Des médias internationaux s’inquiètent de la possible disparition du journal : «El Watan vit-il ses derniers jours ?»

23/07/2022 mis à jour: 02:44
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Tirage d’El Watan sur les rotatives d’ALDP ( Photo : B. Souhil )

La situation difficile que traverse El Watan n’a pas manqué de susciter l’intérêt de nombre de médias internationaux qui s’en sont fait largement l’écho. C’est notamment le cas de quelques titres de la presse française. 

Ainsi, L’Humanité a publié hier un article au titre éloquent : «Algérie, le quotidien El Watan menacé de fermeture». «Le quotidien francophone algérien El Watan va-t-il continuer à paraître ?» s’interroge L’Huma. «Officiellement, cette fermeture serait le résultat d’une situation financière difficile. Le journal est privé de publicité (celle-ci, institutionnelle, est confiée en totalité à l’Agence nationale de l’édition et de la publicité), ses comptes bancaires sont bloqués et il est en redressement fiscal», résume le journal français. 

Le quotidien de gauche revient sur le mouvement social engagé par les travailleurs d’El Watan pour protester contre le non-versement de leurs salaires depuis près de cinq mois. «Les salariés ont déjà organisé deux grèves. ‘‘Si rien ne se passe d’ici dimanche, nous nous mettrons en grève illimitée’’, prévient Salima Tlemçani (secrétaire générale de la section UGTA du journal, ndlr)», rapporte le même média. 

Ce dernier a pris soin de citer des extraits de la récente interview du directeur de la publication et PDG de la SPA El Watan, Mohamed Tahar Messaoudi, accordée au site 24hdz.com.   et mise en ligne le 20 juillet ( https://www.24hdz.com/mohamed-tahar-messaoudi-el-watan-journal-fermeture-definitive/ ). «La situation que nous vivons actuellement est liée à la volonté des pouvoirs publics de nous mettre sous une pression fiscale énorme. Pendant la pandémie de Covid, le journal n’a bénéficié d’aucune aide publique contrairement à d’autres entreprises», déplorait M. Messaoudi dans l’un de ces passages repris par L’Humanité, avant d’ajouter : «Elle (l’administration fiscale) est en train de ponctionner dans nos comptes. Si aucune mesure n’est prise pour desserrer l’étau, le journal s’achemine vers la fermeture définitive.»

Dans son édition du 19 juillet, Le Figaro s’est fendu de son côté d’un long papier sur les problèmes de trésorerie qui minent le journal : «Le quotidien francophone El Watan moribond». L’auteur de l’article fait d’emblée un rapprochement avec la récente disparition de Liberté : «Une page de l’histoire de la presse algérienne est en train de se tourner, écrit-il. Après la fermeture du quotidien Liberté en avril, c’est un autre grand titre de la presse francophone qui pourrait disparaître avant la fin de l’année : El Watan.»

«L’un des rares espaces encore ouverts à l’opposition»

Et de rappeler les grèves cycliques engagées par les travailleurs depuis le 12 juillet dernier en relayant les explications de la direction à propos de ces salaires impayés. «Selon la direction du journal, «ce retard de paiement est imputable au blocage des comptes bancaires de l’entreprise en raison d’un contentieux l’opposant à l’administration fiscale». Cette dernière réclame à El Watan l’équivalent de 370 000 euros et refuse d’accorder à l’entreprise un échéancier de paiement. Par ailleurs, la banque du journal exige le remboursement d’une partie du crédit contracté pendant la pandémie, d’environ 300 000 euros» détaille Le Figaro. Le journal français dresse ensuite ce constat implacable : «C’est donc par asphyxie financière qu’El Watan finira par plier, après avoir résisté pendant trente ans aux suspensions de publication, au harcèlement judiciaire et administratif, et après avoir tenté de cultiver son indépendance financière.» «Sans Liberté, El Watan ni même Le Quotidien d’Oran (autre grand titre des années 1990 menacé de disparition), la presse papier ne comptera quasiment plus de titres francophones. En fait, c’est tout le champ médiatique qui est en train de se désintégrer, victime de plus de vingt années de sape sous Bouteflika, de l’argent des réseaux mafieux et de la corruption, de l’absence de formation et de l’effritement des élites.»

 La chaîne France 24 a publié également, sur son site web, le 15 juillet, un compte-rendu sur l’épreuve que subit El Watan sous le titre : «Fragilisé financièrement, le quotidien francophone El Watan vit-il ses derniers jours ?». «Un certain nombre de journaux indépendants algériens, le quotidien francophone El Watan en tête, traversent une période de crise accentuée par des pressions politiques et économiques qui menacent, à terme, leur existence. Une situation qui suscite des interrogations sur l’avenir des médias en Algérie  et, plus largement, sur la liberté de la presse dans le pays», observe France 24. «Alors que le choc de la liquidation de Liberté n’est toujours pas absorbé», s’émeut la chaîne d’information en continu, «une nouvelle secousse vient ébranler le monde du journalisme algérien. Privé de manne publicitaire, le prestigieux quotidien francophone El Watan, apparu en Algérie en 1990, se retrouve lui aussi en grande difficulté».

Notons enfin ce papier de Jeune Afrique daté du 14 juillet : «Le quotidien El Watan en grave difficulté». El Watan, souligne l’hebdomadaire français, «vit sa plus grave crise depuis sa fondation en 1990 par un collectif de journalistes». Et d’alerter : «L’un des rares espaces encore ouverts à l’opposition et à la société civile, suspendu à six reprises en 32 ans d’existence, risque donc de mourir. Etouffé sous le poids de ses dettes.» 

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