Le football féminin se démocratise en Algérie : Un parcours long et un combat au quotidien

08/03/2023 mis à jour: 07:45
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Inexistant dans le paysage footballistique national autrefois, le football se conjugue aujourd'hui au féminin en Algérie et gagne même du terrain. Il a certes évolué à l'ombre du football masculin, mais tend à se démocratiser en dépit de toutes les embûches et les difficultés du terrain. 

Depuis que la FIFA s'est intéressée et encourage le développement du football féminin par des subventions et aides au même titre que le football régulier homme, la multiplication des manifestations féminines touchant ce sport en Algérie a permis de le faire sortir de son hibernation.

Pour l’histoire, le premier club féminin algérien à avoir acquis la licence professionnelle de football féminin est l'Afak Relizane. Créé en 1997, il tient les premiers rôles depuis des années : il a remporté dix fois le championnat d'Algérie du football féminin et obtenu deux titres de champion du Maghreb. L'Afak fait désormais partie des 33 formations africaines ayant bénéficié de cette licence. L'émergence de certaines formations, à l'instar de l'Afak Relizane (club le plus titré en Algérie avec 9 titres), du Football Club d’Akbou (FCA), ou encore l'ASE Alger-Centre, a grandement contribué à fournir des joueuses talentueuses appelées à participer à la sélection nationale.

Le premier championnat féminin du pays a été lancé en janvier 2009, avant de devenir semi-professionnel à partir de 2012, mais le peu de considération et d'attention que les pouvoirs publics accordent au sport féminin ne lui permet pas de décoller. Néanmoins, les choses bougent tout doucement. En août dernier, la FAF a signé un protocole d'accord avec la Fédération norvégienne de football (Norges Fotballforbund) portant sur la formation d'entraîneurs spécialisés. D'une durée de deux ans, cette convention permettra l'organisation de «cycles de formation des techniciennes dans le but de couvrir les besoins du football national en matière d'encadrement des jeunes footballeuses, d'en assurer le suivi-évaluation (ainsi que d'accompagner), l'augmentation du nombre de pratiquantes», selon le communiqué de la FAF.

De son côté, le bureau fédéral (BF) de la Fédération algérienne de football (FAF) vient également de rendre obligatoire pour tous les clubs de première division, dès la saison prochaine (2023-2024), la création d'une section féminine, conformément à la réglementation et aux exigences du nouveau cahier des charges de la Confédération africaine de football (CAF). D'ailleurs, depuis la création d'une Ligue 1 féminine, les Algériens, connus pour leur amour du foot, sont beaucoup plus exposés aux images de femmes jouant en short, comme les hommes. Aujourd’hui, l'équipe nationale féminine de football pointe à la 79e place dans le classement FIFA. Sur le plan continental, l'Algérie est en 9e position, loin derrière le Nigeria et le Cameroun cependant, qui occupent respectivement la première et la deuxième places.

Il y a certes du chemin à faire mais aussi du retard à rattraper et des inégalités à effacer. Les joueuses et dirigeants du football féminin font face à certaines difficultés. Il y a, faut-il le dire, une inégalité entre le football masculin et féminin, notamment en termes de salaire et de représentation des médias. Les Ligues nationales ne sont pas toujours bien adaptées pour soutenir la pratique sportive des femmes et les stades disponibles ne correspondent souvent pas aux normes requises pour les compétitions internationales. De plus, il existe toujours un manque d'investissement financier qui empêche les clubs féminins de pouvoir payer des salaires équitables aux joueuses et leur permettre d'atteindre leurs objectifs professionnels.

Selon l’ex-joueuse Fatma Aït Izem, «le football féminin en Algérie a besoin de plus d’attention des pouvoirs publics». L’ex-joueuse de l’APDSF Tizi Ouzou et de l’ASJ Khemis Miliana lance un appel solennel en direction des pouvoirs publics, pour accompagner le football féminin et lui permettre de prendre une autre dimension. «Sans les moyens financiers, les joueuses ne peuvent progresser et prendre une autre dimension dans leur carrière. Il faut que les hauts responsables de l’Etat soutiennent les joueuses et tous ces clubs féminins de football éparpillés un peu partout en Algérie, en les aidant financièrement, pour qu’elles puissent avancer dans leur carrière. Sans les moyens financiers, matériels et humains aussi, on ne peut pas avancer.»  «Il n’y a plus de tabous maintenant pour pratiquer le football chez les filles. Les parents laissent leurs filles jouer au ballon comme d’autres disciplines», explique l'ex-footballeuse à la presse sportive spécialisée.

D'autres préoccupations sont mises en avant par les professionnelles de cette discipline sportive. Aïcha Hamideche, attaquante de l’Afak Relizane, estime qu’il y a une différence de taille entre les hommes et les femmes en matière de prise en charge à longueur de saison. «Il n’y a pas de moyens de récupération pour nous les joueuses comme les joueurs dans les différents clubs en Algérie, même ceux de paliers inférieurs, où ils ont le sauna, la piscine pour récupérer, des bains glacés et le jacuzzi pour reprendre des forces. Alors que nous, les joueuses, nous avons aussi besoin de tout ça, mais on ne l’a pas et c’est bien dommage», explique-t-elle. Aïcha Hamideche espère tout de même que durant les saisons à venir le statut des joueuses professionnelles sera revu sur le plan finance.

Un avis totalement partagé par la présidente de JF Khroub, Nadjma Derradji. «On ne peut gérer un club de l’élite avec ses différentes catégories et faire face à toutes les charges, restauration, hébergement, transport et autres dépenses, avec des miettes. Les responsables locaux de la wilaya et de l’APC, de l’APW et de la DJS doivent accompagner ces joueuses dans leur carrière en soutenant les clubs financièrement. Par rapport à ce que les clubs de football homme touchent comme subventions, il y a vraiment un fossé et ce n’est pas du tout juste et logique. Il n’y a pas cette égalité entre les clubs féminins et les clubs professionnels de l’élite», conclut-elle en espérant que, «dorénavant, il y aura un changement dans l’intérêt du football féminin»

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