La mouche de la banane

15/04/2024 mis à jour: 06:59
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Quelle «mouche de la banane» a donc piqué les importateurs de ce fruit exotique pour décider de «faire monter les enchères» ? On est en droit de s’interroger sur ce fait troublant, suscitant une vive polémique, et qui n’est pas passé sans provoquer la colère du ministre du Commerce, Tayeb Zitouni, au premier jour de l’Aïd El Fitr. 

Dans pareilles circonstances, il est tout de même inédit de voir un ministre appeler les consommateurs à boycotter la banane, dont les prix ont flambé subitement en cette période de l’année. Ceci n’empêche pas d’avancer quand même, sans le risque de se tromper, que la majorité des Algériens, déjà laminés par l’érosion du pouvoir d’achat ces dernières années, ont, par la force des choses, «boycotté» ce fruit, même symboliquement, depuis des mois. Il faut dire que la banane, dont le prix descend rarement au-dessous de la barre des 300 DA le kilo, est classée depuis longtemps comme «fruit de luxe», qui n’est pas toujours à la portée même des classes moyennes, alors que dire des pauvres. 

Mais en fait, pourquoi ce problème de la banane qui revient à chaque fois pour provoquer la polémique ? Il y a une année, jour pour jour, les problématiques qui alimentent les débats autour des questions du monopole des importateurs, des dysfonctionnements dans la distribution et de l’impact des pratiques informelles avaient été posées au sujet du commerce de la banane. Les observateurs avaient la ferme certitude que ce marché a besoin d’une vigoureuse organisation. On se souvient que durant le mois d’avril 2023, le kilo de ce fruit n’était pas cédé à moins de 800 DA.

 Au mois de juillet 2022, il avait atteint 1000 DA. Donc, la flambée des prix n’est guère un fait nouveau. Comme mesure décidée pour stabiliser les prix, le ministère du Commerce avait opté pour un nouveau cahier des charges afin de mieux encadrer l’activité de l’importation et mettre fin au monopole de certaines personnes. Le but était en fait d’ouvrir le marché à un plus grand nombre d’intervenants et en finir avec le diktat d’un groupe qui «faisait la pluie et le beau temps» sur le marché de la banane, qualifié de véritable régulateur des prix pour les autres fruits. Mais il est dit que les dysfonctionnements du circuit de distribution, dominé par les réseaux informels, échappant au contrôle des services du commerce, et l’absence de chiffres sur le marché et la consommation de ce produit demeurent pour beaucoup dans l’instabilité des prix. 

Même les initiatives d’encourager la production de la banane locale, lancée dans des wilayas comme Tipasa et Jijel, ne suffiront pas à concurrencer le produit importé sur les plans de la quantité et de la qualité et surtout du coût. Après tout, la banane, un fruit importé à 100%, obéit aussi aux règles de l’offre et de la demande, comme l’avait déjà avancé le ministre du Commerce, Tayeb Zitouni, il y a une année. Malheureusement, le nouveau cahier des charges et l’augmentation des quotas d’importation n’ont pas eu un effet durable. 

Ainsi, et malgré le doublement des quantités importées passées à 320 000 tonnes en 2023, selon les chiffres du ministère du Commerce, cela n’a pas empêché cette hausse. Après une période d’accalmie où la banane s’arrachait comme des petits pains sur les étals des marchés, il est venu un temps où elle est cédée à un prix excessif, entre 450 et 500 DA le kilo. 
Spéculation, absence de contrôle ou mainmise de l’informel, le problème de la banane risque de durer dans le temps, tant que le marché algérien reste miné par l’anarchie et n’obéit à aucune logique. 


Une dernière question avant de terminer : les consommateurs algériens vont-ils vraiment boycotter la banane ? 

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