Elles sont en première ligne face au changement climatique : Les villes méditerranéennes en quête d’une stratégie d’adaptation

07/11/2023 mis à jour: 02:43
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Comme beaucoup de villes méditerranéennes, Alger peut s’avérer vulnérable aux changements climatiques

Qu’il s’agisse d’Alger, Athènes, Marseille ou Amman, les villes de la Méditerranée s’avèrent être fortement vulnérables et menacées par les changements climatiques. Le constat est établi par la communauté scientifique internationale.

 «C’est dans le monde de l’urbain connaissant une concentration démographique et des constructions énergivores au détriment de l’environnement que le changement climatique est devenu l’un des défis majeurs à explorer dans les champs scientifiques sur les risques sanitaires et énergétiques», soutiennent experts et urbanistes lors des travaux du Colloque international, organisé, les 6 et 7 novembre, à la faculté d’architecture et de l’urbanisme de l’université Salah Boubnider Constantine 3. 

Sous l’intitulé «Les villes de la Méditerranée face aux risques énergétiques et sanitaires», les ateliers collaboratifs ont regroupé une quarantaine d’intervenants pour débattre de cette problématique, décortiquée à travers cinq axes. 

«Ce workshop vise à identifier les principaux leviers d’actions pour examiner et débattre les défis et les risques auxquels font face les villes méditerranéennes dans ce contexte de tension sanitaire et énergétique. Nous espérons qu’il profitera aussi bien à la communauté universitaire, aux concepteurs, aux entrepreneurs et à tous les acteurs qui ont un impact sur la conception de l’environnement bâti de demain», précise le Pr Saliha Abdou, responsable du laboratoire BAPS (Bioclimatic Architecture and Passive Strategies). 

Qualifié de «hotspot» du changement climatique dans le 1er rapport d’évaluation sur la Méditerranée (MARI), publié en 2020 par le MedECC (Mediterranean experts on climate and environment change), le bassin méditerranéen regroupe aujourd’hui 22 Etats, implantés sur trois rives (nord, sud et est), cumulant ainsi 522 millions d’habitants. Cela équivaut à 6,7% de la population mondiale, où les deux tiers vivent déjà dans des territoires en perpétuelles urbanisations, notamment dans les villes. 

Ces dernières, selon les observateurs, sont confrontées à un ensemble de risques, parmi lesquels les catastrophes sanitaires (pandémies), naturelles (séismes, éruptions volcaniques, inondations) ou celles liées à l’activité humaine, dont les incendies de forêt. «Dès lors, ce changement climatique est inconfortablement lié à la pollution, à la déforestation, à la sécheresse et à l’érosion des terrains fertiles causée par les pluies diluviennes générant la désertification et la raréfaction des réserves foncières», analyse notre interlocutrice. Et d’ajouter que «les fortes densités urbaines aggravent également le degré de propagation des pandémies. L’expérience de la Covid-19 qui n’a épargné aucune population en est édifiante». 

Une vulnérabilité accentuée 

Selon différentes données, cette région connaît une augmentation régulière de 1,7% de la demande en énergie en raison de la pression démographique, la croissance économique et de l’évolution des conditions climatiques. «Si dans les villes de la rive sud les combustibles fossiles demeurent la composante dominante du bouquet énergétique, dans celles de la rive nord, les politiques se dirigent vers la diversification graduelle du mix énergétique. 

Les tensions géopolitiques actuelles, ayant mené à une hausse significative du prix du gaz et aux perturbations d’approvisionnement, ont fini par accentuer la vulnérabilité de la région», est-il expliqué. 

Pour atténuer les conséquences de cette situation, des mesures de sobriété énergétique ont été prises par certaines villes. Peu ou prou efficaces, ces dispositions interpellent une stratégie régionale associant l’ensemble des acteurs, dont les décideurs et les populations, comme l’a rappelé le Dr Mohammed Asfour. 

Ce Jordanien, spécialiste des stratégies vertes, a relevé, à travers un sondage, le profond écart existant entre la connaissance des principes environnementaux et leur application. Ainsi, 90% des personnes sondées ont répondu connaître la terminologie, mais seules 16% s’adonnent à des actions environnementales concrètes. Il est par ailleurs indiqué que des projets institutionnels et de coopération concernant l’adaptation aux changements climatiques s’efforcent actuellement d’apporter des réponses régionales au phénomène. 

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