelle de sa condamnation à mort par contumace, suite au jugement prononcé le 23 juillet 1958 lors du procès des membres de la ZAA par le TPFA. 

L’auteur de ce témoignage – neveu des Mohamed Hattab (Habib Réda) ex-condamné à mort et Abdelmadjid Hattab, comédien de l’Opéra d’Alger, mort au champ d’honneur en décembre 1960, à l’âge de 28 ans, lors d’un bombardement dans la forêt Labradja – dépeint dans un style fluide et non moins captivant les situations aussi pénibles que problématiques dans le maquis des Aurès et au-delà de cette région, il donne un éclairage sur certains douloureux événements, notamment lors des massacres de Mai 1945 à l’est du pays. 

Le corpus défile ces images déchirantes. «Lorsque au cours d’une longue marche, écrit-il, sous une pluie torrentielle portant de lourds sacs, on pataugeait jusqu’aux chevilles  dans la gadoue et, à bout de souffle, on avançait dans un sentier chargé d’un fouillis de branches et de ronces, le corps endolori, le cœur meurtri et le moral en berne par la perte de compagnons de guerre. (…). On dormait les vêtements mouillés sur nos corps et on était envahis par les poux». 

Plus loin, le récit est aussi poignant que bouleversant lorsqu’il décrit la cruauté de l’ennemi. «Dans les djebels, l’une des  atrocités préférées des soldats tortionnaires, brutaux et cruels, sous l’effet de l’alcool, consiste, raconte-t-il, à placer des électrodes sur toutes les parties sensibles  du corps aspergé d’eau, puis à actionner la ‘’gégène’’ jusqu’à  ce que  se dégage une odeur de chair humaine brûlée, flottant dans les airs.» (…) Pour faire durer leur acte pervers, les tortionnaires n’hésitent pas à faire dans le machiavélisme en «attachant le prisonnier à un arbre pour souffrir plus, poursuit-il,  du feu allumé entre ses jambes écartées (…)». 

Dans ce pavé de 220 pages, qui reste un document qui enrichit le fonds bibliographique de notre guerre de Libération nationale, l’auteur fait des rappels ou des clins d’œil sur ces zones montagneuses «chargées d’histoire et qui furent un haut lieu de résistance contre les officiers supérieurs», tels les Bugeaud, Berthezène, Clauzel, Rovigo, Valée, Lamoricière et autres Saint-Arnaud et Cavaignac. 

Dans un des chapitres, l’auteur n’omet pas de convoquer les moments de répit qu’il affectionnait dans le PC, notamment lorsqu’il écoutait des morceaux de concertos de grands compositeurs,  diffusés sur les ondes de la TSF comme, en revanche, il n’hésite pas déballer un autre tableau qui montre cette ambiance non moins délétère, générée par une faction de djounoud qui a osé tremper dans la dissidence …  
 

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