La nouvelle révolution palestinienne

16/05/2024 mis à jour: 01:44
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Ce 15 mai, les Palestiniens ont commémoré dans la douleur le souvenir de la «Nakba», «catastrophe» en arabe. C’est le 76e anniversaire de cet événement traumatique ancré dans la mémoire collective palestinienne.

Et c’est le même chiffre que celui célébrant chez les Israéliens la création de l’Etat hébreu. Cette concordance des anniversaires n’a rien de fortuit : l’Etat sioniste a été créé officiellement le 14 mai 1948. Et les Palestiniens ont décrété le 15 mai «jour de deuil et de colère». C’est que l’Etat juif s’est élevé sur une montagne de morts et sur les terres arrachées à plus de 800 000 Palestiniens exilés sauvagement de leurs foyers au terme d’une véritable opération de nettoyage ethnique.

En vérité, la «Nakba», ce n’est pas une expropriation qui s’est produite en un jour. C’est une entreprise de colonisation caractérisée exécutée par le mouvement sioniste armé sur près de deux ans, de 1947 à 1949. Cela a commencé dès le lendemain de l’adoption par l’ONU du plan de partage de la Palestine le 29 novembre 1947. L’Irgoun, la Haganah, Palmach, le groupe Stern, le Lehi…

Des noms de milices sionistes paramilitaires de sinistre mémoire qui ont semé la mort et la terreur dans les villages arabes de Palestine pour extirper les Palestiniens de leur humus ancestral. 70 massacres au moins. 15 000 morts. Il y avait, selon les statistiques des Nations unies, quelque 1,4 million de Palestiniens qui vivaient dans la région. Les trois quarts seront chassés de chez eux.

Ils seront répartis entre la Cisjordanie, la bande de Ghaza et les pays arabes voisins. On les surnomme aujourd’hui encore «les réfugiés de 1948». La population de Ghaza est constituée à 66% d’anciens réfugiés de 48 et leurs descendants. Dès lors, leur supplice est double, eux qui, après avoir subi l’affreux arrachement de 1948, les voici en train de vivre un remake des massacres de la première Nakba avec un surplus de brutalité. Plus de 35 000 Ghazaouis ont été décimés en quelques mois et 90% de la population est soumise à plusieurs déplacements forcés.

Et Israël n’est toujours pas repu du sang des Palestiniens. Tous les jours, des centaines de Deir Yassin sont reproduits (du nom de ce village palestinien massacré le 9 avril 1948) sans que le monde ne bouge. La barbarie a gangrené les écrans de télévision, les smartphones, éclaboussé les frontons des institutions internationales… L’impression d’assister à une double Nakba : celle des Palestiniens massacrés, mutilés, exilés. Et celle d’une communauté internationale sinistrée. Sidérée. D’un droit international malmené.

Ce socle juridique «merveilleux» qui reconnaît le droit à l’autodétermination, qui reconnaît le droit à la lutte pour les peuples opprimés et qui reconnaît le droit au retour. C’est écrit noir sur blanc dans la Résolution 194 adoptée par l’Assemblée générale des Nations unies le 11 décembre 1948. Qui reconnaît, oui, aux Palestiniens déportés de retourner dans «les terres de 48» ; ces chères terres qui se trouvent dans la «gueule du loup», comme dirait Kateb Yacine. Cela fait 76 ans que cette résolution a été adoptée et cela fait 76 ans qu’elle est restée lettre morte.

Cependant, malgré toutes les atrocités de la Nakba de 2024, malgré l’ampleur de la destruction, malgré les 35 000 morts, malgré la famine, les maladies, la peine, la tristesse, la terreur, malgré l’incommensurable solitude de Ghaza devant l’indifférence du «monde libre», l’espoir est plus que jamais permis pour la Palestine occupée. Car Israël a affaire aujourd’hui à une autre génération de Palestiniens. C’est une jeunesse résiliente qui a su se transcender, se sublimer, transformer le traumatisme de la Nakba en viatique et en carburant de lutte. Et tôt ou tard, cette génération fera plier la fatalité.

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