Les faux frères du tourisme

24/07/2022 mis à jour: 23:02
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Lorsque l’on voit ces milliers de baigneurs agglutinés sur nos plages, parasol voilé contre parasol voilé et table contre table, on est en droit de se demander si on peut les appeler touristes, comme les comptabilisent les pouvoirs publics, services du ministère du Tourisme et de l’Artisanat et ceux de la Protection civile qui en comptent des millions pour chaque plage en une seule saison estivale.

Une arithmétique dont ils ont le secret, car on ne connaît pas ni vu de système pour apprécier à sa vraie valeur cette fréquentation. En fait, on multiplie tous les 2 mètres, espace estimé d’un baigneur allongé, par les 60 jours de l’été. Plus la plage est longue et plus il y a de millions de touristes.

Selon la définition la plus admise, «un touriste est celui ou celle qui voyage pour son plaisir, pour se détendre, s'enrichir, se cultiver». Pour l'Organisation mondiale du tourisme (OIT), «ce n'est plus seulement toute personne en déplacement hors de son environnement habituel, c'est un ensemble plus vaste d'activités et de pratiques extrêmement variées».

Sachant cela, les estivants algériens qui se bousculent sur nos plages répondent-ils à cette définition ? Difficile à dire. Ceux qui en doutent tempèrent l’appellation des officiels et les qualifient d’estivants. Il y a bien entendu des exceptions pour privilégiés : la clientèle et les habitués d’endroits enclos et huppés où il faut montrer patte blanche.

Ces estivants qu’ils aient choisi des établissements hôteliers et ce qui leur ressemble de loin, ou de loger chez l’habitant forment cette masse qui se rue vers les villes côtières.

Elles deviennent alors des «villes touristiques», alors qu’elles sont dépourvues des services touristiques indispensables comme un encadrement rigoureux de l’hébergement et de la restauration, du transport et d'un plan de circulation, de services publics, sanitaires, bancaires, de centres d’information et d’orientation et d’agences de tourisme, de salles de spectacles, et… de toilettes publiques.

Pour certaines destinations et pour plaire à ses habitants, on confond délibérément «ville touristique» avec ville qui a «des atouts touristiques», qui restent à mettre en valeur avant que le tourisme de masse n’en ait eu raison.

L’autre catégorie de touristes, celle qui vient de l’extérieur, ne répond pas non plus tout à fait à cette définition, car pour la grande majorité, il s’agit de nationaux qui rentrent au pays pour les congés et vont aller grossir les rangs des estivants sur les plages à la propreté douteuse.

Il y a cependant quelques centaines de ressortissants étrangers qui viennent en touriste au sens propre du mot. Ils visitent La Casbah d’Alger et Ghardaïa en passant par El Goléa.

Ils poussent parfois jusqu’au fond du désert, dont on leur a décrit les paysages sublimes. Ils se promènent aussi dans les grandes villes du pays, où les services élémentaires existent, et font des excursions vers les sites antiques de Tipasa, Djemila et Timgad. Ils ne viennent certainement pas pour passer des vacances à la plage, comme c’est le cas des vrais millions de touristes qui visitent les pays voisins.

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