L’ambassadeur d’Algérie à l’ONU dénonce le veto américain : «L’histoire vous jugera»

22/02/2024 mis à jour: 03:03
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Amar Bendjama, ambassadeur d’Algérie à l’ONU - Photo : D. R.

Amar Bendjama réitère l’engagement à reprendre l’initiative pour exiger «l’arrêt du bain de sang en Palestine».

Le veto américain contre la résolution algérienne en faveur d’un cessez-le-feu à Ghaza suscite une vive indignation. Des réactions se multiplient depuis mardi soir, pour dénoncer l’échec du Conseil de sécurité de l’ONU à mettre un terme à une entreprise génocidaire contre les Palestiniens. 
La première est venue du représentant permanent de l’Algérie auprès des Nations unies, Amar Bendjama.

S’exprimant juste après la séance du vote, il affiche «ses regrets face à l’échec du Conseil de sécurité à être, une fois de plus, à la hauteur des appels et des aspirations du peuple concernant un cessez-le-feu à Ghaza».

Assurant que l’Algérie «ne s’arrêtera pas avant que le Conseil n’assume toutes ses responsabilités et appelle à un cessez-le-feu», le diplomate algérien souligne que cet échec «ne dispense pas le Conseil de ses responsabilité». «Ce projet de résolution transmet un message fort aux Palestiniens.

C’est que le monde ne reste pas silencieux face à leur sort. Malheureusement, le Conseil n’a pas réussi, une fois de plus, à répondre aux appels et aux aspirations des peuples», lance-t-il.

Et d’ajouter : «C’est un échec qui ne le dispense pas de s’acquitter de ses responsabilités ni qui exempte la communauté internationale de ses devoirs envers le peuple palestinien sans défense, et ne dispense pas les autorités d’occupation de l’obligation d’appliquer les mesures provisoires de la Cour internationale de justice.»

L’ambassadeur adresse, dans la foulée, «un message au groupe international, pour l’appeler à répondre aux demandes d’arrêt des tueries visant les Palestiniens en exigeant un cessez-le-feu immédiat, et que quiconque fait obstacle à ce cessez-le-feu doit revoir ses politiques et ses calculs».

«Car les mauvaises décisions d’aujourd’hui auront demain des conséquences sur notre région et sur le monde, avec la généralisation de la violence et l’instabilité. Interrogez-vous et interrogez votre conscience sur le résultat de vos décisions et comment l’histoire vous jugera», déclare-t-il en s’adressant notamment aux Etats-Unis, qui est l’unique membre du Conseil de sécurité à faire barrage à cette résolution.

Washington mis à l’index

Amar Bendjama réitère l’engagement à reprendre l’initiative pour exiger «l’arrêt du bain de sang en Palestine». «Ce soir, nous enterrons nos martyrs en Palestine.

Demain, l’Algérie reviendra, au nom de la nation arabo-musulmane et des hommes libres de par le monde, et avec nous, les âmes des milliers d’innocents assassinés par l’occupant israélien dans l’impunité la plus totale, pour frapper aux portes du Conseil et exiger l’arrêt du bain de sang en Palestine», promet-il.

Poursuivant, il souligne que la «situation actuelle exige que chacun œuvre pour faire respecter les principes et les objectifs des Nations unies, assurer la protection nécessaire au peuple palestinien et mettre fin à la l’injustice historique dont ils sont victimes».

«Les peuples de notre région considéraient et considèrent toujours le Conseil de sécurité comme le symbole de la légitimité internationale, malheureusement, il les a déçus une fois de plus», enchaîne-t-il, exprimant sa gratitude aux pays ayant voté en faveur de la résolution et ceux qui ne sont pas opposés à son adoption.

Le veto américain a provoqué également un courroux mondial. La Chine, membre permanent du Conseil de sécurité, affirme que la décision des Etats-Unis «rendrait la situation plus dangereuse dans l’enclave palestinienne». «Les Etats-Unis étaient encore une fois seuls à imposer leur veto, rendant la situation à Ghaza plus dangereuse», déplore, au cours d’un point de presse, la porte-parole du ministère chinois des Affaires étrangères, Mao Ning.

Même indignation y compris aux Etats-Unis, où le sénateur indépendant Bernie Sanders s’est dit «scandalisé» par l’attitude de son pays qui, de par son geste, se place en «complice» avec l’Etat hébreu dans son agression contre des enfants et des civils sans défense. «Le monde entier nous regarde. Nous ne pouvons pas être complices de cette atrocité», déclare-t-il dans un message vidéo posté sur la plateforme X.

Pour sa part, la Ligue arabe dénonce vigoureusement, par la voix de son secrétaire général, Ahmed Aboul Gheit, le recours des Etats-Unis à leur droit de veto pour faire avorté ce projet. Selon lui, cette attitude «confirme à nouveau la responsabilité politique et morale de Washington dans la poursuite de l’agression sioniste contre la Bande de Ghaza».

Il exprime aussi son «profond regret» que ce soit la troisième fois que les Etats-Unis adoptent une telle attitude depuis le début de l’agression israélienne, déplorant que «les positions américaines réduisent la crédibilité du système international et renforcent l’état de paralysie dont témoigne l’ONU».

L’Organisation de la coopération islamique (OCI) fait, elle aussi, part de ses profonds regrets face à l’énième échec du Conseil de sécurité de l’ONU à adopter un projet de résolution visant à mettre fin à l’agression militaire brutale de l’occupant israélien contre la Bande de Ghaza. Pour l’OCI, «cet échec reflète l’incapacité du Conseil de sécurité à maintenir la paix et la sécurité internationales».

Dans le même sens, le royaume d’Arabie Saoudite affirme «qu’il était plus que jamais nécessaire de réformer le Conseil de sécurité, pour qu’il s’acquitte de ses responsabilités en matière de maintien de la paix et de la sécurité internationales avec crédibilité et sans deux poids, deux mesures».

Même son de cloche en Jordanie, dont le porte-parole du ministère des Affaires étrangères, Sufyan Al Qudah, déplore «l’incapacité du Conseil de sécurité à mettre fin à l’agression contre la Bande de Ghaza».
 

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