Douze Palestiniens tués à Jenine : L’armée israélienne retire ses troupes dans l’impunité

06/07/2023 mis à jour: 08:00
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Après 48 heures d’agression, d’assassinats et de destructions, l’armée israélienne s’est retirée mardi soir de Jenine, laissant cette ville martyre exsangue et dans le deuil. Interrogé par l’agence russe Tass, un porte-parole de l’armée israélienne a déclaré hier que les forces israéliennes ont quitté le camp de réfugiés de Jénine en Cisjordanie, précisant que «l’opération antiterroriste que les Forces de défense israéliennes (FDI) avaient lancée lundi soir était terminée ». 

Selon le ministre israélien de la Défense, Yoav Gallant, cette opération «la plus importante depuis 20 ans», aurait permis l’élimination d’«un site de production terroriste» à Jénine au cours des deux jours de l’opération militaire, notamment un puits souterrain utilisé pour stocker des explosifs. Et pendant que les officiels israéliens se gargarisaient à Tel-Aviv du « succès » du raid sur Jenine, des milliers de Palestiniens ont accompagné hier matin le cortège funéraire de douze de leurs compatriotes tués lors de l’opération de Tsahal. 

Le site web du ministère palestinien de la Santé a indiqué que «parmi les martyrs se trouvaient 4 enfants de moins de 18 ans», alors que la plus âgée des victimes avait à peine 23 ans. «Nos forces sont entrées dans le nid de terroristes à Jénine (...), elles sont en train de détruire des centres de commandement et de s’emparer d’une quantité d’armes considérable», a déclaré le Premier ministre israélien, Benjamin Netanyahu, dans un communiqué. Il s’agit d’«une guerre ouverte contre la population à Jénine », a dénoncé le ministère palestinien des Affaires étrangères.
 

A Jenine et au camp de réfugiés qui lui est rattaché, la situation est catastrophique. L’armée de l’occupation a détruit plusieurs maisons par des bombardements de drones, et de nombreux véhicules particuliers, a éventré les routes à force de bulldozers, en plus des dommages causés sur les réseaux eau et électricité. Selon des rapports d’organisations médicales et de défense des droits de l’homme, les forces israéliennes ont pris pour cible des hôpitaux, des équipes et des ambulances et ont entravé leurs mouvements. 

 La population du camp de réfugiés, composée d’environ 13 000 personnes, a été assiégée, dont près de 4 000 ayant choisi de fuir, ont été agressées par des tirs de gaz lacrymogène. Lors d’une conférence de presse tenue mardi soir, la ministre palestinienne de la Santé, May al-Kaila a qualifié l’opération israélienne «d’agression qui défie les lois internationales». 

De son côté, le chef de l’autorité palestinienne, Mahmoud Abbas, a appelé lundi les Palestiniens à cesser tout contact avec la partie israélienne en signe de protestation contre l’agression.
 

Interdiction de se défendre

Depuis le 10 avril 2022, l’armée israélienne mène ponctuellement des opérations et des raids en Cisjordanie pour, soi-disant, éliminer les foyers de « terroristes » coupables d’attentats contre des villes israéliennes. Selon un décompte établi par les journalistes de la presse occidentale depuis le début 2023, 186 Palestiniens ont été tués dans ces opérations contre 25 Israéliens tués par les factions palestiniennes armées. Soit sept Palestiniens pour un seul Israélien.

« Au milieu du chaos total créé par l’occupation, l’interdiction faite aux Palestiniens de se défendre est l’une des règles les plus folles ; c’est une norme acceptée qui n’est même pas discutée», a écrit le journaliste Gideon Levy le 27 juin dernier. Dans une tribune libre publiée sur le quotidien israélien Haaretz, Levy a (de nouveau) interpellé l’opinion internationale en posant ces questions ignorées par les médias et l’élite acquis au narratif Israélien : pourquoi les Palestiniens n’ont-ils pas le droit de se défendre  ?

 Qui exactement est censé le faire pour eux  ? Pourquoi, quand on parle de «sécurité», ne s’agit-il jamais que de la sécurité d’Israël ? , se demande-t-il. Derrière le principe de s, se dissimule mal la doctrine colonialiste et raciste du gouvernement Netanyahu. 

En plus de sa politique d’expansion des colonies et sa rhétorique belliqueuse, cette énième opération mortelle en terre palestinienne maintient le niveau de la violence à son paroxysme, profitant du silence international, notamment des États-Unis et de l’UE, préoccupés davantage par le conflit en Ukraine. 

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