Conflit russo-occidental sur l’Ukraine : Moscou remet en cause les progrès de pourparlers avec Kiev

31/03/2022 mis à jour: 07:21
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Un véhicule de combat d'infanterie bmp-3 russe dans les rues de Marioupol / Photo : D. R.

«Pour l'instant, nous ne pouvons pas faire état de quoi que ce soit de très prometteur ou d’une percée quelconque. Il y a beaucoup de travail à accomplir», a indiqué à la presse le porte-parole de la présidence russe Dmitri Peskov.

Les pourparlers entre des délégations russe et ukrainienne à Istanbul, mardi, n’ont donné lieu à rien de «très prometteur» ni à aucune «percée». C’est ce qu’a déclaré a hier le Kremlin, selon l’AFP, remettant en cause les espoirs de progrès décisifs dans les négociations annoncées la veilles à Istanbul par les négociateurs russes et ukrainiens.

«Pour l’instant, nous ne pouvons pas faire état de quoi que ce soit de très prometteur ou d’une percée quelconque. Il y a beaucoup de travail à accomplir», a indiqué à la presse le porte-parole de la présidence russe Dmitri Peskov.

Il a néanmoins qualifié de «positif» le fait que la partie ukrainienne ait «enfin commencé à formuler de façon concrète ses propositions et à les mettre par écrit».

Et d’ajouter : «Nous évitons soigneusement de faire des déclarations publiques sur le fond» des sujets faisant l’objet des pourparlers, car «nous croyons que les négociations doivent se dérouler».

A l’issue des pourparlers d’Istanbul, le chef de la délégation russe et représentant du Kremlin, Vladimir Medinski, a fait état de «discussions substantielles» et dit que les propositions «claires» de l’Ukraine en vue d’un accord allaient être «étudiées très prochainement et soumises au président» russe Vladimir Poutine.

Le vice-ministre russe de la Défense a aussi affirmé que Moscou allait «réduire radicalement (son) activité militaire en direction de Kiev et Tcherniguiv», dans le nord du pays. Ces affirmations ont été accueillies avec scepticisme par les capitales occidentales.

Dans ce contexte, le ministre des Affaires étrangères russe Sergueï Lavrov est arrivé hier en Chine où il doit participer à deux jours de réunions sur l’Afghanistan. La réunion, organisée à Tunxi (Est), dans la grande région de Shanghai, rassemble sept pays voisins de l’Afghanistan. (Russie, Chine, Pakistan, Iran, Tadjikistan, Turkménistan et l’Ouzbékistan).

Pour «un ordre mondial multipolaire»

A l’occasion d’un entretien bilatéral dans l’Est de la Chine avec son homologue Wang Yi, il a annoncé l’avènement du nouvel ordre mondial tant revendiqué par les deux pays. «Nous vivons une étape très sérieuse dans l’histoire des relations internationales», a-t-il déclaré, dans une vidéo de l’entretien diffusée par Moscou.

«Je suis convaincu qu’à l’issue de cette étape, la situation internationale sera nettement plus claire et que nous (...) nous dirigerons vers un ordre mondial multipolaire, juste, démocratique», a-t-il indiqué. «Les relations sino-russes ont bien résisté à l’épreuve du changement de la situation internationale», a indiqué de son côté le chef de la diplomatie chinoise, selon des propos rapportés par son ministère.

Dans un communiqué publié par Moscou, les deux pays ont annoncé vouloir «poursuivre l’approfondissement de la coordination en politique étrangère» et «élargir l'action commune», mais sans annoncer de mesures concrètes de soutien de la Chine à la Russie. Les puissances occidentales ont mis en garde Pékin contre tout soutien à la Russie qui lui permettrait d’atténuer l’impact des sanctions.

«Notre opposition à l’hégémonie est sans limite», a assuré un porte-parole de la diplomatie chinoise, Wang Wenbin, interrogé sur la visite du ministre russe. Début février, Pékin et Moscou ont signé une déclaration commune dans laquelle les deux pays ont dénoncé l’influence américaine et le rôle des alliances militaires occidentales, l’Organisation du traité de l’Atlantique Nord (Otan) et l’Alliance entre l’Australie, le Royaume-Uni et les Etats-Unis (Aukus), en Europe comme en Asie, les jugeant déstabilisatrices.

Les deux pays, qui entretiennent des relations tendues avec Washington, ont évoqué le rôle déstabilisateur des Etats-Unis pour la «stabilité et une paix équitable» dans le monde. Ils ont exprimé leur «opposition» à «tout élargissement futur de l’Otan». Comme ils ont appelé «l’Alliance Atlantique Nord à renoncer à ses approches idéologisées datant de la guerre froide».

Une rencontre de haut niveau a eu lieu le 14 mars à Rome, entre le conseiller américain à la Sécurité nationale, Jake Sullivan, et le directeur de la commission des Affaires étrangères chinoise, Yang Jiechi, un des deux ou trois principaux personnages de la politique étrangère chinoise.

«Nous regardons de très près dans quelle mesure la Chine ou tout autre pays fournit une assistance à la Russie, que ce soit une assistance matérielle, économique ou financière», a affirmé le même jour le porte-parole du département d’Etat américain, Ned Price.

«Nous avons fait savoir très clairement à Pékin que nous ne resterions pas sans rien faire. Nous ne laisserons aucun pays compenser les pertes subies par la Russie» en raison des sanctions occidentales, a-t-il soutenu.

Lors d’un échange par visioconférence le 18 mars avec son homologue américain, Joe Biden, le président chinois, Xi Jinping, a estimé que les conflits militaires ne sont «dans l’intérêt de personne».

Ainsi, a-t-il indiqué, «la crise ukrainienne n’est pas quelque chose que nous souhaitions voir» arriver, selon des propos rapportés par la télévision chinoise. «En tant que membres permanents du Conseil de sécurité de l’ONU et en tant que deux premières économies mondiales, il nous incombe non seulement de conduire les relations sino-américaines sur la bonne voie, mais aussi d’assumer nos responsabilités internationales et de travailler à la paix et la tranquillité dans le monde», a-t-il soutenu.

Selon un compte-rendu diffusé par la chaîne publique CCTV, le président chinois a aussi observé que «les relations entre Etats ne peuvent aller jusqu’à la confrontation armée».  

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