Conflit du Sahara occidental : L’émissaire de l’ONU rencontre des représentants du Front Polisario

04/09/2022 mis à jour: 12:00
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L’envoyé spécial de l’ONU pour le Sahara occidental, Staffan de Mistura

Dans le cadre de sa deuxième tournée dans la région, l’émissaire de l’ONU pour le Sahara occidental, Staffan de Mistura, a rencontré hier des représentants du Front Polisario à Tindouf (Algérie), rapporte l’AFP citant des sources sahraouies.

 Il s’est entretenu dans un camp de réfugiés sahraouis, notamment, avec le chef de la délégation des négociateurs du Front, Khatri Addouh, et le représentant du Polisario à l’ONU, Omar Sidi Mohamed. Aujourd’hui, il doit rencontrer le secrétaire du Front Polisario et président de la République sahraouie Brahim Ghali, a indiqué le représentant sahraoui à l’ONU. Nommé en novembre 2021, Staffan de Mistura a effectué en janvier sa première tournée dans la région. Début juillet, il s’est rendu à Rabat, mais a renoncé à une visite au Sahara occidental, espérant pouvoir le faire à une date ultérieure. 

Sa visite de samedi intervient après la crise diplomatique récente entre le Maroc et la Tunisie. Le 26 août, Rabat a annoncé le rappel de son ambassadeur à Tunis après que le président tunisien Kaïs Saïed a accueilli son homologue sahraoui pour prendre part à la 8e Conférence internationale de Tokyo sur le développement de l’Afrique (Ticad 8) tenue dans la capitale tunisienne les 27 et 28 août. Accueil qualifié par le ministère des Affaires étrangères marocain d’«un acte grave et inédit, qui heurte profondément les sentiments du peuple marocain et de ses forces vives», et «d’attitude hostile». Tout en réitérant sa «traditionnelle neutralité», Tunis a rappelé à son tour son ambassadeur au Maroc, indiquant que la République sahraouie est invitée par l’Union africaine (UA) dont elle est membre. 

Le 20 août, le roi du Maroc Mohammed VI a exhorté les pays partenaires de Rabat à «clarifier» leur position sur la question du territoire disputé du Sahara occidental et à le soutenir «sans aucune équivoque». «Je voudrais adresser un message clair à tout le monde : le dossier du Sahara est le prisme à travers lequel le Maroc considère son environnement international», a déclaré le roi dans un discours radiotélévisé. «C’est aussi clairement et simplement l’aune qui mesure la sincérité des amitiés et l’efficacité des partenariats qu’il établit», a-t-il indiqué. «S’agissant de certains pays comptant parmi nos partenaires, traditionnels ou nouveaux, dont les positions sur l’affaire du Sahara sont ambiguës, nous attendons qu’ils clarifient et revoient le fond de leur positionnement, d’une manière qui ne prête à aucune équivoque», a-t-il ajouté sans préciser à quels pays il adressait son message. 

Mais il a salué la position «incontournable» des Etats-Unis, qui ont reconnu la «marocanité» du Sahara occidental sous la présidence de Donald Trump, une initiative assumée par son successeur Joe Biden. Le Maroc et Israël ont renoué leurs relations diplomatiques en décembre 2020 dans le cadre des accords d’Abraham, un processus entre l’Etat hébreu et plusieurs pays arabes, soutenu par Washington. En contrepartie, l’administration Trump a reconnu la souveraineté du Maroc sur le Sahara occidental. Le roi s’est félicité du revirement de l’Espagne et de l’Allemagne, qui se sont ralliées à «l’initiative d’autonomie» sous souveraineté marocaine prônée par Rabat pour régler le conflit sahraoui. De son côté, l’Algérie a rompu ses relations diplomatiques avec le Maroc en août 2021.
 

Faits têtus
 

Ancienne colonie espagnole, le Sahara occidental a été annexé en 1975 par le Maroc. En effet, le 20 août 1974, Madrid annonce son intention d’organiser un référendum d’autodétermination au Sahara, prévu pour le premier semestre 1975. Le 1er octobre, est tenu un débat général à l’ONU sur la question du Sahara. La Mauritanie s’associe à la proposition marocaine de recours devant la Cour internationale de justice (CIJ) de La Haye. 

En octobre 1975, celle-ci rend son arrêt consultatif qui réaffirme le droit des Sahraouis à l’autodétermination. Mais le 6 novembre, à l’appel du roi Hassan II, 350 000 Marocains protégés par les soldats du royaume traversent la frontière du Sahara occidental occupé par l’Espagne. En août 1979, la Mauritanie signe un accord de paix avec le Polisario, renonçant au sud du Sahara occidental. Les forces marocaines n’ont pas tardé à s’y déployer.
 

Entre 1980 et 1987, le Maroc construit un mur militarisé, qui partage en deux le territoire sahraoui. Un cessez-le-feu est signé sous l’égide de l’ONU en 1991, à la condition qu’un référendum d’autodétermination soit organisé. Rabat propose comme solution une autonomie dans le cadre de la souveraineté marocaine. Option rejetée par les Sahraouis, qui revendiquent l’indépendance.
 

Envoyé spécial de l’ONU au Sahara occidental, James Baker présente un plan en 2003 qui prévoit un régime d’autonomie pour une durée de 5 ans, suivi d’un référendum comportant l’option de l’indépendance. Les électeurs seront les Sahraouis et toute autre personne de plus de 18 ans vivant au Sahara occidental depuis au moins 4 ans. Accepté par le Front Polisario, il est rejeté par le Maroc. D’où la démission de Baker en 2004. 

En juin 2007, s’ouvre la première session des pourparlers entre le Maroc et le Front Polisario en présence des Etats voisins, à savoir l’Algérie et la Mauritanie, à Manhasset (New York) sans aboutir à une solution. En mai 2012, le Maroc retire un temps sa confiance à Christopher Ross, l’envoyé spécial de Ban Ki-moon, l’accusant de «partialité». Ross finit par démissionner en mars 2017. 

Son successeur, l’ancien président allemand, Horst Köhler, a réussi à relancer des pourparlers au point mort depuis 2012, en convoquant les parties concernées à deux tables rondes à Genève, en décembre 2018 puis en mars 2019. Néanmoins, il a démissionné en mai 2019 «pour raisons de santé». Lui succède Staffan de Mistura.
 

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