Oran : Participation record au salon célébrant le Nouvel An amazigh

15/01/2022 mis à jour: 01:32
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Oran a abrité une grande exposition célébrant le Nouvel an amazigh / Photo : El Watan

Une profusion de couleurs, de senteurs mais aussi de rythmes pour garder vivante une tradition dont l’origine se perd dans la nuit des temps. 

De véritables moments de fête alliant chants et danses ont été vécus mercredi à l’intérieur de l’enceinte du centre grâce notamment à toutes ces animations improvisées par les participants, des présidents ou membres d’associations, de centres culturels ou des offices de jeunesse. 

«Nayer nous réunit», avait déclaré, en introduction à la présentation de sa région,la représentante du stand de la wilaya de Médéa, lors du passage de la délégation entourant le chef de l’exécutif venu inaugurer l’événement prévu jusqu’au 13 janvier. 

Une fête commune avec ses variantes mais dont le rituel de la célébration garde indéniablement un fond commun. De la symbolique  du lien étroit unissant l’homme à la terre nourricière on passe ici à la symbolique du lien intergénérationnel avec la mise en valeur des traditions, à commencer par l’art culinaire caractéristique de cette célébration. «Outchou Ne Nayer» (le repas de Yennayer), déclare la représentante du stand de la wilaya d’El Bayadh, plus exactement de Boussemghoun, expliquant ensuite que cette localité a su sauvegarder y compris le parler amazighe. 

Des mets en général à base de semoule de blé ou d’orge  agrémentés de légumes frais de saison, des préparations à base de légumes secs ou autres fruits secs et friandises pour égayer les ambiances. 

Une richesse indéniable avec à chaque fois des nuances pour aboutir à une profusion de noms : Charchem, Chakhchoukha, Bissar (sauce à base de fèves sèches commun à plusieurs régions du pays), Barboucha, Ftir, Trid,Ftat, Rechta, Roggag, etc. C’est, selon les témoignages, une occasion de réunir la famille car les repas sont collectifs et organisées en général chez la personne la  plus âgée. Parfois le rituel dure plusieurs jours. 

«Les deux premiers jours on sert des repas chauds (El Hami) mais au troisième les femmes ne cuisinent pas d’où le terme ‘’El Bared’’ avec par exemple Lamkhelat», explique la représentante de la ligue des activités féminines techniques et traditionnelles de la wilaya de Ain Témouchent. Ici la tradition veut également qu’on confectionne des petits sacs en tissus (zouada) qu’on remplit de friandises et de fruits secs et qu’on distribue aux enfants.

Un intérêt particulier est également accordé aux tenues vestimentaires traditionnelles qu’on arbore à l’occasion. C’est notamment le cas à Ghardaïa où les festivités s’accompagnent également par des rassemblements familiaux et l’exhibition des tapisseries pour décorer les intérieurs. «Traditionnellement, les enfants portant leurs plus beaux habits se regroupent autour de nos personnes âgées qui leur racontent les histoires des temps passées», explique le représentant de l’association Inkres. 

Même constat à Tipasa où, selon le représentant d’un Office local du tourisme, une seule table réunit enfants, adultes et personnes âgées avec, là aussi, un moment privilégié pour les enfants d’apprécier la narration de contes inspirées de la tradition.

Le grand Sud ne déroge pas à la règle avec, selon les représentantes des associations participantes, El Assala et El Ibdaa de la wilaya d’Illizi, le port d’un habit spécial Nayer. 

Les enfants sont associés à la célébration comme par exemple à M’sila, mais aussi dans d’autres régions comme à Béjaïa où, selon des témoignages, un choix est porté sur le plus jeune garçon qu’on place à l’intérieur d’une «gasaa» (récipient servant à la préparation du couscous notamment) et sur lequel on verse  des friandises pour symboliser la volonté d’offrir un avenir radieux aux générations futures. «Ellemma El A’ilya» (le rassemblement familial) est également de mise à Aïn Defla.

Les habits traditionnels sont mis à l’honneur à Annaba, Taref, Constantine, à Jijel ou à Tlemcen. Cette wilaya a participé avec trois stands dont celui de l’association Tagrart, référence à un des anciens noms de la ville, selon la représentante de l’association qui expose toute la gamme des préparations traditionnelles dont celles qui sont servies à l’occasion de Yenayer. 

Mais l’événement marquant  dans cette wilaya reste sans conteste les festivités qui se déroulent à Beni Senous. Une célébration de rue collective dénommée Ayred et qui a subsisté à travers les âges. Certains masques utilisés lors des performances sont exposés à l’occasion.

Un film vidéo est projeté en boucle pour donner au public un aperçu sur cette façon de célébrer cette date mais il ne s’agit que d’un aspect particulier qui a en outre évolué dans le temps. 

On avait tendance à considérer qu’il s’agissait d’un carnaval (à cause des masques et des déguisements) mais cette idée est réfutée par un homme de théâtre comme Ali Abdoun, natif de la région et qui a effectué des recherches à son échelle. Il a mis en avant le fait que les performeurs jouent de véritables rôles et que la scène montrée au public raconte une véritable histoire. 

Celle-ci est soutenue par des rythmes et des incantations nécessaires pour rassembler et faire adhérer le public. Quoiqu’il en soit cette théâtralisation annuelle ajoute une dimension particulière à la célébration.

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