Contribution / L’extermination par le feu, les chambres à gaz et la torture

17/03/2025 mis à jour: 20:43
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I - Introduction 
 

Les enfumades, les chambres à gaz et la torture, innovées par l’armée française durant la Guerre de Libération.

Les enfumades et le gaz

Comme pour venger leurs échecs, les généraux français n’épargnent rien. C’est ainsi que, dans le Dahra insurgé en juin 1945, périt la tribu des Ouled Riah, emmurée dans une grotte par un feu entretenu toute la nuit au niveau des accès. Femmes, enfants, vieillards, qui espéraient s’y réfugier, hommes et bêtes moururent asphyxiés. 

Dehors, le général Pélissier et ses hommes alimentaient le feu, insensibles aux cris, aux gémissements et à l’agonie des hommes, des femmes et des enfants.

     • Les enfumades du Kouif dans la région de Tébessa
     • Le 4 mai 1959, 112 femmes et enfants, réfugiés dans une grotte du douar Terchioui, dans le Kouif, sont décimés à la grenade et au gaz.
    • L’armée française a innové durant la lutte de libération : les caves à vin ont remplacé les fours crématoires durant la Seconde Guerre mondiale. 41 Algériens sont morts asphyxiés dans ces caves à vin.
• Le meurtre collectif était devenu banal, la mort un fait ordinaire et la torture est passée du stade «artisanal» à celui «industriel». L’armée française a innové des méthodes barbares pour accentuer le meurtre collectif et les enfumades.

II - La torture généralisée 

Le général Bugeaud a devancé les nazis qui ont institué, pendant la Seconde Guerre mondiale, les chambres à gaz et la torture. Quant au général Massu, il s’est réjoui de la pratique de la torture, qu’il a instituée légalement par une circulaire du 19 mars 1957, diffusée à toute l’armée, en écrivant ceci :
«La condition sine qua non de notre action en Algérie est que ces méthodes soient admises, en nos âme et conscience, comme nécessaires et moralement admises.»

Comme s’il avait une conscience ! Lui qui vient, soi-disant, d’un pays de tradition libérale, a souillé ses institutions, son armée, corrodée par la pratique de la torture.

C’est à Monsieur Teitgen, secrétaire général chargé de la police d’Alger, que l’on doit de savoir que Monsieur Audin, assistant à la faculté des sciences d’Alger et membre du Parti communiste algérien, prétendument évadé le 4 juin 1957, a été en réalité étranglé par le lieutenant parachutiste Charbonnier.

Paul Teitgen fut amené à signer 24 000 assignations à résidence. Sur ce nombre, d’après ses propres déclarations publiques, 3024 individus devaient disparaître, morts sous la torture ou sommairement exécutés. Ce chiffre est sans aucun doute inférieur à la réalité, car les militaires ne déclaraient pas toutes les arrestations.


A Alger même, la ville est divisée en plusieurs sous-secteurs, chacun ayant son propre «centre de tri» équipé d'une salle de torture.

La villa Sésini, domaine du premier régiment étranger de parachutistes, est l’un de ces centres.
L’immeuble d’El Biar, où furent torturés Henri Alleg et assassiné Maurice Audin.

Quant au colonel Trinquier, chef du service «action-renseignement», il centralise les informations et prend les décisions importantes. Il s’affirmera comme un véritable spécialiste de la torture, dont il fera la théorie dans son livre La moderne, La Table Ronde, Paris, 1961.

III - Conclusion

Sous le couvert des violentes conquêtes coloniales, les plus grands crimes contre l’humanité ont été commis.

Je ne cesserai de protester par la plume et la parole, même si nous, Algériens, avons été éduqués à la clémence et au pardon. Mais nous n’avons pas le droit d’oublier.
 

Par Kamel Fenniche, ambassadeur d’Algérie au Kazakhstan
 

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