Ils tentent souvent de rejoindre l’Italie depuis la Libye : Le rêve d’Europe des Egyptiens embarquant en Méditerranée

01/07/2023 mis à jour: 03:08
AFP
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200 Egyptiens sont morts en juin dernier après le naufrage de leur embarcation

Fuyant pauvreté et répression, sans projet d’avenir, de plus en plus d’Egyptiens tentent de rejoindre l’Europe, souvent au péril de leur vie comme les dizaines d’entre eux pris dans le récent naufrage en Grèce. «J’ai parlé à mon fils pour la dernière fois le soir du 7 juin : il m’a dit qu’il embarquait» deux jours plus tard, raconte le père d’un disparu de 14 ans dans le naufrage la nuit du 13 au 14 juin d’un chalutier vétuste et surchargé au large du Péloponnèse. 

«Dans notre village, des jeunes partent régulièrement sans prévenir leur famille, c’est ce qui nous est arrivé : j’ai appris que mon fils était parti (...) en Libye où il est resté 15 jours avant de prendre la mer», poursuit l’homme qui refuse de donner son nom. Dans son seul village de Naamna, dans le delta du Nil, l’ONG Refugees Platform in Egypt (RPE) a recensé 13 disparus, dont neuf mineurs. 

Selon les autorités, 43 Egyptiens ont survécu. RPE a, de son côté, reçu des dizaines d’appels de familles toujours sans nouvelle. Rien que dans deux villages de la province d’Al Charqiya, elles étaient plus de quarante. Jusqu’ici, 82 corps ont été sortis des eaux après ce naufrage, probablement l’un des plus graves en Méditerranée. 

Mais, selon l’ONU, entre 400 et 750 passagers se trouvaient sur le chalutier, dont des femmes et des enfants. «On ne sait pas combien d’Egyptiens étaient à bord et les autorités n’ont pas annoncé le nombre d’Egyptiens disparus», affirme Nour Khalil, directeur de RPE. 

Seul un présentateur de talk-show proche du régime s’est aventuré à donner un chiffre : selon lui, 200 Egyptiens étaient à bord. Le père du jeune disparu, lui, attend toujours des nouvelles. «On est allé au ministère des Affaires étrangères faire un prélèvement ADN», dit-il à l’AFP. Mais «on ne sait rien et personne ne nous tient informés».
Un tiers des mineurs isolés
Frontex, l’Agence européenne des frontières, a recensé de janvier à mai 50 300 arrivées de migrants en Europe via la Méditerranée centrale, la route migratoire la plus dangereuse au monde. D’autres encore ont sûrement accosté mais sans être repérés. 
 

En 2022, un migrant sur cinq arrivé en Italie était Egyptien, selon l’Agence de l’Union européenne pour l’asile (EUAA). Ils sont le premier contingent d’arrivées dans ce pays - dont un tiers de tous les mineurs isolés y arrivant -, selon Rome. La plupart, ajoute l’EUAA, tentent de rejoindre l’Italie depuis la Libye pour fuir la pire crise économique de l’histoire de l’Egypte mais aussi la «situation des droits humains» -«catastrophique» sous le président Abdel Fattah al-Sissi selon les ONG.

Le Caire se présente régulièrement en champion anti-immigration illégale, réclamant toujours plus de fonds aux Européens. En juin, le président français Emmanuel Macron saluait «un partenaire essentiel de l’Union européenne dans la lutte contre l’immigration clandestine», selon la présidence égyptienne.  Depuis 2016, aucun bateau de migrants n’a quitté la côte égyptienne. En août 2022, la Commission européenne a annoncé qu’elle verserait 80 nouveaux millions d’euros à l’Egypte notamment pour financer «la surveillance des frontières terrestres et maritimes».    
 

«Aucun futur» 

Mais pour M. Khalil, «la militarisation des frontières n’est pas une solution», elle a uniquement «déplacé le problème», car les Egyptiens prennent désormais la mer depuis la Libye.  Dans ce pays, l’ONU dénonce régulièrement «les détentions arbitraires massives» de «milliers d’hommes, de femmes et d’enfants migrants raflés dans les rues ou chez eux». Début juin, des médias libyens relayaient même des vidéos non authentifiées montrant près d’un millier d’Egyptiens expulsés et contraints de rejoindre la frontière à pied.  «Les peines pour les passeurs sont de plus en plus lourdes, les garde-côtes de plus en plus armés» et, dans ces zones militarisées, les ONG n’ont aucun accès, assure M. Khalil. 

Mais toutes ces barrières n’ont pas empêché les 13 Egyptiens du village Naamna de partir, car «tant que la nouvelle génération n’aura ni perspectives d’avenir ni possibilité de se faire entendre», les départs continueront, affirme-t-il. Parmi eux, neuf avaient moins de 18 ans car le profil des migrants égyptiens a changé. «Avant, ils allaient en Europe pour travailler quelques années, économiser et rentrer en Egypte monter une petite affaire», explique M. Khalil. 

Aujourd’hui, «la nouvelle génération ne veut pas revenir en Egypte parce qu’elle pense qu’elle n’y a aucun futur».
 

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