Michel Bisac, président de la CCI France-Algérie : «En Algérie, on ne ressent aucune agressivité à l’égard des Français»

20/03/2025 mis à jour: 13:16
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Michel Bisac, président de la Chambre de Commerce et d’Industrie algéro-française (CCIAF) ( photo : dr)

Michel Bisac est depuis 2018 président de la Chambre de commerce et d’industrie (CCI) France-Algérie qui compte près de 2400 entreprises françaises et algériennes membres. 

Il est également directeur général des Pages Maghreb, annuaire qui joue un rôle important dans la mise en relation des entreprises algériennes avec des marchés qui ne peuvent pas être rejoints en ligne. 

Fin connaisseur des échanges franco-algériens, il n’est pas très rassuré sur la tournure de ce que Bruno Retailleau appelle «riposte graduée» vis-à-vis de l’Algérie.Interrogé à ce sujet par notre confrère de la presse régionale La Dépêche du Midi, il marque son inquiétude face à l’escalade actuelle qui pourrait impacter lourdement le commerce bilatéral, notamment pour les petites et moyennes entreprises (PME) : «A terme, elle va forcément poser de gros problèmes.» 

Il ne comprend pas la démarche du ministre de l’Intérieur, appuyé par d’autres ministres, tel Gérald Darmanin, ministre de la Justice, démarche amplifiée et déformée par les médias qui n’analysent rien : «Pour des visées qui relèvent, à mon avis, de la politique politicienne, on ne parle que d’OQTF ou de délinquance algérienne, et on en arrive à des choses qui sont quand même assez délirantes. 

Sur ces sujets, on ne parle que du cas algérien. Tous les politiques y vont de leur petite phrase, et il est certain que cela va poser des problèmes économiques et commerciaux. En Algérie, je tiens à le dire, dans la vie du quotidien, on ne ressent aucune agressivité à l’égard des Français.»
 

«DE NOMBREUX PATRONS M’ONT DÉJÀ FAIT PART DE LEUR INQUIÉTUDE»

Rappelant le nombre important et difficile à chiffrer de Franco-Algériens et d’Algériens en France, il met en avant le cas personnel de son entreprise : «Pour donner un exemple, dans mon entreprise de 145 salariés, tous les employés ont des parents qui vivent en France. Cette relation entre nos deux pays, qu’on le veuille ou non, est impossible à casser.»

Et il ajoute que ceux qui croient le contraire se trompent : «Nos politiques imaginent aujourd’hui qu’on pourrait facilement se passer de l’Algérie. Mais je pense sincèrement que c’est une erreur.»

Il fait les comptes des importations algériennes, même si elles sont en baisse ces dernières années : «L’Algérie se fournit beaucoup en France : près de 4,8 milliards d’euros d’importations en 2024, en hausse de 6,6% par rapport à 2023. Si on venait à perdre ce marché, combien de temps va-t-il nous falloir pour trouver des clients qui soient capables de compenser ?

 C’est une vraie question. A l’heure actuelle, près de 6000 entreprises françaises travaillent avec l’Algérie (environ 400 sont présentes sur le sol algérien). La plupart sont des PME, par essence plus fragiles que les grands groupes. 

Si, par exemple, vous avez une commande à l’export de 200 000-300 000 euros qui est bloquée en douane, il y a un impact immédiat pour ces entreprises. De nombreux patrons m’ont déjà fait part de leur inquiétude.»Même chose pour les importations en provenance d’Algérie, même s’il s’agit en grande partie d’hydrocarbures. 

A  ce propos, il confie : «Le vrai sujet, ce n’est pas ce que nous achetons à l’Algérie mais ce que nous lui vendons. Et à ma connaissance, sur les hydrocarbures, secteur qui tient moins compte des tensions diplomatiques, il n’y a pas de conséquences à l’heure actuelle sur les contrats en cours avec Total ou Engie.»Comme quoi il faut savoir raison garder !   

France 
De notre correspondant  Walid Mebarek

 

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