La nomination de Sigrid Kaag fait grincer des dents des israéliens

30/12/2023 mis à jour: 05:25
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Pendant que les bombardements incessants et intensifs ciblaient de nombreux quartiers au sud et au nord de Ghaza, faisant plus d’une centaine de morts, notamment des femmes et des enfants, et poussant des milliers de civils à l’exil, le secrétaire général de l’ONU désignait, mardi dernier, Sigrid Kaag, ministre des Finances et vice-Première ministre des Pays-Bas, au poste de coordinatrice de l’aide humanitaire et de la reconstruction de Ghaza, qui aura pour mission, dès le 8 janvier 2024, de «mettre en place un mécanisme des Nations unies pour accélérer l’acheminement de l’aide humanitaire à Ghaza». 

Maîtrisant six langues, dont l’arabe, cette diplomate chevronnée de l’ONU avait annoncé mardi, à travers son compte X (anciennement Twitter), sa démission de son poste de ministre des Finances et de vice-Première ministre pour sa nouvelle mission, en affirmant avoir «accepté cette mission spéciale dans l’espoir de contribuer à un avenir meilleur», précisant que «la paix, la sécurité et la justice ont toujours été mes motivations».

Une mission qui relève, pour bon nombre d’experts, de l’impossible tant que l’entité sioniste poursuit ses bombardements contre Ghaza, cette enclave assiégée, privée d’électricité, d’eau, de structures de soins, de médicaments, de nourriture et de carburant, engendrant «des conditions de vie ayant atteint des niveaux cauchemardesques», avait déclaré le premier responsable de l’Organisation mondiale de la santé (OMS), après sa récente visite à Ghaza. 

Sous la pression internationale, Israël n’a autorisé qu’une infime quantité d’aide humanitaire, qualifiée par l’Onu de «goutte à goutte» loin de répondre aux énormes besoins de plus de 2 millions d’habitants. Infatigable défenseur d’un cessez-le-feu humanitaire pour atténuer les souffrances d’une population civile sinistrée, qui meurt soit sous les bombes ou par famine, Guterres a pointé du doigt Israël, l’accusant «de créer des obstacles massifs à la distribution de l’aide humanitaire à l’intérieur de Ghaza».
 

«Temps sombres»

Après le rejet de cinq résolutions pour un cessez-le-feu, une sixième votée mais restée sans effet, le Conseil de sécurité a entériné une autre résolution exigeant «l’acheminement immédiat, sûr et sans entrave de l’aide humanitaire dans tous les secteurs de Ghaza». Mme Kaag sera donc chargée «d’accélérer l’acheminement de l’aide, de faciliter, coordonner, surveiller et vérifier les opérations de secours, y compris le processus complexe consistant à s’assurer que les camions d’aide sont contrôlés avant d’entrer dans l’enclave afin de garantir qu’ils ne transportent pas de matériel non humanitaire», lit-on dans le communiqué du secrétariat général de l’ONU. Mme Kaag s’est illustrée par ses déclarations sur la situation humanitaire à Ghaza.

Il y a un mois, cette ancienne haut fonctionnaire de l’Unrwa (Office de secours et de travaux des Nations unies pour la Palestine et dans le Proche-Orient), ex-sous-secrétaire générale au Pnud (Programme des Nations unies pour le développement) et ancienne coordinatrice spéciale des Nations unies pour le Liban, a affirmé «le droit d’Israël d’exister et de se défendre, mais», a-t-elle précisé, «en ces temps sombres, il est important que les actes de guerre respectent le droit international et le droit humanitaire de la guerre, afin d’éviter les victimes civiles innocentes et de permettre qu’une aide humanitaire adéquate soit fournie à temps». 

Des propos que le gouvernement raciste de Netanyahu n’a pas oubliés. Alors que son nom n’était pas encore rendu public, le gouvernement de l’Etat hébreux a averti qu’il ne travaillera pas avec «des fonctionnaires parmi ceux qui ont soutenu la propagande du Hamas contre Israël». Faisait-il allusion à Mme Kaag ? La question s’impose, surtout que la presse israélienne n’a pas manqué de rappeler que Mme Kaag «est l’épouse d’Anis Al Qaq, un haut responsable de l’Autorité palestinienne (…)». 

La diplomate a même une histoire controversée avec Israël, puisqu’elle s’était, par le passé, opposée au Premier ministre néerlandais de l’époque, Mark Rutte, au sujet de sa relation qu’elle jugeait «trop amicale» envers l’Etat hébreu, a écrit un site israélien. «Elle a également travaillé avec la reine Rania de Jordanie qui s’est illustrée par ses propos anti-israéliens après l’attaque du 7 octobre du Hamas.» La tâche de la nouvelle coordinatrice s’annonce donc très difficile.

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